Équipe de France

Guy Novès, 1 000 matches et après ?

Le 15 mai, à quelques jours de la demi-finale de Top 14 qui opposait son club de toujours à Toulon, le manager des Rouges et Noirs a présenté « Mes 1 000 matches avec le Stade Toulousain », livre co-écrit avec le journaliste Gilles Navarro. L’occasion de revenir sur l’immense carrière de Guy Novès et d’évoquer son avenir.

Espoir du demi-fond français et recordman de France cadet du 1 200 m, Guy Novès avait choisi le rugby à 20 ans. Une décision judicieuse lorsque l’on sait ce que celui que l’on surnomme « le Gitan » incarne dans le monde de l’ovalie : l’exemple ultime de réussite. Arrivé au Stade Toulousain en 1975, Novès y a tout connu. Pour la première fois, il se livre sans retenue sur sa carrière dans un ouvrage qui retrace son parcours avec les Rouges et Noirs : « Mes 1 000 matches avec le Stade Toulousain »*. « Cela peut surprendre mais la forme de ce livre correspond davantage à ma personnalité, confiait-il. Je ne voulais pas de biographie. Le prétexte des 1 000 matches permettait de raconter des anecdotes et d’écouter les autres parler de moi. C’est un hommage collectif plus que personnel, c’est ce qui m’a plu. »
Plusieurs fois, pendant près d’un an, le manager toulousain est revenu sur le passé « avec beaucoup d’émotion ». « Je suis tellement pris par le présent… Me retourner pour voir le chemin parcouru, revoir des gens qui m’ont marqué, c’est quelque chose. Je vis des choses formidables depuis plus de 30 ans. » Au fil des anecdotes et des témoignages d’anciens entraîneurs, coéquipiers ou joueurs, l’ouvrage retrace les épisodes les plus marquants de la carrière de Novès au Stade Toulousain. Un match en particulier l’a marqué. « La rencontre à Valence en 1976, où nous perdons lors de la dernière journée. Cette défaite nous conduit en Deuxième division mais nous sommes sauvés par la victoire de l’USAP. Sans cela, le Stade Toulousain ne serait peut-être pas là aujourd’hui. »

« Mon expérience fait que je ne banalise jamais un résultat »
Il s’agissait avant tout de mettre en lumière les rencontres qui ont jalonné une carrière. « Ce n’est pas le fait d’avoir disputé 1 000 matches qui est important mais la manière dont je les ai vécus. Il y a eu une période où je jouais pour le plaisir, où on faisait la fête. Puis les premiers résultats sont arrivés et il a fallu travailler pour que ça continue. Ensuite sont venues les responsabilités d’entraîneur. » Le plaisir était aussi présent dans la réalisation de cet ouvrage. « J’en ai pris beaucoup à le faire et je pense qu’on ressentira plus ma personnalité dans ce livre que dans une bio classique. Surtout les moments vécus avec mes entraîneurs, mes joueurs, mes collaborateurs, mes dirigeants, qui ont fait ce que je suis aujourd’hui. » Toujours aussi franc, Guy Novès poursuit : « J’ai gommé des gens que je n’avais pas envie de voir cités. J’ai eu le plaisir de reparler avec Christophe Deylaud que je n’avais pas eu depuis 20 ans. »
Ce vécu explique en partie l’homme, sa démarche, son attitude en tant qu’entraîneur de haut niveau. « J’ai mis 10 ans pour gagner mon premier titre. J’ai tellement souffert… C’est pour ça que je suis aussi sévère. C’est beaucoup de travail et je pense que ça mérite le respect. Pour les jeunes, c’est bien de le savoir. » Le sorcier toulousain insiste également sur les efforts nécessaires pour se maintenir au sommet. « Je me souviens des premiers résultats probants. La demi-finale perdue en 1978 face à Béziers. La finale perdue en 1980, toujours face à Béziers. Au lendemain de mon premier titre en tant qu’entraîneur, j’ai tout de suite pensé au lendemain, pour ne pas vivre ce qu’a vécu Béziers. Cette époque a éclairé ma démarche. Mon expérience fait que je ne banalise jamais un résultat. »
On le sait, Guy Novès n’est pas homme à s’étendre. Quand on lui parle de son avenir, il botte en touche. La retraite ? Un poste de dirigeant ? « Je ne savais pas qu’un jour, je serais joueur de haut niveau puis entraîneur puis manager… Tout ce que j’ai eu, je l’ai mérité. On m’a proposé l’équipe de France mais je n’ai rien réclamé. On voit l’évolution du rugby. A l’heure actuelle, les clubs qui émergent sont ceux qui construisent. Il y a quelques années, Clermont est venu visiter nos installations, voir nos méthodes. J’en suis fier. A Montpellier, le président est quelqu’un qui a réussi dans sa vie professionnelle et qui applique ses méthodes au club. Il faut se servir des compétences. Pour construire, il faut du temps. » Un vrai discours de dirigeant…

Le Alex Ferguson du rugby ?
S’il en est un qui a eu le temps d’imposer sa marque sur un club, c’est bien Alex Ferguson, le mythique manager de Manchester United, qui vient de tirer sa révérence. Mais pour Guy Novès, le parallèle entre Sir Alex et lui n’a pas lieu d’être. « C’est gentil de me parler d’un monument comme lui mais il n’y a aucune comparaison possible. Si je voulais plaisanter, je dirais qu’il me reste encore 12 ans devant moi puisqu’il s’est retiré à 71 ans. »
Mille matches, 12 titres de champion de France, 20 demi-finales consécutives, 4 Coupes d’Europe : voilà le bilan de Guy Novès en rouge et noir. Des résultats qui ne sont pas le fruit du hasard. Et c’est aussi ce que veut mettre en évidence ce livre. « J’espère que j’obtiendrai une once de respect en plus de la part de certains car c’était beaucoup de boulot. Seul, évidemment, je n’aurais jamais pu le faire. » Voir l’ami Guy accroupi sur le bord du terrain pendant encore 12 ans serait surprenant mais il serait tout aussi étonnant de le voir quitter son club de toujours sans y laisser un héritage.

Paul PERIE

* Guy Novès (avec Gilles Navarro), « Mes 1 000 matches avec le Stade Toulousain », éditions Privat.

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