Étranger

Glasgow Rangers, le géant qui ne dort jamais (1/2)

C’est un passage obligé quand on regarde vers l’Ecosse. Glasgow, côté Gers, ça s’appelle les Rangers FC et chez les Rangers, on ne perd pas le fil : même une rétrogradation en Quatrième division n’a pas fait vaciller le monument classé. C’est dire.

C’est souvent la même chose quand on se trouve à la croisée des chemins. Surtout là-haut, à Glasgow, à l’opposé d’Edimbourg, côté Ouest ou presque, sur le fond de l’embouchure de la Clyde, le fleuve qui la dessine. Voilà la plus grande ville d’Ecosse, une place forte dans l’Europe de l’industrie et du commerce, surtout à la fin du XIXe siècle, dans la période post-révolution industrielle. Une capitale du foot aussi. Welcome, donc, dans cette atmosphère ambivalente, quelque part entre une mégapole (troisième plus grosse agglomération de Grande-Bretagne) en activité constante et le poids de ses traditions, la quiétude de ses parcs et le charme pittoresque des villages qui la bordent et qui en disent long sur sa genèse, comme New Larnak, l’un des quatre sites d’Ecosse classés au patrimoine mondial de l’Unesco.
Mais bon, à la croisée des chemins, à Glasgow, on pense aussi ballon quand même. Pas le choix. Glasgow, c’est le Celtic, les catholiques, tournés vers l’Irlande. Glasgow, c’est les Rangers, les protestants qui revendiquent leur appartenance à la couronne d’Angleterre. Et là, faut pas se tromper. A l’Est, vers Parkhead, c’est so Celtic. Mais de l’autre côté, vers Govan, entre ses docks en jachère et ses bâtiments futuristes qui lèchent le ciel, on chante « Billy Boys » à chœur et à corps ouverts. No choice. Le territoire des Rangers. Jamais loin de la Clyde mais, comme un symbole, sur la rive d’en face. Y’a pas de secret.

Les origines
Même s’il est plus connu en dehors de l’Ecosse sous l’appellation Glasgow Rangers, la dénomination exacte du club est Rangers FC. Fondé en 1872 par quatre jeunes Ecossais (Peter et Moses McNeil, Peter Campbell et William McBeath). Ces fils de charpentier voyaient-ils déjà si loin, du haut de leurs toits ? L’histoire relate qu’ils n’avaient ni maillot, ni monnaie, pas même un ballon mais juste un rêve. Comme le rappelle encore la communication officielle du club, il faudra attendre l’année suivante, celle qui officialisera les statuts lors de sa première assemblée générale. Mais les hommes au maillot bleu avaient déjà connu leur première : contre le Callander FC, sur le terrain de Flesher’s Haugh. Les Rangers étaient nés. Très vite, ils vont devenir l’une des places fortes du football en Ecosse, un sport encore tout jeune mais déjà très « in ».

Le Old Firm, plus qu’un derby
C’est le derby le plus ancien du foot mondial, sûrement l’un des plus chauds et certainement le plus… pluvieux. On l’appelle le « Old Firm ». Le plus ancien, d’abord. Le premier eut lieu en mai 1888. Ce fut le premier match de l’histoire du Celtic, qu’il remporta 5-2. Personne ne l’a vu mais tout le monde se rappelle du score. Littéralement, « Old Firm » (que l’on peut traduire par « Vieille Combine ») marque autant la proximité que les rivalités entre les deux clubs. Il est de notoriété publique qu’en d’autres termes et dans des temps plus anciens, les deux géants ont sciemment entretenu cette idée de face-à-face. Une bipolarisation pour rendre le championnat plus attrayant, notamment financièrement. Mais ça, c’était avant. Le Old Firm, c’est aujourd’hui plus de 300 confrontations directes et surtout plus qu’un match de foot. Le Old Firm, c’est le peuple celte qui vient défier le peuple Gers. Une rivalité ancestrale et deux records d’affluence : jamais un match de championnat entre deux clubs britanniques n’avait réuni 118 567 spectateurs. Ce fut le cas à Ibrox Park en 1939. Ils étaient aussi 132 870 mais à Hampden Park, en 1969, pour assister à la finale de la Coupe d’Ecosse…

Ibrox Park, le temple des Teddy Bears
Construit en 1899, le temple des Gers est l’une de ces cathédrales du foot qui n’ont pas été épargnées par les drames. C’est là, d’abord, que l’on a connu la pire catastrophe du foot mondial, au début du XXe siècle : le 2 avril 1902, une partie de la tribune Ouest, qui était entièrement construite en bois, s’effondre lors d’un match international Ecosse-Angleterre. Bilan : 25 morts et plus de 500 blessés. Ça aurait pu mettre en ruines tout le club. Pas les Rangers. Ibrox, dont la capacité est aujourd’hui restreinte à 51 000 places, fut aussi le théâtre du record d’affluence absolu pour un match de championnat en Grande-Bretagne : le 2 janvier 1939, ils étaient 118 567 spectateurs à assister au Old Firm contre le Celtic. Plus du double de la capacité actuelle. Du délire. Plus près de nous, le 2 janvier 1971, Ibrox a de nouveau connu la tragédie : encore un Old Firm, que le Celtic est en train de remporter 1-0. On joue la 89e minute et beaucoup de supporters des Rangers quittent le stade quand, dans les dernières secondes, Colin Stein égalise pour les Gers. Un brusque mouvement de foule a eu lieu entre ceux qui partaient et ceux qui voulaient revenir. Les barrières de l’escalier 13 s’effondrent. Bilan : 66 morts, parmi lesquels une majorité d’adolescents, et plus de 200 blessés. L’enquête traîne mais pas les réactions : Ibrox est transformé de fond en comble, il ne contient plus que des places assises. Le stade est aujourd’hui érigé en modèle par l’UEFA, il fait partie des enceintes 5 étoiles mais n’oublie pas le passé : à l’angle de Main Stand (la tribune principale) et de Copland Road Stand, un monument est installé, rappelant les noms des 66 victimes. La façade principale est aussi, aujourd’hui, un monument classé. Ibrox, c’est le temple des Teddy Bears (les ours en peluche, l’un des surnoms des joueurs des Rangers).

A suivre…

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