Équipe de France

Georgy Adams, le basket venu des îles

Né dans les îles et papa à 16 ans, Georgy Adams atteignit l’élite du basket tricolore en s’imposant une grosse éthique de travail. Pour Jacques Monclar qui l’entraîna à Antibes, le Tahitien fut le Jean-Pierre Papin de la balle orange. Flashback.

Papeete, milieu des années 70. Décor de carte postale. Fermez les yeux et rêvez. La mer brille et le soleil est bleu. Les vahinés au monoï sont craquantes et lascives. Elles vous sautent au cou et vous couvrent de fleurs. Elles chantent comme des sirènes et n’arrêtent pas de rire. On s’imagine nu dans les eaux claires du lagon. Même les requins vous font la fête…
Stop, fini de disjoncter ! Qui croit à ces fables n’a rien compris à Tahiti. Retournez la carte postale. C’est l’histoire d’un môme, Georgy Adams. Un diablotin des îles. Dans sa tête, il jongle avec des tas de ballons : de foot, de volley, de basket. Surtout de basket. Une véritable religion. Normal, des missionnaires mormons ont bâti un temple près de chez lui. Ils l’ont entouré de grillage pour mieux se recueillir. Entre deux prières, ces hommes de foi s’amusent sous les panneaux.
Le môme est là. Planté comme un bout de bois de dieu. Il regarde. Dans les yeux du petit Arii Aorai (traduisez par « Roi de la montagne »), le futur prend déjà forme. Un jour, il saute par-dessus le grillage. Au début, il joue les ramasseurs de balle. Mais les hommes en noir l’encouragent. On lui lance un ballon. Le gamin s’élance au milieu du rectangle de toutes les magies… « A partir de cet instant, ce fut une obsession. Je ne pensais plus qu’au basket. »

De Arii à Georgy
Arii Aorai a grandi. Il a 15 ans et joue dans l’équipe d’Aorai Papeete. Cela dure depuis six ans. Au début, c’est vrai, il kiffait le foot et l’athlétisme, surtout la hauteur et le 800 m. L’école n’est pas son truc. A la fin de la Troisième, il s’évade. Sa vie se nourrit de petits boulots. A Tahiti Basket, tout le monde le connaît. Le conseiller technique national croit en ses qualités et l’envoie en stage sur le continent. Arii débarque au milieu des cadets et juniors nationaux. Son stage fini, il retourne en Polynésie.
Peu de temps après, Antibes le contacte. Son club lui paye le voyage. Nous sommes en 1985. Il intègre le centre de formation de l’équipe azuréenne. Arii Aorai s’efface et redevient Georgy Adams, son véritable nom pour l’identité française. « En métropole, j’ai mûri très vite. La vie y est beaucoup plus dure. Ici, c’est chacun chez soi. Heureusement, j’avais mes copains du basket. »
Et pourtant, Georgy se sent seul. Il n’a que 16 ans mais comme beaucoup de Tahitiens de son âge, il est marié et papa. Sa famille est restée au pays. « Ils ne m’ont rejoint que plus tard. Mon île me manquait. Il m’a fallu attendre quatre ans pour y retourner. » Pour noyer son chagrin, il plonge à corps perdu dans le basket. Et apprend. « A Tahiti, on jouait à l’instinct. Nous n’avions pas le même souci du jeu collectif. »

Occansey-Adams, duo gagnant
L’arrière-ailier polynésien répète ses gammes et se signale très vite par une grande adresse aux tirs, notamment à 3 points. Djordje Andrijasevic, l’entraîneur antibois de l’époque, lui donne sa chance en équipe première. Georgy découvre la Nationale 1 à l’âge de 18 ans. Il joue quelquefois mais pose davantage son 1,95 m (pour 87 kg) sur le banc des remplaçants. Petit coup de pouce de la chance en 1987. L’OAJLP est qualifié en Coupe d’Europe, alors on fait appel à lui. « Ce fut le véritable déclic pour moi. J’ai su que je pouvais devenir un bon joueur. »
Jacques Monclar, qui prend les commandes de I’équipe, le pense aussi. Le coach azuréen l’associe à Hugues Occansey. Et ça marche ! Avec son tandem d’ailiers, Antibes surfe en tête du championnat. « Georgy doit progresser dans les changements de rythme et lever davantage la tête, déclare à l’époque Jacques Monclar. Il doit plus jouer comme un deuxième arrière que comme un ailier fort. Mais c’est un dingue de boulot. C’est le Jean-Pierre Papin du basket ! Parfois, il est carrément trop motivé. Tu lui dis de rentrer dans un mur, il y va. Sur le terrain, il ne se pose jamais de questions. »

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En équipe de France non plus. A 24 ans, il fait partie des titulaires. « J’en suis fier. Tous sports confondus, seuls deux Tahitiens ont porté le maillot d’une équipe nationale. Le footballeur d’Auxerre Pascal Vahirua et moi. Plus tard, je retournerai là-bas, pour aider les jeunes. Sur l’île, nous manquons de structures et d’éducateurs. Mon pays, ce n’est pas seulement les palmiers. »

L’agression d’Howard Carter
Après huit ans sur la Côte, nouveau déracinement. En 1993, le natif de Papeete quitte Antibes pour rejoindre le CSP Limoges, champion d’Europe au printemps. Choc culturel assuré. « C’est un défi, explique à l’époque le shooteur de l’équipe de France qui n’a plus grand-chose à prouver. J’ai de l’ambition. A Limoges, je vais vivre une autre aventure. Au CSP, il y a une vraie passion pour le basket. Tout le monde est très professionnel. Nous sommes quatre pour deux places : Michael Young, Richard Dacoury, Jimmy Vérove et moi. Je ne pourrai pas me permettre le moindre laisser-aller. Mais la concurrence fait progresser. Avec Bozidar Maljkovic, tu te donnes toujours au maximum. Sur le plan défensif, j’ai beaucoup à apprendre. Limoges a déjà un collectif bien réglé, je vais m’intégrer en apportant un peu plus de vitesse. C’est ça, mon jeu. Le coach le sait, il m’a fait venir pour ça. Et par rapport à Juric Zdovc, Sacha Obradovic est un joueur plus rapide lui aussi. » Les choses ne se passeront pas exactement comme prévu : Obradovic sera remplacé après 8 matches…
« Rien à prouver » ? C’est vite dit. Lui n’est pas de cet avis. « Je veux faire encore mieux avec le CSP. Ici, c’est d’abord le groupe qui prime. A Limoges, mon nom ne vaut rien. J’ai tout à prouver. Ce serait un peu gênant que l’équipe ne devienne pas meilleure avec moi… Mais je ne peux pas me mettre dans la peau d’un leader. J’ai un caractère trop gentil ! Je n’ai pas un air méchant ni les qualités physiques qui me rendraient imposant. La provocation n’existe que sur le plan verbal. Mon jeu spectaculaire, c’est un besoin. Jeunes à Tahiti, on passait notre temps à faire des gestes à l’américaine pour se marrer. J’ai continué à Antibes. Ce sera aussi le cas à Limoges tant que l’efficacité sera au bout. Je me connais. J’ai fait du tennis quand j’étais gamin, je me parle à moi-même, je sais comment puiser de l’énergie en moi. J’ai passé huit années superbes à Antibes. Ici, je joue uniquement la carte basket. Je peux bien me priver de beau temps… »
Ne lui parlez pas de Pau-Orthez. Lors des playoffs 1993, en demi-finales (3-2 pour les Béarnais), une agression du meneur américain Howard Carter mit le feu aux poudres. Vertement tancé par son propre club qui l’écarta des playoffs, Carter traîna cette affaire comme un boulet avant d’avoir, plus tard, maille à partir avec la brigade des stupéfiants, ce qui provoqua son départ. « Je ne pense pas que j’aurais signé à Pau, commenta Georgy. Il y a eu l’affaire Carter mais pour moi, c’est du passé. Howard et moi, on ne se parle plus. C’est vrai que quand je repense à son geste, ça fait tout drôle… Ça me fait même peur. J’espère qu’un jour, il sera assez intelligent pour faire le premier pas. »
Les choses ne se passeront vraiment pas comme prévu : lors de cette fameuse saison 1993-94, Georgy fut finalement limité à 5 matches (11.2 pts)… Il passa deux saisons dans le Limousin et accrocha un deuxième titre de champion de France en 1994. Il évolua ensuite à Paris (1 ans) et l’ASVEL (3 ans) avant de retourner sur la Côte d’Azur en 1999. Sa carrière se prolongea en Italie, à Cantu et Barcellona, puis Monaco. Passé entraîneur, il coacha le club de la Principauté en Nationale 2 avec une double casquette entraîneur-GM. Ne voulant pas renoncer à l’une des deux fonctions, il prit congé du club en 2010.
International A à 75 reprises, Georgy Adams a participé aux championnats d’Europe 1991 (4e place pour la France), 93 (7e) et 97 (10e). Sa carrière internationale s’est étalée sur 9 ans (1989-98). A son crédit aussi, 379 matches en Pro A. Sa meilleure année : 1990-91, celle du titre avec l’OAJLP (17.2 par match, 61.1% aux tirs). Son plus beau souvenir ? « Le match de préparation aux J.O. 1992 contre la « Dream Team » à Monaco. S’il avait fallu parcourir Antibes-Monaco à la nage pour jouer cette rencontre, je l’aurais fait. Je me suis éclaté. La cassette est dans mon coffre-fort à Tahiti. Magic, Jordan, Bird, Barkley en face de toi, il n’y a pas plus beau rêve ! »

Christophe DEROLLEZ / MONDIAL BASKET

Palmarès
Champion de France 1991 (Antibes) et 94 (Limoges)
4e de l’Euroleague en 1995 (Limoges) et 97 (ASVEL)
Vainqueur de la Coupe de France 1997 (ASVEL)
Vainqueur de la Coupe Robert Busnel en 1994 et 95 (Limoges)
6 fois All-Star
75 sélections

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