Équipe de France

Fred Michalak, retour en grâce

Vingt-huit mois. Une éternité. Il fallait remonter loin pour trouver la dernière sélection de Frédéric Michalak. A 30 ans, le joueur des Sharks est revenu en grâce en équipe de France. A Toulon aussi, il s’éclate.

« J’ai toujours pensé aux Bleus », affirme Frédéric Michalak. Ces dernières années, les Bleus, eux, ne pensaient plus vraiment à lui. La faute à son premier exil sud-africain. En rejoignant les Sharks en 2008, Michalak s’éloigne irrémédiablement du groupe tricolore. Le polyvalent demi tente de frapper à la porte de la sélection en revenant au Stade Toulousain, son club formateur, mais une blessure au genou et une dépression contrarient ses plans. Que ce soit à la mêlée ou à l’ouverture, Marc Lièvremont, patron du XV de France, ne fait plus appel à ses services au lendemain du Tournoi des VI Nations 2010.
La nomination d’un nouveau sélectionneur a changé la donne. Fred Michalak s’est vu offrir une nouvelle chance de briller chez les Bleus. « C’est un grand bonheur de retrouver cette équipe. Je vis ça avec beaucoup de joie », confiait le joueur des Sharks, futur Toulonnais. Philippe Saint-André aime sa polyvalence 9-10. Il justifiait ainsi le come-back de l’ex-petit prodige du rugby français : « Son retour s’est imposé assez naturellement. Fred s’est bien préparé, il est redevenu titulaire en Afrique du Sud et il a beaucoup travaillé. Et puis il va revenir dans le Top 14. »

Demi de mêlée en club, 10 en sélection
Michalak s’est engagé avec le club de Mourad Boudjellal. Sur la Rade, il a retrouvé Bernard Laporte qui lui avait accordé sa confiance en Bleu dès son plus jeune âge. « Bernie » souhaitait utiliser les qualités de l’ex-Toulousain au poste de demi de mêlée. Fred a accepté cet état de fait : Toulon alignait déjà Jonny Wilkinson et Matt Giteau au poste d’ouvreur. De son côté, « PSA » préfère voir Michalak à l’ouverture, un poste où l’équipe de France peinait à installer un joueur. Le sélectionneur souligne régulièrement la pénurie de 10 de talent. Lionel Beauxis et François Trinh-Duc ont tour à tour affiché leurs qualités et leurs limites sous le maillot tricolore.
A 30 ans (59 sélections), Frédéric Michalak est revenu en grâce. Il s’éclate à Toulon et l’équipe de France vient de marquer les esprits en s’imposant contre l’Australie (33-6), l’Argentine (39-22) et les Samoa (22-14). L’expérience des grands rendez-vous de Fred et plus globalement des matches de haut niveau peut être précieuse pour un XV tricolore en phase de reconstruction après son échec en finale de la Coupe du monde. Le Mondial 2015 occupe l’esprit du nouveau sélectionneur. Fred peut-il conduire les Bleus jusque-là ? Lui ne veut pas y penser : « C’est un peu loin. Il est trop tôt pour se prononcer. L’aventure se prolongera s’il y a beaucoup de boulot en amont. C’est bien d’y penser mais sans travail, ça ne viendra pas. »
Deux saisons en Super Rugby avec les Natals Sharks ont fait grandir l’homme et le joueur. L’ancienne superstar du rugby français avait connu sa première sélection à tout juste 18 ans. Thomas Lombard, qui suit les matches de l’hémisphère Sud pour Canal+, estimait que Fred Michalak avait incontestablement sa place en équipe de France. « J’ai l’impression qu’il a gagné en maturité. Peut-être la paternité lui a-t-elle fait du bien. Quand il joue, il sourit et quand il ne joue pas, il sourit aussi. Il est vraiment cool. J’ai suivi pas mal de ses matches et je ne l’ai jamais vu passer à côté. »

Bernard Laporte : « Il a eu le courage de se mettre en danger »
Avec les Sharks, Michalak est monté en puissance tout au long de la saison dernière. Relancé à l’ouverture, là où son talent s’exprimait le mieux, il a signé deux performances de choix : 19 points dont un essai face aux Cheetas, un essai contre les Stormers. A l’arrivée, deux victoires des Sharks. Bernard Laporte saluait son engagement : « Il a eu le courage de se mettre en danger, c’est tout à son honneur ».
Fred effectue aujourd’hui son énième retour en équipe de France. Son histoire avec les Bleus, les médias et le public a été assez mouvementée. Présenté tantôt comme un génie capable de faire basculer n’importe quelle rencontre, tantôt comme un joueur immature manquant d’intelligence pour gérer les matches serrés, Michalak a divisé le microcosme du rugby hexagonal. On l’aime ou on ne l’aime pas mais le personnage ne laisse personne indifférent. Fred ? Un joueur au talent indiscutable, souvent incompris, à qui on n’a pas pardonné grand-chose à un âge où certains jouent encore en Espoirs.
Lynché au lendemain de la demi-finale face à l’Angleterre lors de la Coupe du monde 2003 (24-7), il avait eu beaucoup de mal à rebondir. Aujourd’hui, il a l’occasion de se racheter et de mettre tout le monde d’accord. Mais le passé ne l’intéresse pas. « Je suis comme un petit nouveau. Je découvre de nouvelles têtes, un nouveau staff. Je ressens une bonne énergie. Personnellement, je n’ai rien à prouver. S’attarder sur mon cas n’est pas la bonne manière d’aborder les choses. Je viens pour aider l’équipe de France à mettre un jeu en place. »
Quand on vous dit que le bonhomme a gagné en maturité…

Paul PERIE / UNIVERS DU RUGBY

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