Équipe de France

Franck Butter, le grand blond avec une chaussure noire

A 17 ans, CAP en poche, Franck Butter travaillait dans une fabrique de semoirs agricoles. Jamais il n’aurait cru pouvoir mener une carrière de basketteur. Mais en 1993, c’est bien lui, avec le n°13, qui rit aux éclats et lève l’index droit sur la photo du CSP Limoges champion d’Europe ! Carrière mouvementée que celle du pivot international fan d’Apollo Faye et du Shaq, grand gamin et vrai luron.

« Salut ma poule ! » Si vous croisez Franck Butter (2,10 m et 115 kg), vous risquez non seulement de lever la tête mais aussi d’entendre ce petit bonjour amical. Franck est un vrai luron. Il est resté ado dans l’âme. « C’est vrai, je suis resté un grand gamin, explique-t-il au milieu des années 90. J’adore rire. Dans le milieu du basket, j’ai été à bonne école. L’école du « costard » avec Hervé Dubuisson, Freddy Hufnagel, Philip Szanyiel… »
Le pivot du CSP Limoges n’a pas à forcer son talent pour vous mettre une ambiance de feu. Ecoutez plutôt cette anecdote qui date de l’époque où il révisait ses gammes au centre de formation limougeaud. « Nous disputions la finale Espoirs contre Orthez. A l’hôtel, juste avant de partir, la femme de ménage me presse. Elle voulait faire la chambre. Je prépare mon sac dans la précipitation. J’arrive au vestiaire, silence de mort. En retirant mes baskets du sac, je me suis aperçu que j’avais pris deux chaussures gauche. Hugues Occansey m’a prêté une chaussure droite. J’ai joué tout le match avec un 52 à gauche et un 48 à droite ! On a perdu… »

A 17 ans, il bosse à l’usine
Butter prend la vie du bon côté. Il n’oublie jamais qu’à 17 ans, CAP d’employé de bureau en poche, il bossait à l’usine. « Je n’avais pas le choix. J’étais surtout heureux de ne pas galérer au chômage. J’ai travaillé dans une fabrique de semoirs agricoles pendant neuf mois. » Avec le recul, le grand Franck reconnaît que cette expérience l’a aidé, surtout, à ne pas choper la grosse tête. A l’époque, il n’imaginait pas du tout mener une carrière de basketteur. Mais du haut de ses 210 centimètres, il entendait souvent parler de balle orange, au-delà des moqueries habituelles de ses petits camarades qui lui demandaient sans cesse « le temps qu’il faisait là-haut ». Avec tous les complexes qui en découlaient.

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« J’ai eu des problèmes de croissance, explique le natif de Montereau-Fault-Yonne, en Seine-et-Marne. Je prenais 14 cm tous les ans. Je ne pouvais pas me rendre dans un supermarché sans m’arrêter cinq minutes pour récupérer. J’étais sans arrêt fatigué. » Franck s’inscrit cependant en excellence départementale en Seine-et-Marne, à l’A.S. Varennes-sur-Seine. Là, il croise Pierre Dao, en charge du bataillon de Joinville à Fontainebleau (à quelques kilomètres, donc), qui le remarque immédiatement. C’est lui qui le fera venir à Limoges. Butter passe l’exercice 1983-84 à Dampmart avant de mettre le cap sur le Limousin, où Dao a signé comme coach en 1983.
« En débarquant à Limoges, j’étais complètement paumé, confie Franck. Je savais tout juste courir, ce qui n’était déjà pas si mal pour un grand. Les gars me prenaient plutôt pour un handicapé. Je ne pensais en aucun cas faire carrière dans ce sport. J’ai travaillé dur et appris toutes les bases avec mon entraîneur, Fabien Texier. » Les dirigeants du CSP, eux, pensent avoir déniché l’oiseau rare que tout le basket français attendait depuis des siècles !

« J’ai joué une année sur deux »
Franck passe une saison à Limoges avant de sillonner le territoire. Deux ans à Pau. Une année à Caen. Une autre à Mulhouse. En 1990, il est de retour dans le Limousin. Il sera de l’épopée européenne de 1993. Sa carte de visite s’est bien remplie pendant une décennie (cinq titres de champion de France, une Coupe d’Europe des clubs champions, deux Coupes de la Fédération). En revanche, les choses se sont gâtées au niveau de son temps de jeu. Tout cela a tenu à peu de choses. Après cette première saison au CSP, Butter rejoignit donc l’ennemi juré, Orthez. Dès le premier match, il s’explosa la cheville. Opération en janvier 1986. Saison foutue. Il revient l’année suivante, plein d’ambition, mais se voit barré par le Ricain de service, Tom Scheffler, un grand Blanc aussi balèze que lui mais plus expérimenté, passé par les Trail Blazers.

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En fait, la carrière de Franck sera sans arrêt interrompue par les blessures. « Je joue une année sur deux, ironisait-il. C’est vrai que je passe beaucoup de temps sur le banc. C’est parfois dur à vivre mais je n’ai jamais voulu polémiquer avec mes coaches. Quand je rentre, c’est pour me donner à fond, montrer que j’ai envie de me battre. » C’est cette gnac qui lui a offert ses premières capes en équipe nationale. Il s’y sent bien et le prouve notamment lors du championnat d’Europe des nations 1989, à Zagreb, en se hissant parmi les meilleurs intérieurs du Vieux Continent. Vlade Divac et Dino Radja se souviennent peut-être de ce grand blond qui faisait des bonds et prenait des rebonds. Se donnant à fond dans la raquette où son envie et sa motivation étaient communicatives.
« Comme dans tous les sports, l’équipe de France, c’est le summum, le rêve, commentait-il. C’est elle qui m’a relancé à chaque fois. » Et il en avait vraiment besoin. Après l’épisode malheureux d’Orthez, Franck a droit à 38 minutes de jeu en moyenne à Caen. Tout roule pour lui. Djordje Andrijasevic, son coach, lui fait pleinement confiance. Mais le club normand connaît des difficultés financières. Caen est contraint de vendre Franck Butter et Fred Forte, ses meilleurs produits d’exportation. Le premier signe à Mulhouse. On s’éclate bien entre potes mais Butter est à nouveau barré par l’Américain de service, Curtis Kitchen. Il cire le banc et ne comprend pas. « Un jour, Jean-Luc Monschau m’a fait entrer en jeu. Kitchen n’a pas apprécié de sortir et il a éclaté une bouteille. Deux minutes après, il revenait sur le parquet… »

Quand il porte le n°13, il évite les pépins
Nouveau déménagement. Retour à Limoges, en terrain conquis. Il y a ses repères, sa belle-famille. « Ma femme Sandrine et mes deux filles sont ce qu’il y a de plus précieux dans ma vie. » Manque de chance, il se repète le talon. Butter devient fataliste mais aussi superstitieux. « Toutes les années où j’ai connu des pépins, je ne portais pas le numéro 13… » Alors qu’il en a ras-le-bol de ne pas jouer, Bozidar Maljkovic trouve les bons mots. Il lui demande de rester une troisième année au CSP. « Je veux que tu restes, lui explique le sorcier serbe à l’intersaison 1992. Je te donne ma parole que tu joueras. »

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S’ensuivra une année exceptionnelle, ponctuée d’un titre de champion d’Europe pour lequel Francky sortit le grand jeu. Et récolta les fruits de sa passion. Son meilleur souvenir, évidemment. « Jouer pivot te permet de te mettre en valeur dans de nombreux domaines. Tu peux toujours te rendre utile, prendre des rebonds, contrer. Mais plus ça va, plus c’est costaud ! » Costaud comme Shaquille O’Neal, le centre qu’il admire le plus à l’époque, ou comme Apollo Faye, sa première idole. Vraie force de la nature, le pivot originaire de Dakar passa 8 ans au CSP avant de filer à Montpellier en 1985. En 1994, Butter l’imite. Il lui fallait quitter le Limousin pour « retrouver définitivement le plaisir de jouer ». Dans le grand Sud, il s’empressa de retenir un numéro bien précis. Le 13 évidemment.
La carrière de l’intérieur au pif imposant s’acheva en 1999 après deux dernières saisons au Mans, alors que ses chevilles lui interdisaient plus longtemps la pratique du basket. Avec les Bleus, Franck avait atteint le terminus trois ans plus tôt (dernier match contre la Suisse en décembre 1996). Il fut sélectionné pour la première fois en mai 1985 contre l’Allemagne de l’Ouest. Crédité de 68 capes sous le maillot bleu (210 pts), Butter a participé aux championnats d’Europe 1989 (6e) et 1995 (8e). Sa carte Panini est tout bonnement culte. « Un monstre de générosité sur le terrain, prêt à se jeter sur toutes les balles. Il arrive ainsi à faire oublier son côté fruste et peu esthétique. Collectionneur de pin’s. » La Fédé complétait : « La pénurie de véritables « big men » français lui permet d’être souvent appelé pour les missions de dépannage. Il s’impose alors comme un remplaçant indispensable pour essayer de freiner les adversaires de grande taille. Un super mental. »
S’il a pris la direction d’un restaurant Quick en Haute-Vienne, Franck n’a pas coupé avec le milieu puisqu’il a parrainé un camp pour free-agents, sorte d’équivalent du stage UNFP pour les footeux chômeurs. Ce camp était dirigé par des coaches eux aussi à la recherche d’un poste. Il y avait un programme de matches amicaux et plusieurs colloques visant à venir en aide aux joueurs (nutrition, reconversion, etc.). Tout cela fut possible grâce à l’association « La FAC du basketball » à Limoges.

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