Coupe du Monde

Four Nations 2012 : Le sans-faute des Blacks

La Nouvelle-Zélande a remporté le premier Four Nations de l’histoire. Après la dernière Coupe du monde, les All Blacks ont enchaîné 16 victoires. Retour sur un sans-faute.

– Australie-Nouvelle-Zélande
Victoire 27-19 à Sydney pour le match d’ouverture grâce à deux essais de Israel Dagg et Cory Jane, une transformation mais aussi 5 pénalités de Dan Carter.
L’homme du match : L’arrière Israel Dagg réussit un grand numéro avec un essai, donc, mais aussi une action défensive importante dans la dernière minute lorsqu’il écarte l’ailier aussie Adam Ashley-Cooper.

– Nouvelle-Zélande-Australie
Les Kiwis remportent une dixième Bledisloe Cup consécutive devant leur public, à l’Eden Park d’Auckland (22-0). Un essai d’Israel Dagg et plusieurs coups de pied de Dan Carter envoient au tapis de faibles Wallabies. Kurtley Beale avait été écarté du XV australien au profit de l’arrière Adam Ashley-Cooper.
L’homme du match : Dan Carter, impeccable, inscrit les 12 premiers points de son équipe avant que Dagg ne marque l’unique essai de la rencontre. Le demi d’ouverture des Blacks réussit la transformation puis ajoute une dernière pénalité dans un match axé sur la défense.

– Nouvelle-Zélande-Argentine
Victoire à l’arrache (21-5) à Wellington pour les Blacks qui menaient seulement 6-5 à la mi-temps. Graham Henry, coach des champions du monde 2011 et désormais consultant des Pumas, avait-il filé de bons tuyaux pour défendre dur contre ses anciens guerriers ? Steve Hansen n’y croyait pas : « L’Argentine est très forte en défense depuis longtemps. Leurs systèmes sont bons. »
L’homme du match : La balance n’a pas encore penché en faveur des Blacks (9-5) quand l’ailier Julian Savea s’en va aplatir dans l’en-but argentin, en milieu de deuxième mi-temps, après une combinaison initiée par les deux trois-quarts centre Conrad Smith et Ma’a Nonu.

– Nouvelle-Zélande-Afrique du Sud
Encore un rude combat pour les Blacks mais une quatrième victoire au coup de sifflet final (21-11). Décision favorisée par les erreurs des Boks. Morné Steyn se montra très maladroit dans ses coups de pied.
L’homme du match : Encore une fois, l’arrière Israel Dagg fut brillant avec un essai à son actif. Plus encore, sa défense et son agressivité offensive furent déterminantes dans le succès des Kiwis à Dunedin.

– Argentine-Nouvelle-Zélande
Le match du sacre pour les All Blacks, plus déterminés que jamais dans la quête de leur premier titre du Four Nations (54-15). Les Kiwis livrent là leur meilleur match du tournoi avec un rugby total. Le retour de Dan Carter (blessé au genou) et l’abattage de Kieran Read en n°8 furent très remarqués.
L’homme du match : Cory Jane fut dans tous les bons coups, marquant trois essais et donnant de l’ampleur au score final.

– Afrique du Sud-Nouvelle Zélande
Le match du sans-faute. A Soweto, les Blacks sont menés au score à la mi-temps (16-12) mais ils reviennent dans la partie grâce aux essais de Ma’a Nonu et Conrad Smith et surtout à la botte de Dan Carter. Asphyxiés, les Boks perdront la rencontre 32-16. Quarante-huitième victoire pour les Néo-Zélandais face à l’Afrique du Sud. Celle-ci avait une saveur particulière, évidemment.
L’homme du match : Kieran Read est énorme dans ce dernier rendez-vous du Four Nations avec de l’impact en attaque comme en défense. Le poste de n°8 est entre de bonnes mains chez les Blacks avec ce joueur qui aurait pu faire les beaux jours de l’équipe nationale de cricket.

Man in black : Julian Savea, un baby Lomu

22 ans et beaucoup de talent : Julian Savea est la nouvelle flèche meurtrière de la Nouvelle-Zélande. Portrait.

L’ailier des Hurricanes Julian Savea est encore un gamin au milieu des vieux briscards néo-zélandais champions du monde. Il a fêté ses 22 ans le 7 août dernier au milieu de la troupe All Blacks, alors que Steve Hansen préparait le Rugby Championship et ses deux mois de compétition avec l’intention de le gagner. Savea n’était pas le benjamin de l’équipe (Brodie Retallick, sur le banc, avait 21 ans) mais par sa fougue et son tempérament très joueur, il incarnait la nouvelle vague.
Julian a obtenu sa première cape le 9 juin 2012 contre l’Irlande. Baptême du feu épatant puisqu’il fut l’auteur de 15 points avec trois essais dans le mythique Eden Park d’Auckland. Il inscrivit notamment un essai après une course de 90 m balle en main, avec l’aplomb d’un Jonah Lomu des plus beaux jours. Il n’en fallait pas plus pour que les fans imaginent voir la réincarnation de Jonah chez Savea ! Steve Hansen calma vite fait les esprits échauffés en évoquant un deuxième match plus difficile contre les petits hommes verts.
Avec deux capes en juin contre le Trèfle irlandais et trois autres en septembre, face à l’Argentine (2) et l’Afrique du Sud (il n’a pas disputé le match à Soweto), Julian Savea s’est lentement installé dans le XV néo-zélandais. Pour la rencontre du titre dans la capitale argentine, il marqua deux essais. De quoi embellir le match le plus abouti des Blacks dans la compétition. Auteur de 25 points en cinq sorties, le jeune ailier aura signé une entrée plus que remarquée.
Né à Wellington, Savea vient du rugby à VII. Il a fait l’essentiel de ses gammes dans l’équipe de Gordon Tietjens, jusqu’en 2009, avant de passer chez les Baby Blacks. Il fut élu Meilleur jeune de l’année par l’IRB après la Coupe du monde Juniors 2010, où il inscrivit 8 essais. Si Julian a débuté chez lui, à Wellington, les Hurricanes l’ont vite rattrapé. Le prodige était déjà comparé au tout début de sa carrière à Jonah Lomu, un monstre qui alliait puissance et vitesse pour devenir quasiment inarrêtable lorsqu’il déboulait plein pot. Mais Savea n’a pas le même gabarit que l’ancienne icône du rugby mondial. Il a stoppé sa croissance en sortant des juniors, affichant 1,94 m pour 103 kg. Rien à voir avec la montagne Lomu (1,96 m, 125 kg). Savea travaille sa vitesse pour transpercer les défenses. Sans peur et pour l’instant sans reproche. Steve Hansen sait qu’il tient là une nouvelle pépite.

Australie, Afrique du Sud, Argentine : le bilan

– Australie (3 victoires, 3 défaites)
Le sélectionneur, Robbie Deans, jouait quasiment sa tête lors de la dernière journée à Rosario, contre l’Argentine. Contexte très particulier pour ce match de la peur. Les Wallabies ont finalement battu les Pumas 25-19 après avoir été menés au score. Le résultat a mis du baume au cœur de Robbie Deans mais les joueurs ne cachaient pas leur déception, l’Australie terminant 3e avec un bilan mitigé. La défaite en Afrique du Sud contre les Boks (31-8) laissa des traces chez des Wallabies déjà battus par deux fois par les All Blacks pour l’ouverture de la compétition.
Deans mit les mauvais résultats sur le compte des blessures mais le nouveau capitaine, Nathan Sharpe (Will Genia était out pour six mois), admit que l’Australie avait trop de lacunes pour rivaliser avec les champions du monde et les Boks. La victoire contre l’AfSud à Perth le 8 septembre (26-19) était un peu trompeuse. On rappellera que les Wallabies finirent le match à 14 contre les Boks à Pretoria après les blessures de Berrick Barnes, Adam Ashley-Cooper, Digby Ioane, Radike Samo et Tatafu Polota-Nau, touché à l’épaule. Will Genia, le demi de mêlée, fut victime d’une rupture d’un ligament du genou lors de la 3e journée du Four Nations. Ce rendez-vous contre les Boks alimenta la polémique : l’IRB a reconnu que l’arbitre avait commis une erreur technique en laissant les Wallabies terminer à 14 après sept changements mais elle estima que cette faute d’arbitrage « n’avait pas impacté le résultat final ».
Deans, en poste chez les Aussies depuis 2008, parla de « carnage » en évoquant la rencontre en fin de tournoi contre les Springboks. Jamais, dans cette compétition, les Australiens n’ont été à la hauteur de l’enjeu. Ils avaient pourtant remporté le Tri-Nations 2011. Pour l’anecdote, on notera que Sharpe devint capitaine par défaut après le retrait de Genia : James Horwill, le titulaire, était déjà à l’infirmerie avec son remplaçant au brassard, David Pocock.

– Afrique du Sud (2 victoires, 1 nul, 3 défaites)
Le sélectionneur, Heyneke Meyer, a incorporé de nouveaux joueurs. On a vu Jaco Taute (Golden Lions) au poste de trois-quarts centre mais aussi Johan Goosen (Cheetahs) passer à l’ouverture tandis que Duane Vermeulen, un joli bébé de 110 kg, faisait son trou en troisième ligne dans une équipe dont la star restait le trois-quarts aile Bryan Habana (3 essais contre l’Australie à Pretoria). Les Boks n’ont pas été en réussite dans leurs coups de pied. « Trop de déchet », estima Meyer qui sortit le demi d’ouverture Morné Steyn au profit du jeune Goosen. Ce dernier fut lui-même malheureux contre les Blacks lors de la dernière journée. L’entraîneur des Boks ne tournait pas la page Steyn pour autant. « C’est un vrai combattant. Je sais qu’il va rebondir. »
L’Afrique du Sud a déçu, étant notamment accrochée par les Pumas (16-16) à Mendoza, lors de la 2e journée. Le calendrier lui était certes défavorable : c’était la seule équipe à livrer trois matches consécutifs à l’extérieur (en Argentine, en Australie et en Nouvelle-Zélande). « Il nous était difficile de prendre des points à l’extérieur, surtout face à des équipes aussi fortes, déplore le sélectionneur. Nous étions quasiment dans une spirale négative. Les joueurs ont dû être forts dans leur tête pour refaire surface en fin de tournoi. » Le mal était fait.
C’est dans les mentalités à l’approche de la compétition que le nouveau coach des Boks veut du changement. Le capitaine, Jean de Villiers, avait compris le message. « On a déjà vu un changement après nos défaites à l’extérieur. L’équipe est capable de mettre la pression sur son adversaire mais il faut le faire du début à la fin. Ça demande un gros investissement. Tout le monde est prêt à le faire. » Le match contre l’Australie à la maison fut joué en mode attaque, avec un état d’esprit conquérant, mais une semaine plus tard, l’épouvantail All Blacks semait à nouveau le trouble dans le camp des Boks. Impitoyables, ces Kiwis…

– Argentine (1 nul, 5 défaites)
Les Pumas ont réalisé un Four Nations correct en offrant une bonne résistance aux champions du monde mais aussi à l’Afrique du Sud, tenue en échec le 26 août. Dommage que la fin du tournoi n’ait pas été aussi heureuse (deux défaites au pays contre les Blacks et les Wallabies). Les Argentins, emmenés par Juan Martin Hernandez et Rodrigo Roncero, qui a fêté sa dernière sélection contre l’Australie, ont été au niveau pour leur premier Rugby Championship. Le capitaine des Pumas soulignait la difficulté de se mesurer aux trois monstres de l’hémisphère Sud : « On connaissait le niveau de nos adversaires. Ces six matches ont permis de nous évaluer. On s’était préparé à ce type de duels, très durs et physiques. On est heureux d’avoir offert une bonne résistance. On joue pour progresser et c’est en affrontant les meilleures équipes qu’on avancera le plus vite. »
L’Argentine n’a pas réalisé d’exploit mais elle s’est battue vaillamment, défendant le rugby de tranchées prôné par son coach, Santiago Phelan. Un entraîneur qui a profité du consulting de Graham Henry, le patron des All Blacks champions du monde. « Nos joueurs se sont donnés à 100% dans ce tournoi. C’était le plus important. Chaque match est différent et il faut toujours être au maximum quand on affronte les meilleures formations du monde. Il n’y a pas de regrets, on a développé un bon rugby. » Dan Carter, blessé contre les Pumas le 8 septembre, a pris note des progrès de la sélection sud-américaine durant la compétition. « Il faudra compter sur eux pour le dernier carré de la prochaine Coupe du monde. D’ici à 2015, ils vont emmagasiner de l’expérience grâce au Four Nations et ils seront toujours plus dangereux. Quand on voit ce qu’ils ont fait pour leur première participation, on se dit qu’ils ont un bel avenir devant eux. »

Photo de Une : Kieran Read

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