Équipe de France

Florian Thauvin : « Je suis devenu un autre homme »

Appelé pour la première fois par Didier Deschamps en mars dernier, l’attaquant de l’OM réussit la meilleure saison de sa carrière. Sûrement pas la dernière, tant la tête semble bien posée sur les épaules du bonhomme. Rencontre avec un chic type !

PLANETE FOOT : Elu meilleur joueur de Ligue 1 en mars, Olympien du mois en mars puis à nouveau Olympien du mois en avril, ce n’est plus une saison bien remplie, ça, c’est une promenade de santé ?
Florian THAUVIN :
Ça me touche vraiment parce qu’en plus, ce sont les supporters qui votent.

PF : Est-ce ta meilleure saison ?
F.T. :
Oui, la meilleure de ma carrière. J’avais réalisé une très belle saison avec Bastia mais j’étais plus jeune. J’ai progressé depuis. Je joue plus simple, je fais davantage marquer mes coéquipiers cette saison. Je me sens mieux, vraiment. Mon passage à Newcastle m’a fait grandir.

PF : Es-tu surpris de tout cela ?
F.T. :
Oui, un peu. Je ne m’y attendais pas forcément à ce point. C’est un sentiment particulier. Je travaille beaucoup pour vivre ça, être le plus efficace possible et avoir de bonnes statistiques. C’est la première fois que je réalise une saison aussi bonne dans les chiffres. Mais c’est aussi dû à la confiance. Quand j’ai atteint la barre des 10 buts, que je m’étais fixée dans un coin de la tête, je me suis davantage libéré. J’ai pris plus confiance en moi, je me suis senti plus à l’aise.

PF : Avec un peu de recul, imaginais-tu cette réussite en début de saison ?
F.T. :
Sincèrement, non. Que ça allait aussi bien marcher, aussi vite, non. Ce n’est que du bonheur. Si je suis performant, c’est aussi parce que je prends beaucoup de plaisir à jouer. C’est lié, tout ça, mais il n’y a rien d’acquis.

PF : Y a-t-il eu un déclic dans cette mutation, entre le Florian, espoir déçu il y a deux ans, et le Thauvin nouveau, conquérant aujourd’hui ?
F.T. :
J’ai beaucoup réfléchi en Angleterre (ndlr : il avait signé à Newcastle en août 2015 avant de revenir à l’OM en janvier 2016). Newcastle, cela a été une période difficile. J’étais loin de tout le monde avec ma copine et en même temps, j’ai découvert un autre pays, une autre culture, une autre langue. Même la nourriture était un changement, on mange tellement bien en France ! Je me suis découvert un peu plus moi-même à ce moment-là. La situation était compliquée mais j’ai réussi à bien l’analyser. Ça m’a fait grandir. Je me suis posé les bonnes questions, afin de savoir pourquoi tout n’avait pas si bien fonctionné lors de mon premier passage à Marseille. Et je me suis rendu compte que j’avais de la chance de pouvoir retourner à l’OM. J’y suis revenu avec plus de hargne, peut-être, plus d’envie, plus travailleur. Et surtout avec plus de maturité. Je suis devenu un autre homme. Je me suis remis en question tout en faisant le choix du cœur.

PF : Et revenir en Ligue 1, cela pouvait s’apparenter à un retour en arrière, un aveu d’échec…
F.T. :
Non, c’est un beau championnat. On le voit bien cette année, il y a de belles équipes devant, beaucoup de bons joueurs qui sont retenus dans leurs sélections. Je trouve que c’est bien. Ça prouve que c’est une ligue intéressante. Si ça peut attirer encore plus de grands joueurs, ce sera mieux pour nous tous.

PF : Parmi les belles équipes qui sont devant, il n’y a pas trace de Marseille. Pas encore ? L’OM peut-il, selon toi, concurrencer Monaco, le Paris SG ?
F.T. :
C’est l’objectif du club. Il veut revenir dans l’élite. On fera le maximum pour y parvenir le plus vite possible. Combien de temps cela prendra, je ne sais pas, mais le projet est sérieux et cohérent, on l’a bien vu avec les recrues de cet hiver. J’attends les premiers renforts de l’été avec impatience. Beaucoup de choses sont en train de changer au club, tout le monde le voit. Si l’OM a toujours été un grand club, sur les deux ou trois dernières années, cela a été un peu plus compliqué. Là, tout le monde nous met dans les meilleures conditions. Je vois le club que j’aime prendre une autre dimension. Et ça fait du bien.

PF : Avec Dimitri Payet, la hache de guerre est enterrée ?
F.T. :
Nous avons une très bonne relation. On s’était chahutés un peu quand il y avait Marcelo Bielsa mais aujourd’hui, tout va bien. On a crevé l’abcès. Je suis à l’écoute. Il m’a beaucoup apporté et me donne toujours des conseils. On a compris tous les deux qu’il était important que l’on joue ensemble, c’est dans l’intérêt de l’OM et ça fonctionne bien. Je suis heureux de découvrir un peu plus Dimitri depuis qu’il est revenu. On s’entend bien, c’est cool.

PF : Florian Thauvin, un autre homme et donc, un autre joueur ?
F.T. :
J’ai acquis une certaine maturité en Angleterre qui m’aide aujourd’hui.

PF : Jamais tu n’as eu la tentation de baisser les bras ? Jamais tu n’as pensé : « Ça ne passera jamais ? »
F.T. :
J’aurais pu, si, quand, à 15 ans, j’ai failli arrêter le foot à cause de problèmes au dos. Quand le docteur m’a annoncé que je ne pouvais plus jouer, là oui, j’ai abandonné, parce que je ne pouvais pas lutter avec ma santé. Mais quand un autre avis médical m’a dit que je pouvais rejouer, j’ai pensé que la vie m’offrait une nouvelle chance. Depuis ce temps-là, même quand c’est dur, je profite à fond. Je relativise.

PF : Revenir à l’OM, le coup était risqué quand même, compte tenu du contexte marseillais et de ton premier passage. Tu n’as pas eu peur, même en relativisant ?
F.T. :
Non. Je savais que j’allais être très attendu, que ça allait être compliqué pour moi. Mais encore une fois, je me suis posé les questions avant. Je suis revenu avec une seule obsession en tête : le travail. J’avais l’obligation d’être performant sur le terrain.

PF : Une obsession, le travail. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?
F.T. :
L’été dernier, j’ai pris un préparateur physique qui s’est occupé de toute la préparation et qui me suit depuis. Je bosse beaucoup au club, je fais du rab’ en plus des séances d’entraînement, je revois tous mes matches à la vidéo. J’ai mis le foot au centre de tout dans ma vie. Même s’il est important de couper, de penser à autre chose quand on rentre à la maison. Mais j’ai du mal. Souvent, je regarde s’il y a un match à voir le soir…

PF : Fin mars, tes performances t’ont conduit pour la première fois en équipe de France. Tu es même arrivé le premier au rassemblement, pourquoi ?
F.T. :
C’est juste une coïncidence. Comme je sais qu’à Paris, le trafic est souvent perturbé, on peut se retrouver bloqué très vite dans les bouchons. Donc, j’ai pris mes dispositions. Ce n’était pas quelque chose à faire de se présenter en retard au premier rendez-vous… (Il sourit) Je suis donc arrivé de bonne heure.

PF : Même si tu n’es pas entré en jeu, tu as fait partie du groupe dans le château. Alors ?
F.T. :
En fait, c’est magique. Représenter son pays, il n’y a rien de plus beau. J’y pensais secrètement. C’était dans un coin de ma tête, j’avais reçu la pré-convocation, mais je n’avais aucune certitude. Je connaissais le château parce que j’y étais venu avec les moins de 20 ans avant la Coupe du monde mais c’est vrai qu’il y a eu un petit pincement, là.

PF : Tu l’attendais secrètement. Et impatiemment ? As-tu douté que le train ne soit définitivement passé ?
F.T. :
C’est vrai que j’y ai beaucoup pensé. Tout joueur rêve de toucher l’équipe de France. Moi, c’était mon rêve le plus cher.

PF : Tu as été élu meilleur bizutage parmi tous les nouveaux de mars, en plus…
F.T. :
Ah, tant mieux ! Mais ça ne s’arrête pas là, je ne suis pas venu pour ça.

PF : On imagine que la Coupe du monde 2018 fait désormais partie de tes objectifs personnels ?
F.T. :
Maintenant que j’y ai mis le pied une fois, j’espère y retourner. Ça devient un objectif, oui, mais je ne veux pas me mettre de pression inutile. Je me fixe beaucoup d’objectifs et je n’ai pas peur de dire que je suis ambitieux. Mais je prends du recul, aussi.

PF : Dans quel état d’esprit as-tu découvert le groupe France ?
F.T. :
J’étais un peu stressé. Mais je tiens à remercier l’ensemble du groupe et du staff. J’ai vu des personnes très accueillantes, j’ai été mis à l’aise tout de suite, tout a été parfait.

PF : Quel joueur t’a le plus impressionné ?
F.T. :
Antoine Griezmann.

PF : Pas Kylian Mbappé ?
F.T. :
Ah, on voit tout de suite qu’il a quelque chose en plus. Quelque part, ça m’impressionne et quelque part, non. Pour avoir discuté avec lui, je sais que c’est un super bon gars. Il fait des choses formidables. Il est très en avance pour son âge, quand il est sur le terrain – je l’ai découvert quand nous avons affronté Monaco -, il met tout de suite l’adversaire en difficulté. Il réalise des différences. Oui, il a beaucoup de talent et c’est un super mec. Il mérite tout ce qui lui arrive.

PF : Il y a eu, lors du rassemblement du mois de mars, cinq nouveaux joueurs appelés par Didier Deschamps. Est-ce un tournant dans la préparation de la Coupe du monde, une main tendue pour toi ?
F.T. :
C’est un message fort de la part du sélectionneur de nous accorder cette confiance. Et c’est à nous de la lui rendre. Il n’y aura pas de problèmes, on se connaît tous, on s’est fréquentés dans les équipes de jeunes. On est juste heureux de se retrouver.

PF : Quand on arrive en équipe de France, on pense à quoi ? A l’avant, au chemin parcouru ou à l’après ?
F.T. :
Chacun réagit différemment, je pense, par rapport à ça. Pour moi, c’était surtout une fierté et un bonheur de pouvoir représenter la France. On pense aussi au chemin parcouru, oui, aux difficultés. Mais c’est un sentiment de joie, de légèreté. Vous êtes heureux. Pour moi, il n’y a rien de plus beau. Mais je me suis dit aussi : « Le plus dur commence. »

PF : Au fait, Florian, tu seras à l’OM la saison prochaine ?
F.T. :
Ah oui, bien sûr. Il y avait une option d’achat quasi automatique. Dès que je disputais trois matches titulaire, elle était levée.

PF : C’était un transfert, donc…
F.T. :
C’était un peu ça, oui. Je suis vraiment content de m’inscrire dans la durée. Je l’ai suffisamment dit, j’aime ce club et j’ai envie de vivre une belle histoire.

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