Étranger

Falcao, le tigre des surfaces

Arrivé dans l’anonymat à Porto, en 2009, pour remplacer Lisandro Lopez, l’attaquant colombien a redéfini la notion de renard des surfaces. Cet été, il est passé dans les rangs de l’Atletico Madrid pour la bagatelle de 40 millions d’euros.

A Lisbonne, on s’en mord les doigts. Pas facile d’oublier que Falcao, la terreur du FC Porto passée dans les rangs de l’Atletico Madrid courant août, devait porter les couleurs du Benfica ! L’affaire remonte à l’été 2009. Il faisait déjà chaud et l’affaire était pliée entre River Plate, son ancien club, et les Lisboètes. Et puis ce fut le rebondissement. Paulo de Almeida, spécialiste du foot portugais en général et du Benfica en particulier, raconte. « Radamel devait signer, tout était conclu mais au dernier moment, il a fallu rajouter 1 million d’euros. Benfica a refusé. Porto et son président, Pinto da Costa, sont arrivés le soir-même. Ils ont sauté sur l’occasion et mis le million supplémentaire. »
L’été 2009, vous vous souvenez ? Porto vient de perdre – ou plutôt de bien vendre – son « Comandante » Lucho Gonzalez à l’OM et son serial buteur Lisandro Lopez à Lyon. Plusieurs observateurs se demandent comment les Dragons, qui ont pourtant l’habitude de se faire régulièrement saigner à blanc, vont pouvoir rebondir. Voilà donc le successeur de Lisandro. Un Colombien pas bien grand (1,77 m) et totalement inconnu en Europe. Son nom ? Radamel Garcia. Pas très fleur bleue. Mais le même que son père qui fut pro en Colombie. Alors, pas touche. Enfin si : six lettres et trois syllabes en plus, en guise de particule, cela donne Falcao. Hommage au blond frisé brésilien, roi de la Roma des années 80, aujourd’hui consultant sur TV Globo au Brésil, dont papa était fan.
Question ressemblance, ça s’arrête là. Trapu, brun platine en version latino : avec Radamel, physiquement, on est plutôt à mi-chemin entre Marcelo Salas et Ivan Zamorano, les deux stars de l’attaque du Chili à la fin des années 90. Falcao, c’est Salas pour la bouille et les reflets physiques. Et Zamorano pour cette faculté à rester longtemps en l’air, à planer. Un véritable hélicoptère. « Il a cette capacité à rester comme suspendu, c’est assez phénoménal, témoigne Paulo de Almeida. En cela, il ressemble étrangement à Zamorano. C’était son surnom quand il a posé le pied au Portugal. Ça l’avait un peu précédé. Depuis, ça le suit toujours et il sait pourquoi. De la tête, il met le ballon où il veut. »
« Le Tigre » – son autre surnom – était une star à River Plate. Il est devenu l’icône de Porto. « Bon, ce n’était pas Mario Jardel non plus. Mais Hulk et lui étaient vraiment les deux stars de l’équipe. »

Parfait complément de l’incroyable Hulk
Hulk, compère déménageur. Un attaquant brésilien qui se rapproche plus de Brandao. Avec une différence non négligeable, voire majeure : des pieds de footballeur en plus. Il suffit de jeter un œil au classement des buteurs. Numéro 1 en 2011 : Hulk avec 23 réalisations, soit quasiment autant que Naval, lanterne rouge du championnat ! Numéro 2 : Falcao, 16. En 2009-10, pour sa première saison sur les rives du Douro, le Colombien avait inscrit la bagatelle de 25 buts en 28 rencontres !
Hulk-Falcao, c’était le nouveau duo phénomène et pas seulement au Portugal. Les deux Dragons ont affolé toutes les statistiques lors de la saison écoulée – 39 buts à eux deux en championnat, donc – et fait tourner toutes les têtes. « Falcao adore qu’on lui tourne autour. C’est un vrai joueur de surface. Il n’est pas très grand, pas particulièrement rapide mais il se place toujours bien et gicle au bon moment, note Hector Simons, du « Jornal de Noticias » au Portugal. Même marqué de près, il aimante les ballons dans la surface de réparation. »
En plus de son excellent jeu de tête, Falcao fait valoir sa technique avec les deux pieds. La méthode latine, quoi. Celle qui ne se refuse rien. C’est aux Millionarios de Bogota que Radamel débuta sa formation. Repéré par River Plate lors d’un match de la sélection colombienne des moins de 17 ans, il dézone une première fois en 2001. A 15 ans, direction Buenos Aires. Clin d’œil du destin pour les premiers pas d’une carrière qui se révélera « Monumental ». Le gringo ne perd pas son temps. Pour ses débuts en pros, il claque 2 buts avec le mythique maillot blanc rayé de rouge. Puis gagne ses galons officiels de renard des surfaces : 7 buts lors de ses 7 premières apparitions. « J’aime jouer dans la surface, dos au but, aux alentours des 6 mètres », explique l’intéressé. Pas du genre pourtant à se planter là, à attendre que les ballons arrivent. « Il est très intelligent dans ses déplacements et c’est un très bon finisseur », confirme Paulo de Almeida.
Le renard devient « El Tigre ». Freiné par deux grosses blessures (ligaments du genou droit en 2005, 6 mois d’arrêt, puis à nouveau 6 mois dès janvier 2006), le fauve reprend vite du poil de la bête. Vingt-quatre buts en 59 matches de championnat d’Argentine entre 2007 et 2009. Quarante-cinq pions en 115 matches au total sous le maillot de River. Assez pour convaincre les dirigeants lisboètes de mettre le paquet sur lui… On connaît la suite.
« Porto est un club très bien structuré, très bien organisé, avec de grands noms et une façon particulière de jouer, souligne le Dragon pour expliquer sa réussite portugaise. Ici, tout le monde sait ce qu’il a à faire et on dispute toutes les compétitions pour les gagner. La victoire dans la Coupe de l’UEFA 2003 a laissé un merveilleux souvenir que tout le monde voulait revivre. »

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L’année suivante, le Porto de José Mourinho remporte la Ligue des champions. Le président Pinto da Costa rêve secrètement de refaire le même coup. Les plus grands clubs d’Europe ont beau se bousculer au portillon, les prix et les offres flamber, la vente de Falcao est longtemps écartée. Pas facile de faire fléchir le président, réputé intraitable en affaires. L’Inter, le Milan AC, Dortmund, Tottenham, Arsenal et Chelsea sont tous chauds bouillants. Chelsea, forcément. André Villas Boas, qui a quitté Porto pour Londres, veut récupérer son ancien poulain. Ça joue des coudes. José Mourinho a lui aussi coché son nom en tête de liste. Le Real est prêt à mettre 30 millions d’euros sur la table. Tout en continuant d’étudier le dossier Neymar. C’est bien Madrid qui enlèvera le morceau. Mais pas le Real. L’Atletico. Montant du transfert : 40 millions d’euros, plus 7 de bonus divers. Falcao inscrira son premier but pour l’Atletico contre le Celtic Glasgow, en Ligue Europa.
L’an passé, l’idole de Bogota a effacé Jürgen Klinsmann des tablettes européennes avec 17 buts inscrits sur une saison (dont celui de la victoire en finale de Ligue Europa contre le Sporting Braga, 14 matches joués au total). Il est aussi devenu le meilleur buteur de l’histoire de la seconde Coupe d’Europe. C’est au cours de la demi-finale aller contre Villarreal (5-1) que Falcao égala Jürgen, dont le record datait de la saison 1995-96. « Je n’oublierai jamais cette soirée, commenta-t-il à chaud. C’était le premier poker (ndlr : 4 buts, un carré) de ma carrière. Mais le plus important, c’est d’aller au bout. Je n’en ai pas encore fini. Je sais que ce soir, je fais aussi bien que Klinsmann. J’en suis terriblement fier. »
Depuis, il a battu l’Allemand. Comme si rien ne se refusait à lui. « En 2009-10, j’ai été impressionné par ma facilité d’adaptation au football portugais et européen. Mais la confiance du staff et de mes coéquipiers m’a énormément aidé. A Porto, j’ai joué librement. J’étais très à l’aise avec ces gars qui évoluaient ensemble depuis quatre ans. Ils se connaissaient bien, ça m’a permis de m’adapter rapidement. »
Une équipe redevenue machine à gagner sous l’impulsion de Villas Boas, ancien adjoint de José Mourinho chez les Dragons. « Pinto da Costa ne veut pas vendre Falcao maintenant, assurait Paulo de Almeida au début de l’été. L’idée, c’est de garder tout le monde – avec Villas Boas – pour refaire le coup de 2003-04, quand Mourinho avait réussi le doublé C3-C1. Avec une grosse campagne de Ligue des champions, ses joueurs auront une valeur marchande encore plus importante. » Une fois de plus, l’argent a été le plus fort…

Falcao en short
■ Né le 10 février 1986 à Santa Marta (Colombie)
■ 1,77 m, 72 kg
■ Attaquant
■ Atletico Madrid
■ International A (Colombie)
Première sélection : Colombie-Uruguay, 1-3, le 7 février 2007 à Cucuta (COL).
34 sélections, 9 buts.
Le 3 juin 2008, il joue 56 minutes contre la France (défaite 0-1, penalty de Franck Ribéry).

Carrière en club
■ 2004-09, River Plate
90 matches, 34 buts.
■ 2009-11, FC Porto
Champion du Portugal 2011.
51 matches, 41 buts.
■ Depuis 2011, Atletico Madrid

Falcao vu par Hulk
« C’est un tueur. Il peut faire la différence à tout moment mais n’est pas pour autant individualiste. Il joue énormément pour les autres. Beaucoup de monde a parlé de fusion entre nous. C’est parce que nous étions très complices sur le terrain que nous avons marqué autant. »

Hulk-Falcao, duo le plus prolifique des Coupes d’Europe en 2010-11
En Ligue Europa l’an passé, le duo de Porto a inscrit 21 buts. En C1 comme en C3, personne n’a fait mieux. Voici le podium.
1. Falcao-Hulk (FC Porto), 17 + 4 = 21 buts en Ligue Europa
2. Messi-David Villa (FC Barcelone), 11 + 3 = 14 buts en Ligue des champions
3. Cristiano Ronaldo-Benzema (Real Madrid), 6 + 6 = 12 buts en Ligue des champions

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