Équipe de France

Falcao a remis un tigre dans son moteur

Il est comme les chats, ce goleador en or : il a eu plusieurs vies dans sa carrière. Buteur dès son plus âge, sérieusement blessé très vite puis de nouveau gravement cabossé. Revenu, souvent. Ressuscité aujourd’hui. Voici le récit de cet étonnant attaquant colombien à la gâchette facile. Un chat, vraiment ? Non, un tigre. El Tigre ! Qui rugit, à nouveau, très fort.

La vie, non, n’a jamais été un fleuve tranquille. Depuis tout petit et jusqu’à maintenant. La trajectoire de Radamel Falcao (le nom de Falcao, grand milieu de terrain brésilien des années 70-80, a été tamponné, en hommage, par son père qui a joué en professionnel au poste de défenseur) lui a permis ou l’a obligé – on coche la case que l’on veut – à vivre plusieurs vies. Comme les chats. Sauf que c’est un tigre. El Tigre !
Radamel Garcia Zarate – de son patronyme de naissance – a très vite tout connu. Une carrière de footeux placée dès l’enfance sous le signe d’une ascension ultra-rapide, avec des buts à foison, des blessures à n’en plus finir et des trophées à s’en pourlécher les babines. Cela a toujours été ainsi pour lui. Entre grand soleil et tempête. On appelle ça un destin.
C’est à Santa Marta qu’il a poussé ses premiers cris avant de faire avancer ses premiers ballons. Santa Marta, pour vous situer, s’étend au bord d’une eau bleue ou d’une mer azur, si l’on préfère. Santa Marta, dans les Caraïbes colombiennes, c’est un port, un parc national naturel, une fameuse cathédrale blanche, des musées et un climat toujours doux, qui en font une cité plébiscitée par les touristes.
Le père, Radamel King Garcia, se souvient du fiston même pas haut comme une pomme et demie. « Il n’avait pas 3 ans et déjà, il jouait au foot dans la rue, sur le ciment, dans le sable sur la plage. Partout, détaille-t-il. Je pense que c’est le fait de s’entraîner sur le sable qui lui a permis d’acquérir cette puissance. »

Entre foot et baseball
Mais comme papa est pro et qu’il a obtenu un contrat en Première division vénézuélienne, au Deportivo Tachira, toute la famille va bientôt quitter la Colombie et migrer vers San Cristobal, la ville qui abrite le nouveau club du daron. Là-bas, le môme adore accompagner son père au stade. Il aime s’imprégner de l’ambiance, jouer, bien sûr, marquer des buts surtout. Il découvre aussi une autre discipline, véritable sport national au Venezuela : le baseball. Et très vite, il pige toutes les règles et se montre excellent dans le rôle du lanceur. Hyper doué balle au pied et très fort aussi avec les gants, il sait qu’il fera carrière dans le sport. Mais lequel ?
Finalement, la question sera tranchée au retour au pays, à la fin de la carrière du « padre ». Ce sera le football et dans le club des Lanceros Fair Play de Boyaca, dont s’occupe un ancien partenaire du décidément très précieux paternel. Beaucoup plus fort que tous les autres joueurs de sa catégorie, Falcao est surclassé à la vitesse de l’éclair. Il dézingue tout, plante des buts à la chaîne, jusqu’à l’improbable. A 13 ans et 112 jours précisément, il est appelé à jouer avec l’équipe professionnelle, qui évolue en Catégoria Primera B (l’équivalent de la Ligue 2 française !), et devient évidemment le plus jeune joueur colombien à avoir évolué au niveau pro.
Il y disputera huit rencontres (pour un but marqué) avant de faire un rapide crochet par le centre de formation des Millonaros de Bogota, l’un des clubs les plus populaires du pays. Rapide, le crochet ? Oui parce que les Argentins de River Plate, qui ont repéré le phénomène chez les U17 de Colombie, mettent 500 000 dollars sur la table pour engager le très prometteur attaquant aux jambes de feu et à l’adresse diabolique. Il avait 13 ans pour son premier match pro, il quitte seul la famille et le pays pour l’Argentine à… 15 balais !
On ne prétendra pas que là-bas, dans le célèbre club situé au nord de Buenos Aires, tout a été toujours facile pour lui. Dépaysement, froid, changement de vie : Radamel a parfois serré très fort les dents, surtout au début, au centre de formation, mais il n’a jamais lâché. Il avait déjà un tigre dans son moteur. Après avoir fait ses classes chez les jeunes puis dans la réserve, le Colombien débute en équipe première à 19 ans. L’entame de sa folle histoire, faite de buts et de blessures.

Le phénix abattu en plein vol
Premier match comme titulaire, au début de l’année 2005, premier but. Les six rencontres suivantes lui permettent de porter son compteur buts à sept unités, soit la moyenne, simple à calculer, d’une réalisation par match. Le phénix, qui est déjà en train de devenir le chouchou des aficionados du Monumental, paraît s’envoler inexorablement, avant de connaître son premier vol plané : les ligaments du genou droit, en compote, lui gâchent une partie de la saison. Idem l’année suivante où le malheureux se retrouve, pendant plusieurs mois, plus près de l’infirmerie que du vestiaire des joueurs.
Qu’importe, ses deux dernières saisons sans tracas à River lui permettent de commencer à garnir sa vitrine à trophées en club – il avait déjà remporté la Copa America U20 avec la Colombie. Il y a le succès final en tournoi de clôture du championnat argentin. Falcao en impose : on retient la ténacité dont il fait preuve sur le terrain, où il ne cède jamais rien, avec sa puissance, sa technique et son efficacité mais aussi son jeu de tête, malgré une taille moyenne (1,78 m). Un jeu de tête qui lui permet, grâce à une détente et un timing parfaitement dosés, de faire très mal aux défenses adverses. Les atouts du garçon sont connus. Et sa réputation commence à dépasser (largement) les contours de l’Amérique du Sud.
Nous sommes en 2009 et l’heure du grand départ vers l’Europe – le but suprême pour les joueurs nés de ce côté-ci de l’Atlantique – a sonné. La cloche l’envoie du côté du Benfica Lisbonne mais si c’est bien au Portugal que le goleador atterrit, ce sera finalement au FC Porto, pour un transfert estimé à 5,5 M€. Pas de questions existentielles ou de période d’adaptation : chez les Dragons, le Colombien se met vite à cracher le feu. Un premier match de championnat et il s’offre son premier but. Au bout de cette première saison lusitanienne, Falcao termine, avec 25 buts en 28 rencontres, 2e meilleur buteur de la Liga Sagres, juste derrière Oscar Cardozo, le Paraguayen du Benfica (26 pions). Porto achève la compétition à une décevante 3e place pour une équipe de son standing. La victoire en Coupe fera figure de consolante.
La saison suivante sera celle de tous les plaisirs. Pour Falcao comme pour Porto. Emmenés par leur intenable attaquant, les Portistes multiplient les exploits. Leur folle escapade permettra au garne­ment d’ajouter des trophées dans son musée à l’envi. En plus des titres de champion et de vainqueur de la Coupe, il s’impose comme celui qui offre la Ligue Europa à son club, grâce à ses 17 buts – le record de Jürgen Klinsmann sous le maillot du Bayern Munich en 1995-96 est battu – dans l’épreuve. Porto a tout emporté sur son passage, lui a tout dévasté. Sa classe éclabousse le Vieux Continent. Trop fort. Son départ est annoncé.

Diego, libre dans sa tête
Après avoir été transféré un peu partout par la rumeur, Falcao signe finalement à l’Atlético de Madrid. Sous la coupe de son nouveau mentor, Diego Simeone, il va encore améliorer ses statistiques stratosphériques. Sous le règne de l’Argentin, le Colombien se régale. « C’est un coach passionnant, déclare-t-il, qui est obsédé par le moindre détail. Il est constamment en train de motiver et d’encourager ses joueurs. Grâce à lui, l’Atlético a atteint un niveau incroyablement élevé dans le foot européen. » Et le Colombien s’est envolé vers des hauteurs peu probables. Infernal.
Comme d’hab’, il plante un but très vite, contre le Celtic Glasgow, en Europa Ligue. Ensuite, il lâche la mitraillette. Les Colchoneros, magnifiques, vont, avec leur artilleur, prolonger le plaisir en Ligue Europa. Et comme il en a pris la délicieuse habitude, il va tirer à vue sans relâche. Ses stats s’envolent. S’affolent et étonnent. Sucrerie supplémentaire : un nouveau sacre en Ligue Europa, suivi d’un nouveau titre de meilleur buteur dans la compétition (12 buts). Cerise sur le gâteau, le bougre inscrit un improbable triplé pour permettre à l’Atlético de battre Chelsea 4-1 en finale de la Supercoupe de l’UEFA. Lionel Messi, définitivement convaincu, déclare : « Il a tout gagné dans la saison et marqué tellement de buts… Le voilà devenu la plus grande référence du football colombien. »
Ou l’art et la manière de parfaitement lancer son exercice 2012-13, qu’il finira comme 3e meilleur buteur du championnat avec 28 réalisations – juste derrière Leo Messi et Cristiano Ronaldo. En plantant, notamment, un cinglant quintuplé contre La Corogne (victoire 6-0). Et si l’Atlético termine finalement à la 3e place du championnat derrière les deux mastodontes, les joueurs de Simeone s’offrent une petite revanche en s’imposant en finale de la Coupe du Roi, 2-1 après prolongation, face au Real. Falcao se montre encore décisif mais cette fois, dans le rôle du passeur (sur le premier but).
Ce sera son dernier match chez les Matelassiers. Lui dont les idoles d’enfance s’appelaient Ronaldo (le Brésilien), Diego Maradona et Marco Van Basten a confié au magazine péruvien « Libero » : « Je savais que cela devenait très difficile de rester à l’Atlético en raison de la mauvaise passe économique que le club traversait. J’entendais toujours des rumeurs disant que l’Atlético avait besoin de me vendre à la fin de la saison. A partir de là, je me suis rapidement rendu compte que j’allais partir. » Quant à prévoir sa destination… C’était une cote à mille contre un.

Coup de tonnerre sur la Côte d’Azur
Coup de tonnerre sur la Côte : le 31 mai 2013, alors que l’AS Monaco fête son retour parmi l’élite, le président Dmitry Rybolovlev annonce, pas peu fier, la signature de l’attaquant colombien pour 5 ans et un transfert record pour un club français de 60 millions d’euros (battu depuis par l’Uruguayen Edinson Cavani, 64 M€ au Paris SG). Signer dans un club promu, ne pas disputer la Ligue des champions et évoluer dans un stade à l’ambiance souvent très feutrée tenait de la plus haute improbabilité. Mais voilà : outre un salaire estimé à 14 M€ annuels, Falcao obtient des garanties sur le projet sportif et la qualité de l’effectif, qui sera taillé pour titiller le PSG. Ce qui est de nature à changer la donne.
Comme d’habitude, mise en jambe rapide pour le goleador qui inscrit son premier but en compétition officielle dès le premier match de championnat, contre Bordeaux (succès 2-0 de l’ASM). La suite se révèle moins tonitruante mais le bonhomme garde une vitesse de croisière respectable. Jusqu’à ce fameux match de Coupe de France contre l’improbable équipe de Chasselay, pensionnaire de CFA, une rencontre où sa présence ne paraissait pas indispensable. Et où la maladresse d’un adversaire va lui coûter très cher. Le croisé du genou est détruit et c’est une impossible course contre la montre pour disputer la Coupe du monde 2014 au Brésil qui commence. Une compétition qui va disparaître sous ses crampons. « Le pire moment de ma carrière. Là, franchement, j’ai douté. Je me suis demandé si je n’allais pas tout laisser tomber, c’est vrai. Et puis je me suis raccroché à Dieu (ndlr : il est très croyant) pour espérer et remonter la pente. »
Ses cheveux longs et raides claquent moins au vent. L’attaquant colombien rate la « Copa do Brazil » mais revient pour le début du championnat. Deux buts en août et la nouvelle tombe : à la toute fin du mercato estival, il est prêté à Manchester United (prêt payant de 10 M€ quand même, plus 55 M€ de transfert), à une époque où Monaco a changé de stratégie et n’est plus dans le recrutement de superstars – plutôt dans la valorisation de jeunes en devenir au gros potentiel.
Falcao est gêné par de multiples contractures et l’essai sera un échec. Moins, cependant, que le suivant. Toujours en Angleterre mais à Chelsea, cette fois, où son parcours, entre les blessures et les prestations fantomatiques, s’apparente à un désastre. « A MU, déclare-t-il, la concurrence était féroce et c’était compliqué. A Londres, cela a été encore plus délicat. En milieu de saison, j’ai compris que je ne jouerais plus. On ne comptait pas sur moi, c’était clair mais difficile à admettre. Je ne veux, cependant, retenir que du positif de cette expérience. J’ai beaucoup appris et progressé en tant que joueur. Et aussi en tant qu’homme. »

Relancé par Leonardo Jardim
C’est un peu penaud, la coupe de cheveux élaguée, qu’il est revenu cet été à l’ASM. Très vite mis en confiance par Leonardo Jardim. « J’ai toujours cru en lui, affirme le technicien. 90% des gens étaient sceptiques à son sujet. Pas moi. En début de saison, je lui ai assuré que j’allais l’aider à revenir à son meilleur niveau. » Falcao est même devenu capitaine du team monégasque. Et son guide. Un rôle qu’il assume pleinement dans le vestiaire (« Je me sens important et encore plus investi par ces prérogatives »). Kylian Mbappé confirme : « Il ne laisse rien au hasard, chaque détail compte pour lui. On a de la chance de l’avoir avec nous. C’est le leader dont on avait besoin. »
L’histoire monégasque, qu’il souhaiterait poursuivre (il lui reste un an de contrat et une prolongation est dans les tuyaux), vient de se terminer, pour cette saison, sur un titre acquis de façon flamboyante. Il y a eu du jeu, des buts, plus une demi-finale de Ligue des champions au bout d’un parcours époustouflant commencé à la fin du mois de… juillet dernier. Une très belle aventure que n’a pas envie d’a­che­ver celui qui est redevenu un véritable goleador. Le Ti­gre – 30 buts en 38 matches, tout compris, pour cette saison de tous les plaisirs – est de retour !

Palmarès
1 Copa América des U2O avec la Colombie en 2005
1 Championnat de clôture argentin avec River Plate en 2008
1 Ligue Europa avec le FC Porto en 2011
2 Supercoupes du Portugal avec le FC Porto en 2010 et 2011
1 Championnat du Portugal avec le FC Porto en 2011
2 Coupes du Portugal avec le FC Porto en 2010 et 2011
1 Supercoupe d’Europe avec l’Atlético de Madrid en 2012
1 Ligue Europa avec l’Atlético de Madrid en 2012
1 Coupe d’Espagne avec l’Atlético de Madrid en 2013
1 Championnat de France avec Monaco en 2017

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