Équipe de France

Face-à-face : Marcelo Bielsa VS Laurent Blanc

À gauche, Marcelo « El Loco » de Rosario et de l’OM, un peu. À droite, Laurent « le Président », des Cévennes et du Parc, beaucoup. Alors, plutôt la grinta furieuse du coach phocéen ou le calme olympien de l’entraîneur parisien ? C’est notre face-à-face du jour.

■ PALMARÈS
Marcelo Bielsa : 6/10
Le décalage entre le palmarès de l’Argentin et la trace qu’il laisse partout où il passe est bien réel mais « El Loco » a tout de même remporté trois fois le championnat de clôture dans son pays, l’Argentine. Deux fois avec « son » club, les Newell’s Old Boys de Rosario, en 1991 et 1992, plus une autre en 1998 à la tête de Vélez Sarsfield. Il a aussi mené l’Albiceleste à l’or olympique en 2004 à Athènes. Son palmarès prendrait une autre dimension s’il avait remporté toutes ses finales. On trouverait alors une Copa America (en 2004 avec l’Argentine), une Copa Libertadores (en 1992 avec les Newell’s Old Boys) et une Ligue Europa (en 2012 avec l’Athletic Bilbao).
Laurent Blanc : 7/10
Le « Président » n’a pas perdu de temps pour garnir sa vitrine de coach. On y trouve quatre Trophées des champions (2008 et 2009 avec Bordeaux, 2013 et 2014 avec le Paris SG), deux Coupes de la Ligue (2009 avec Bordeaux et 2014 avec le Paris SG) et, bien sûr, deux titres de champion de France. Un décroché avec Paris l’an passé, un à Bordeaux en 2009, dès sa deuxième saison dans la profession. Pas mal quand même. OK, ce ne sont « que » des Coupes nationales mais il a remporté ses finales, lui. Du coup, Lolo (49 ans) a plus de trophées que Marcelo (59 ans), de dix ans son aîné. Alors, un point de plus.

■ EXPÉRIENCE
Marcelo Bielsa : 9/10
Le professeur est aussi un globe-trotter. Avant de prendre les rênes de la sélection argentine (Espoirs + A), Bielsa avait voyagé. Il a laissé une empreinte de dinosaure à Rosario. Après cela, il a entraîné Vélez Sarsfield, visité le championnat du Mexique (CF Atlas, Club America) et découvert l’Europe et la Liga, à la tête de l’Espanyol Barcelone. Il également marqué ad vitam le Chili, qu’il a révolutionné jusqu’à la Coupe du monde 2010, puis l’Athletic Bilbao, qu’il a emmené jusqu’en finale de Coupe d’Europe. Un vrai carnet de voyages.
Laurent Blanc : 7/10
Une première expérience riche et forte à Bordeaux où Laurent a joint l’utile à l’agréable. En clair, des titres, surtout celui de champion, avec la manière. Un jeu léché, des passes courtes et la possession. Ce ne sont pas les supporters bordelais, qui viennent de se farcir trois saisons de Francis Gillot, qui diront le contraire. Après ? L’équipe de France pour une « Opération Rédemption » qui s’est terminée, sinon en eau de boudin, du moins en eaux troubles. Défaite en quarts de finale de l’Euro 2012 contre l’Espagne (0-2). On a eu l’impression que les Bleus n’avaient même pas joué ce match. Blanc a rempli ses objectifs dans sa première saison à Paris. Pour la seconde, on va bien voir.

■ MANAGEMENT
Marcelo Bielsa : 9/10
Il est arrivé à Marseille précédé d’une réputation. Et n’a pas perdu de temps pour l’entretenir. Marcelo n’est pas du genre conformiste. Génie de la com’ et vrai fou furieux, au sens premier du terme, il a exercé une sorte de pouvoir sur chaque équipe et chaque joueur qu’il a coachés. À Marseille, ça n’a pas traîné. Voir l’OM marquer en tout début de mi-temps n’était pas anodin. « El Loco » booste ses troupes avec une grinta bien à lui. Il se nourrit du conflit, peut-être, mais il aime profondément ses joueurs et semble un cran au-dessus du « Président » dans ce domaine.
Laurent Blanc : 7/10
Comme Bielsa, Blanc n’est pas du genre à se soumettre et à suivre la route toute tracée par sa hiérarchie. Chez les Girondins comme à la 3F, il ne s’est jamais inscrit dans la durée. Ce départ au lendemain de l’Euro 2012 en dit long sur le caractère – bien trempé – du Cévenol, qui a lui aussi sa personnalité. Les divergences avec Noël Le Graët étaient trop grandes. En ce qui concerne ses joueurs, il n’a pas toujours donné le sentiment de tout maîtriser durant l’Euro (remember Hatem Ben Arfa, Jérémy Ménez, Samir Nasri…). Et il semble plus nager dans son costume que dans le bonheur quand Paris patine et que Zlatan Ibrahimovic tousse.

■ CULTURE TACTIQUE
Marcelo Bielsa : 10/10
Un entraîneur ayant gagné peu de titres majeurs et possédant une telle influence sur ses pairs et ses joueurs, cela frappe forcément l’imagination. Bielsa le fou, c’est Bielsa le fou de foot. Un bonhomme capable de se goinfrer de ballon pendant des heures, des jours et des nuits. C’est un boulimique de football, une passion qu’il nourrit de ses incessantes réflexions. Ancien professeur d’EPS, Marcelo ne cesse de se poser des questions. Au fil du temps, il a trouvé quelques réponses. « Son » Chili et « son » Athletic furent des modèles de jeu. « Son OM », qui jongle entre les schémas, y compris en cours de match, ne fait pas tache. On peut parler d’un maître tacticien.
Laurent Blanc : 6/10
Le quart de finale retour de la Ligue des champions 2013-04 contre Chelsea (0-2) a été impitoyable pour Laurent Blanc. Le PSG s’était offert un matelas sinon confortable, du moins bien moelleux à l’aller (3-1). Les Parisiens ont craqué à Stamford Bridge, comme livrés à eux-mêmes sur le terrain. Sans sève, sans solution de coaching. José Mourinho, sur le banc d’à côté, a dicté le match qu’il voulait voir. Ce soir-là, un gouffre abyssal séparait les deux carrés. Au-delà de cet exemple, Blanc n’a jamais été un amateur de turnover, que l’on parle de la gestion des hommes ou des schémas. Un adepte de la possession, oui. Du beau jeu, oui. Mais ce sont surtout ses joueurs qui écrivent le scénario du match. Et quand le vent se lève…

■ CULTURE DE LA GAGNE
Marcelo Bielsa : 7/10
En prenant (encore) tout le monde à contre-pied en annonçant qu’une clause lui permettait de résilier son contrat (de 2 ans) à l’OM à la fin de la première année, Bielsa a renforcé son image d’homme de coups. L’Argentin ne s’est jamais éternisé dans un club, cultivant l’image d’un coach révolutionnant tout puis s’en allant. Partout où il est passé, on parle plus des héritiers de Bielsa. De la trace laissée. Marcelo fait partie des entraîneurs allergiques à la défaite. Elle le rend malade mais il reste habité par son projet. À Bilbao, il a pris 1,42 point en moyenne sur 113 matches. On monte à 1,85 avec le Chili (40 rencontres) et 1,87 avec l’Argentine (23 rencontres). Formation avec laquelle il s’est rétamé au 1er tour de la Coupe du monde 2002.
Laurent Blanc : 9/10
Il est, à l’instar de Didier Deschamps et de la vieille garde de 1998, un vrai « addict » du résultat. Très pragmatique, jusque dans ses choix de carrière, Le « Président » n’a d’yeux que pour la victoire. Développer du jeu, certes, mais si le succès est au bout. Match après match, quel qu’il soit. Avec Bordeaux, il a affiché un ratio très propre : 1,95 point par match. C’est encore mieux depuis qu’il est à Paris (2,30, 60% de succès). Évidemment, les mauvaises langues disent que c’est plus facile de gagner des matches de Ligue 1 à la tête du PSG. Mais il faut aussi prendre en compte la pression qui pèse sur ses épaules. Avec les Bleus, Blanc a connu une période d’invincibilité de 23 matches. En sortant de Knysna, la stat se pose là, quand même…

VERDICT
Marcelo Bielsa : 41/50
Laurent Blanc : 36/50

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