Équipe de France

Face-à-face : Arsène Wenger Vs Didier Deschamps

A gauche, Arsène Wenger, le french flair chez des Gunners en manque de senteurs. A droite, Didier Deschamps, culture de la gagne mixée à la sauce marseillaise. Alors, c’est qui le plus fort dans les vents contraires ?

■ PALMARÈS

– Arsène Wenger : 7/10
Lorsqu’il est arrivé en Angleterre, Arsène l’inconnu est très vite devenu Wenger le triomphant à la tête des Gunners. Trois titres de champion d’Angleterre (1998, 2002 et 2004) et 4 Cups (1998, 2002, 2003 et 2005) suivent un titre de champion de France avec l’A.S. Monaco (1988) et une Coupe du Japon avec Nagoya (1995). On peut ajouter une Supercoupe du Japon avec les Grampus Eight (1996) et 4 Community Shield (1998, 1999, 2002 et 2004) avec Arsenal. Bien plus imposant évidemment que son palmarès de joueur (un titre de champion de France en 1979 avec Strasbourg). Du lourd, même. Mais du vide aussi depuis bientôt sept ans.

– Didier Deschamps : 8/10
Didier le Basque et Arsène l’Alsacien ont connu des trajectoires joueur/entraîneur opposées. « La Desch’ » a tout gagné crampons aux pieds, le coach de l’OM n’a pas remporté autant de titres depuis qu’il a posé ses fesses sur un banc. Il est beaucoup plus jeune dans le métier que Wenger puisqu’il y est arrivé en 2001, soit 20 ans après le Gunner. Si l’on tient compte de cette notion de temps, il affiche un palmarès malgré tout conséquent avec un titre de champion de France (2010), 2 Coupes de la Ligue (2010, 11) et 2 Trophées des champions (2010, 11) avec Marseille. Ajoutez-y une Coupe de la Ligue (2003) avec Monaco et un titre de champion de Série B (2007) avec la Juventus.

■ EXPERIENCE

– Arsène Wenger : 10/10
30 ans, une vie d’entraîneur. Arsenal, le Japon, le Rocher monégasque et la formation à l’alsacienne (à Strasbourg, son premier poste)… On peut difficilement faire mieux. Si, en se testant à la tête d’une sélection. Mais Wenger aime trop le quotidien du terrain et le contact direct avec ses joueurs. Bâtisseur et fin stratège, il est aujourd’hui l’un des entraîneurs les plus expérimentés sur la scène internationale. Il présente par exemple la caractéristique unique d’avoir disputé (et perdu) la finale des trois Coupes d’Europe, nouvelle et ancienne générations : la Coupe des vainqueurs de Coupe (1992) avec Monaco contre Brême, la Coupe de l’UEFA (2000) avec Arsenal contre Galatasaray et la Ligue des champions (2006) avec Arsenal contre Barcelone. Sous ses ordres, les Gunners ont atteint la barre des 1 000 buts. Ça vous classe un coach, non ?

– Didier Deschamps : 8/10
« DD » a décidé de s’inscrire dans la durée à l’OM. Un défi. Atteindre la barre des 15 ans, comme Wenger chez les Gunners ? Impossible évidemment. Il n’y a qu’à Manchester United et Arsenal que cette longévité est possible. Le coach marseillais ne présente pas le même CV mais il peut tout de même écrire dessus qu’il a gagné partout où il est passé. A Monaco, à la Juventus, dans un contexte ô combien particulier (descente en Série B lors de sa signature) et à l’OM. Et puis dans ce bras de fer, il rend tout de même 20 ans de métier à son adversaire. S’il est encore jeune dans le coaching, le capitaine des champions du monde 1998 (103 sélections) affiche peut-être la plus grosse expérience du foot français comme joueur. C’est dans la victoire qu’il s’est formé, entre la Ligue des champions (2), la Coupe Intercontinentale (1996) et une foule de titres de champion. Ça aide aussi.

■ MENTAL

– Arsène Wenger : 10/10
Partir au Japon au milieu des années 1990 après avoir disputé une finale de Coupe d’Europe (à la tête de l’A.S. Monaco, perdue 0-2 contre le Werder Brême) ? Il fallait oser. Se mettre ainsi en danger en débarquant à Arsenal en 1996 (« Arsène who ? », avait titré le « London Evening Standard ») ? Pas à la portée de tout le monde non plus. Sa détermination n’est plus, et depuis longtemps, à démontrer mais chaque saison qui passe souligne un peu plus sa solidité mentale. Sa détermination à aller au bout de ses contrats, son inflexible ligne directrice, sa capacité à endosser plusieurs casquettes, du recrutement aux responsabilités budgétaires, en font l’un des managers les plus reconnus au monde. Un statut qui n’est pas usurpé.

– Didier Deschamps : 10/10
L’étiquette « Culture de la gagne » collée au front, au revers du short ou sur les semelles des chaussures – partout, quoi – ne vieillit pas. Lui non plus. Normal, il est allergique à la défaite. Alors, oui, il a vécu un début de saison très éprouvant avec l’OM. Oui, il dort mal quand il perd. Oui, il n’a pratiquement jamais vécu une telle série noire depuis ses débuts d’entraîneur (excepté la première saison à Monaco). Mais ça n’enlève rien à son obsession de l’efficacité. Les Marseillais ne pouvaient pas squatter très longtemps les bas-fonds du classement. Aujourd’hui, ils sont encore en course sur les quatre tableaux : championnat, Coupe de France (8e de finale à Bourg-Péronnas), Coupe de la Ligue (finale contre Lyon) et Ligue des champions (8e de finale contre l’Inter Milan). « La Desch’ » finit toujours par trouver des solutions. Il faut toujours faire très attention au réveil de la bête blessée.

■ COACHING

– Arsène Wenger : 8/10
Il l’a dit dès qu’il a mis un terme à sa carrière, à 32 ans : entraîner, c’était sa volonté, sa passion. Sa vocation. A Arsenal, Wenger a trouvé les moyens de ses ambitions. Il raisonne sur le long terme (pas plus d’un an de contrat aux joueurs de plus de 30 piges, priorité à la post-formation des plus grands talents dénichés aux quatre coins du monde). Ses talents de manager en coulisses ne doivent pas faire oublier une forte personnalité sur le bord de la touche. En cours de match, il n’hésite pas à changer de schéma. Renforcer son milieu, sa défense ou sa ligne d’attaque. Tout est possible car il ne se refuse rien, tant que la priorité viscérale est respectée : l’identité de jeu. En début de saison, il a trouvé un soutien de poids en la personne de Pep Guardiola, le coach du Barça. « Il faut se souvenir de ce que Wenger a fait pour le football d’une manière générale. Arsenal est une grande équipe qui a toujours progressé au cours de la dernière décennie avec un style de jeu bien à elle. » Pas faux. Le système a ses limites mais ce n’est pas faux. Même Alex Ferguson a volé au secours de son ennemi juré d’hier.

– Didier Deschamps : 7,5/10
« Il est comme ça, Didier. A Monaco, c’était pareil. On avait une équipe de bandits mais on gagnait tous nos matches. La culture de la gagne est en lui. » Les mots sont d’Edouard Cissé qui a travaillé sous les ordres de Deschamps à Monaco en 2003-04 puis à Marseille. Ils sont très révélateurs. Pragmatisme, réalisme, recherche perpétuelle voire obsessionnelle de l’efficacité : trois priorités qui collent bien à la peau de « DD ». D’ailleurs, c’est en cherchant à développer un jeu plus fluide et davantage tourné vers la conservation de la balle que l’OM a perdu, en début de saison, son efficacité dans la zones de vérité. Un comble quand on connaît la personnalité de son coach. Cela ne pouvait pas durer bien longtemps. Même au cœur de la tempête, l’entraîneur phocéen a toujours défendu ses joueurs, répétant « croire dans le potentiel de (son) équipe ». Un signal fort.

■ FORME DU MOMENT

– Arsène Wenger : 5/10
« Crime of the Century » fait partie des plus grands succès du groupe anglais Supertramp. A Old Trafford, au début de la saison, les Gunners ont pris la super trempe du siècle : 8-2 contre MU. Wenger n’avait évidemment jamais vécu pareil traumatisme. Cesc Fabregas et Samir Nasri, ses deux maîtres à jouer des deux dernières années, transférés, c’est un peu comme si tout s’effondrait d’un coup. Maître Arsène a réagi en toute fin de mercato (35 millions d’euros environ pour André Santos, Mertesacker, Park, Arteta et Benayoun, prêté par Chelsea), apportant – enfin ! – un surplus d’expérience à un effectif très tendre avec ses bébés Gunners (Wilshere, Ramsey…). Pour revenir au sommet de la Premier League, il en faudra plus. Arsenal a 17 points de retard sur le leader, Manchester City.

– Didier Deschamps : 5/10
« Ce n’est pas symbolique. C’est notre réalité. » C’est un Deschamps marqué qui jetait un œil en début de saison à la photographie du classement. Elle avait de quoi donner le vertige : l’OM était 20e. Lanterne rouge. Et pourtant, début juillet, l’ancien capitaine des Bleus ne cachait pas sa satisfaction. Content de voir son effectif très tôt au complet, prêt pour une préparation complète. Mais voilà : il y a ceux qui sont partis (Heinze, Taïwo) sans être vraiment remplacés, ceux qui ne sont pas revenus immédiatement (Mbia, Gignac blessés) et les autres (N’Koulou suspendu, Amalfitano, Morel, Diarra et Traoré en phase d’adaptation). L’OM a traversé une zone de fortes turbulences. « DD » a bravé la tempête. Un capitaine n’abandonne pas son navire.

VERDICT
– Arsène Wenger : 40/50
– Didier Deschamps : 38,5/50

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