Étranger

Fabio Coentrao, le latéral qui valait 30 millions d’euros

Alors que sa carrière était au bord du précipice, Fabio Coentrao s’est complètement relancé en changeant de poste au Benfica Lisbonne. Aujourd’hui, il évolue au Real Madrid. Histoire d’une incroyable résurrection.

C’est l’arrière qui montait. L’homme qui affolait tous les recruteurs et faisait frémir le portefeuille des présidents des plus grands clubs de la planète foot. Fabio Coentrao, inconnu au poste de latéral gauche il y a encore deux ans, est passé l’été dernier du Benfica Lisbonne au Real Madrid pour 30 millions d’euros (et 6 ans de contrat) ! C’était le prix de sa cause libératoire, non négociable, avait averti le Benfica. Sûr de son affaire, le club s’était mis depuis longtemps en quête d’un successeur pour la saison suivante. Il faut dire qu’ils étaient venus, qu’ils étaient tous là, à faire la cour au blond peroxydé. Le Real, donc, mais aussi Manchester United, Manchester City, Chelsea, le Milan AC, le Bayern Munich…
L’histoire de Fabio Alexandre Silva Coentrao commence là-haut, dans le Nord du Portugal, à Vila do Conde. Fabio a passé toute son enfance dans le quartier de pêcheurs des Caxinas, comme l’attaquant Helder Postiga. Avec le foot comme horizon et le club local de Rio Ave comme destination quasi obligatoire. A l’époque, il évolue milieu ou ailier gauche. Rapidement, son habileté technique, sa vivacité et cette capacité à éliminer d’un dribble ses adversaires lui ouvrent les portes du haut niveau. Le môme n’a que 17 ans lorsqu’il dispute son premier match en Liga Sagres, la Première division portugaise. Fulgurant. La suite va prendre plus de temps. Il doit attendre la saison 2006-07 et la relégation de Rio Ave – qui entraîne le départ des tauliers – pour bénéficier d’une vraie chance. Il ne la laisse pas passer. Le jeunot s’impose sur son aile gauche, fait trembler le Sporting Lisbonne en demi-finales de la Coupe (défaite 2-1) en plantant un but de 30 m et finit la saison au Mondial des U20 où son alter ego, à droite dans la sélection, s’appelle Nani.

Le Figo des Caxinas
Coentrao devient le grand espoir du foot portugais. Au jeu des comparaisons, tout y passe. On le surnomme « le Figo des Caxinas ». Pour World Soccer, qui le cite parmi les 50 jeunes talents de l’année, son style rappelle irrésistiblement Arjen Robben tandis que d’autres voient en ce fin dribbleur le nouveau Cristiano Ronaldo. Que du très haut de gamme ! Alors, en route pour la gloire. Et déjà un départ alors que Fabio n’a qu’une saison en Deuxième division sous les crampons. Les grands d’Europe lui font les yeux doux mais le gars de Vila do Conde, 19 ans maintenant, choisit de rester au pays et signe au Benfica, pour un transfert d’un million d’euros.
Trop belle la vie ? C’est à voir car chez les Aigles, la concurrence est rude. Pas facile de trouver sa place dans le nid quand on vous met dans les pattes Cristian Rodriguez ou Angel Di Maria, tout juste débarqué d’Argentine. Après six mois passés essentiellement à cirer le banc (3 apparitions en championnat), Coentrao se résout à partir en prêt au Nacional Madère. Quatre buts (dont un doublé face à Porto) et 4 passes décisives plus tard (en 16 matches), c’est le retour au bercail. Avec l’espoir, après cet intermède plutôt réussi, de parvenir à s’imposer. Encore raté.

8 minutes de jeu… en 6 mois
Le blond peroxydé n’entre pas dans les plans de l’entraîneur, Quique Flores, qui lui fait rapidement comprendre le fond de sa pensée. Et hop, Fabio est bon pour à nouveau boucler ses valises. On l’annonce au Feyenoord Rotterdam, il atterrit finalement – toujours sous forme de prêt – au Real Saragosse, futur relégué en D2 division espagnole. Avec le recul, l’intéressé assure que « cette expérience (lui) a été utile. Elle m’a beaucoup appris. »
Pas sur le terrain, en tout cas, où Coentrao ne joue que… 8 minutes en championnat avec l’équipe première en six mois ! En revanche, il accumule les blessures. Côté sorties nocturnes et conquêtes féminines, il assure aussi. Au point d’être sanctionné financièrement par son club. Entre les deux parties, le point de non-retour est déjà atteint, tandis que la carrière du joueur paraît complètement déraper. Le précipice n’est pas loin et pour tenter de sauver le soldat Coentrao, Benfica décide de l’envoyer se ressourcer, à l’occasion d’un énième prêt, chez lui, à Rio Ave, qui a retrouvé la Liga Sagres.

Le coup de génie de Jorge Jesus
Bonne pioche. Plus mûr dans sa tête, moins individualiste sur le terrain, Fabio ne manque pas ce pari de la dernière chance. En 16 matches, il inscrit 3 buts et offre 4 passes décisives. La confiance revenue, le voilà, cette fois, décidé à gagner sa place chez les Aigles. « Je ne suis plus le même aujourd’hui, affirme-t-il à l’été 2009. J’ai davantage d’expérience et de maturité. Avant, je voyais les choses différemment. En fait, je pense que j’étais trop jeune quand je suis arrivé ici et cela m’est un peu monté à la tête. » Ce qui ne l’empêche pas d’ajouter à propos de la concurrence avec Di Maria au poste de milieu gauche : « Il a ses qualités et moi les miennes. Maintenant, je ne vais pas dire qu’il est le meilleur puisque je pense que c’est moi. »
Ce n’est pas tout à fait l’avis du nouveau coach Jorge Jesus, qui a une autre idée en tête : le faire descendre d’un cran sur le terrain. Il met le deal entre les pieds du joueur. « Je suis convaincu que tu peux devenir l’un des meilleurs latéraux du monde. » Coentrao, qui n’a guère d’autre choix, accepte. Et là, c’est l’explosion. Derrière, plein de grinta, il assure comme un chef à un poste qu’il découvre pourtant. Devant, sa technique et ses centres millimétrés font le bonheur de ses partenaires. Avec 8 passes décisives, le bonhomme participe activement à l’acquisition d’un titre que le Benfica attendait depuis cinq ans et devient le chouchou du stade de la Luz. Il en profite aussi pour attraper le wagon de la sélection (première cape en novembre 2009) et éclater aux yeux de la planète foot durant la Coupe du monde sud-africaine.

Il vole la vedette à Cristiano Ronaldo
Titulaire indiscutable, le chenapan va jusqu’à voler la vedette à la mega star de l’équipe Cristiano Ronaldo. Bixente Lizarazu, pas le plus mal placé pour en parler, est carrément sous le charme : « Il a très clairement été le meilleur latéral gauche du Mondial. Il s’agit d’un super joueur qui sait tout faire. Très fort techniquement, saignant dans toutes les phases de jeu, offensives ou défensives, il est incroyable. Un vrai phénomène. »
Passé le Mondial, Fabio continua de marcher sur l’eau et de faire le bonheur du Benfica. Enfin, jusqu’à la fin de la saison. Puisque c’est désormais au Real que s’écrit la suite de son incroyable histoire.

Fabio Coentrao en long et en large
• Fabio Alexandre Silva Coentrao
• Né le 11 mars 1988 à Vila do Conde (Portugal)
• 1,78 m, 66 kg
• Défenseur
• Roadbook : Rio Ave (POR, 2004-07), Benfica Lisbonne (POR, 2007-déc. 07), Nacional Madère (POR, jan. 2008-08), Saragosse (ESP, 2008-déc. 08), Rio Ave (POR, jan. 2009-09), Benfica Lisbonne (POR, depuis 2009)
• International A (Portugal)
Première sélection : le 14 novembre 2009, Portugal-Bosnie-Herzégovine, 1-0
• Palmarès
Champion du Portugal 2010 avec Benfica, vainqueur de la Coupe de la Ligue portugaise en 2010 et 2011 avec Benfica

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