Étranger

Euro 2012 : Portugal (Groupe B), style renaissance

Ballotté durant la campagne de qualification, le Portugal de Paulo Bento s’est trouvé un collectif au meilleur moment, lors du barrage contre la Bosnie. Et ça change tout !

Les Portugais se sont fait peur. Ils sont passés à un poil du ridicule en septembre 2010, avec un nul à domicile contre Chypre suivi d’une défaite en Norvège, le tout en quatre jours. On pouvait difficilement imaginer pire entrée en scène. Ils ont donc traîné comme un boulet leur faux départ et frôlé la correctionnelle jusqu’au bout. On revoit là l’occasion de but d’Edin Dzeko à quelques minutes de la fin du barrage aller à Sarajevo. Aurait-elle changer la donne ? Peut-être pas puisque les Lusitaniens ont torpillé ces pauvres Bosniens au retour, dans un stade de la Luz aux anges.
Ils ont confirmé qu’ils ont un mal de chien face aux équipes du Nord et que ce tirage au sort (Danemark, Norvège, Islande dans le même groupe) n’était vraiment pas un multipass Découvertes et voyages. « Je me souviens que lors du tirage, beaucoup de suiveurs imaginaient l’Euro 2012 sans le Portugal », témoigne Paulo de Almeida, du journal « Record ». Mais non, mais non ! A coups de serpe, de coups de pied arrêtés, les Portugais ont franchi tous les murs et ils seront donc bien présents en Pologne et en Ukraine en juin prochain.
Alors ? Alors ça change tout. Car au pied d’une phase finale, le Portugal n’est plus du tout la même équipe. Avec son expérience grandissante de la vie commune (l’équipe bouge peu depuis trois ans si l’on excepte la retraite internationale de Deco) mais aussi le rajeunissement des cadres (Nani, en photo, Moutinho et Miguel Veloso ont 25 ans), la Seleçcao a digéré le départ de Luis Felipe Scolari qui l’avait envoûtée tout au long de son bail. Une mutation à mettre au crédit de Paulo Bento, l’un des plus jeunes (42 ans) sélectionneurs du plateau. Nani, auteur d’un but magique contre la Bosnie, témoigne : « Cette victoire est spéciale. On a eu des difficultés mais on a su les surpasser. Le mérite en revient à tout le monde. Le peuple portugais le mérite aussi. On est bien plus fort maintenant. »
Doté d’individualités hors du commun, le onze portugais s’est trouvé un collectif dans la tension extrême de ce barrage. Et peut-être un onze type aussi. Les complémentarités naissantes entre Raul Meireles, Joao Moutinho et Miguel Veloso au milieu apportent par exemple des certitudes nouvelles à Paulo Bento. Dans sa volonté de conserver la balle et de produire du jeu, c’est vrai que tout ça a de la gouaille. A en croire notre expert Paulo de Almeida, c’est même mieux parce que « cette équipe ne sait pas défendre ! Fabio Coentrao est plus porté vers l’avant et Joao Pereira reste le gros point faible de l’équipe. » L’arrière droit du Sporting est un peu le choix par défaut du onze de Paulo Bento. Le sélectionneur est allé au clash avec Ricardo Carvalho, le traitant de « déserteur » après que le stoppeur du Real a quitté la sélection, la veille d’un match, en apprenant qu’il ne serait pas titulaire. Et il a la rancune tenace. Pas le genre à faire des concessions, quels que soient le CV et le statut de ses joueurs.
Ainsi, José Bosingwa, le taulier du couloir droit sous l’ère Scolari, revenu à la compétition depuis quelques mois avec Chelsea, n’a guère goûté de ne pas effectuer son retour pour le barrage contre les Bosniens. Et a affirmé, dans la foulée, qu’il ne remettrait plus les pieds en sélection tant que Bento en serait le sélectionneur. Ambiance et style… « Si je vais à l’Euro, ce sera avec Ricardo Carvalho, en tant que supporter du Portugal. » Un déserteur et un faux fuyant. Pas grave, Bento sait où il va et compte bien le faire savoir à ses joueurs. « Nous avons montré contre la Bosnie notre maturité et notre cohésion collective. C’est comme ça, en faisant des efforts les uns pour les autres, que nous irons loin. »
Avec toujours les mêmes caractéristiques, donc. On pourrait forcer encore un peu plus le trait en parlant de l’historique vide au poste 9. Helder Postiga n’enfreint pas la règle. Il fait plus figure de point de fixation que de terreur des surfaces. Oui mais, en ce moment, au Portugal, joue un certain Cristiano Ronaldo. « On a vu contre la Bosnie qu’il devenait un peu plus collectif dans son jeu. Comme au Real Madrid, où José Mourinho lui fait du bien à ce niveau », dégaine encore Paulo. A partir de là…

L’équipe-type
Rui Patricio • 1,88 m, 84 kg • Sporting Portugal

Joao Pereira • 1,72 m, 68 kg • Sporting Portugal
Pepe • 1,87 m, 81 kg • Real Madrid (ESP)
Bruno Alves • 1,88 m, 83 kg • Zénith Saint-Petersbourg (RUS)
Fabio Coentrao • 1,73 m, 66 kg • Real Madrid (ESP)

Joao Moutinho • 1,70 m, 61 kg • FC Porto
Miguel Veloso • 1,80 m, 79 kg • Genoa (ITA)
Raul Meireles • 1,80 m, 70 kg • Chelsea (ANG)
Nani • 1,77 m, 70 kg • Manchester United (ANG)

Cristiano Ronaldo • 1,84 m, 78 kg • Real Madrid (ESP)
Helder Postiga • 1,82 m, 79 kg • Saragosse (ESP)

Euro star : Cristiano Ronaldo
C’est le Ballon d’Or de la tchache. A croire qu’il ne dort jamais. Allez, dans le désordre, on ne résiste pas à ces quelques déclarations remplies d’humilité qu’on croirait sorties de la bouche de Jean-Claude Van Damme. « Je fais 3 000 abdos par jour. » Pour mieux les montrer dès qu’un arbitre siffle une fin de match et si possible devant une caméra ? « Je suis beau, je gagne beaucoup d’argent, je fais partie des meilleurs joueurs du monde. Peut-être que ça énerve certaines personnes. » Le tout prononcé avec un sourcil relevé. Shocking Cristiano. La qualification des Portugais pour l’Euro est intervenue après une victoire 6-2 contre la Bosnie et un doublé de l’artiste. Forcément un soir où l’humilité en prend un coup. « Les gens sont habitués à me voir marquer sur coup franc. C’est normal, c’est une de mes spécialités. » Lors du lancement, par son équipementier, d’une ligne de vêtements entièrement siglée CR7, il avait assuré « ne pas penser au Ballon d’or. Ça ne m’intéresse pas. » Ben voyons… Mythique, détestable, arrogant : c’est tout Cristiano, ça. Le capitaine de la sélection veut souvent tout faire tout seul mais il faut quand même souligner son insolente efficacité. Encore 7 buts en 8 matches lors de la phase de qualif’. Il en est à 32. Autant que Luis Figo. Et il a égalé les 88 sélections de Pauleta, le quatrième joueur le plus capé de l’histoire du Portugal. Insupportable, vraiment.

Visa pour l’Euro
• Superficie : 91 905 km2
• Population : 10 millions d’habitants
• Capitale : Lisbonne
• Fédération : Federaçao Portuguesa de Futebol
• Site Internet : www.fpf.pt
• Année de fondation : 1914
• Affiliation FIFA : 1923
• Affiliation UEFA : 1954
• Classement FIFA : 7e
• Couleurs : Maillot, short et bas grenat
• Equipementier : Nike
• Palmarès mondial : néant
• Palmarès européen : néant
• Bilan Euro : 5 participations (1984, 96, 2000, 04, 08) ; 23 m, 12 v, 4 n, 7 d, 34 b.p.-20 b.c.
• Meilleure performance : Finaliste en 2004
• Meilleur buteur : Nuno Gomes (5 buts : 4 buts en 2000 et 1 en 2008)

Calendrier 1er tour 2012
– Samedi 9 juin à 20h45, Stade de l’Arena à Lviv
Portugal-Allemagne
– Mercredi 13 juin à 18h, Stade de l’Arena à Lviv
Portugal-Danemark
– Dimanche 17 juin à 20h45, Stade Metalist à Kharkiv
Portugal-Pays-Bas

Le groupe de la qualification
G : Eduardo, Benfica Lisbonne
G : Rui Patricio, Sporting Portugal
D : Bruno Alves, Zénith Saint-Petersbourg (RUS)
D : Ricardo Carvalho, Real Madrid (ESP)
D : Fabio Coentrao, Real Madrid (ESP)
D : Miguel, FC Valence (ESP)
D : Pepe, Real Madrid (ESP)
D : Joao Pereira, Sporting Portugal
D : Silvio Pereira, Atletico Madrid (ESP)
D : Rolando, FC Porto
M : Eliseu, Malaga (ESP)
M : Manuel Fernandes, Besiktas Istanbul (TUR)
M : Carlos Martins, Grenade (ESP)
M : Ruben Micael, Saragosse (ESP)
M : Raul Meireles, Chelsea (ANG)
M : Joao Moutinho, FC Porto
M : Nani, Manchester United (ANG)
M : Ricardo Quaresma, Besiktas Istanbul (TUR)
M : Tiago, Atletico Madrid (ESP)
M : Miguel Veloso, Genoa (ITA)
A : Hugo Almeida, Besiktas Istanbul (TUR)
A : Danny, Zénith Saint-Petersbourg (RUS)
A : Djalo, OGC Nice (FRA)
A : Nuno Gomes, Braga
A : Liedson, Corinthians (BRE)
A : Helder Postiga, Saragosse (ESP)
A : Cristiano Ronaldo, Real Madrid (ESP)
A : Varela, FC Porto
(28 joueurs utilisés)

Parcours en éliminatoires
2e du groupe H ; 16 points, 5 v, 1 n, 2 d, 21 b.p.-12 b.c.
Vainqueur en barrage de la Bosnie
3.09.2010 : Portugal-Chypre 4-4 (Hugo Almeida, Raul Meireles, Danny, Manuel Fernandes)
7.09.2010 : Norvège-Portugal 1-0
8.10.2010 : Portugal-Danemark 3-1 (Nani 2, Cristiano Ronaldo)
12.10.2010 : Islande-Portugal 1-3 (Cristiano Ronaldo, Raul Meireles, Helder Postiga)
4.06.2011 : Portugal-Norvège 1-0 (Helder Postiga)
2.09.2011 : Chypre-Portugal 0-4 (Cristiano Ronaldo 2, Hugo Almeida, Danny)
7.10.2011 : Portugal-Islande 5-3 (Nani 2, Helder Postiga, Joao Moutinho, Eliseu)
11.10.2011 : Danemark-Portugal 2-1 (Cristiano Ronaldo)
Barrage :
11.11.2011 : Bosnie-Herzégovine-Portugal 0-0
15.11.2011 : Portugal-Bosnie-Herzégovine 6-2 (Cristiano Ronaldo 2, Nani, Helder
Postiga 2, Miguel Veloso)

Comment ils jouent
Les états d’âme de Ricardo Carvalho, qui n’a pas supporté la chasuble du remplaçant dans la dernière ligne droite des qualifications, a au moins eu le mérite d’éclaircir les choses en défense. Pepe et Bruno Alves forment l’axe central. Fabio Coentrao et Joao Pereira ferment les couloirs. Le blondinet du Real Madrid est beaucoup plus offensif à gauche, l’arrière droit du Sporting trouve peu à peu ses marques au sein de l’équipe. Miguel Veloso, Joao Moutinho et Raul Meireles constituent le triangle au milieu, dans une sorte de mouvement perpétuel, un peu tête en haut, un peu pointe en bas. Avoir Nani et Cristiano Ronaldo dans la même équipe donne une idée du potentiel du Portugal. Devant, Helder Postiga fait plus office de point de fixation qu’autre chose. Il a le mérite de le faire.

Le coach : Paulo Bento
• 42 ans
• En poste depuis septembre 2010
• Poste précédent : entraîneur du Sporting Portugal

La décla
« Le tirage est ce qu’il est. On doit l’accepter. Evidemment qu’il s’agit d’un groupe très difficile, indiscutablement le plus relevé des quatre. Mais il est équilibré en termes de qualité. Le Danemark nous a devancés dans les deux derniers éliminatoires, les Pays-Bas ont réussi des qualifications pratiquement parfaites et ce sont les finalistes de la dernière Coupe du monde. Quant à l’Allemagne, elle est l’équipe européenne la plus titrée. Ça va être dur. Du travail nous attend pour que l’on atteigne notre but : passer en quarts. Nous respectons tous nos adversaires mais nous n’avons peur de personne. » (Paulo Bento)

Populaires

To Top