Équipe de France

Euro 2012 : France (Groupe D), sur le chemin de la rédemption

Laurent Blanc a repris une équipe de France en ruines, au lendemain de Knysna, avec la mission de la qualifier pour l’Euro. C’est chose faite. Et maintenant ?

Puisque de l’avis de tous, un championnat d’Europe est toujours plus difficile qu’une Coupe du monde, la question pouvait légitimement se poser : quels étaient les bienfaits d’une participation des Bleus au grand bal de juin ? Vu le fiasco du Mondial en Afrique du Sud, était-il bien raisonnable de (re)plonger, en Pologne et en Ukraine, dans une galère pire ? La mauvaise foi, à ce degré-là, mériterait d’être sévèrement punie par la loi des sentiments. Oui, bien sûr que oui, l’équipe de France se devait d’en être, même en passant par le chapeau 4. On a ce qu’on mérite, après tout. Et puis de toute façon, quel que soit le chapeau, il n’y avait ni lapin blanc, ni colombe de la paix qui allait en sortir. C’est l’Euro. Et c’est donc monstrueux.
Laurent Blanc avait une mission : la qualification. La qualif’ est là mais on a envie de dire à notre Lolo national que sa mission n’a pas encore touché à son terme, loin de là. D’abord parce que la reconstruction n’est pas terminée. Et aussi parce que, sur ce qu’il a mis en place, aussi bien au niveau des joueurs qu’au niveau du jeu, on a envie de les voir grandir ensemble, ces Bleus. L’émergence des jeunes (Menez, Nasri, Benzema, Rémy, la génération 1987, Martin, Gonalons, Sakho, M’Vila), la volonté de créer (les associations Cabaye-Martin, Martin-Nasri, M’Vila-Diaby), d’imposer du mouvement et de l’alternance, notamment au milieu, entre les redoublements dans les petits périmètres et le jeu long de Yann M’Vila, créer de la profondeur quand il n’y en a pas (Loïc Rémy) : Laurent Blanc n’a assurément pas perdu de temps, son obsession, en route. C’est déjà une performance étant donné qu’il n’en a pas. Dans un groupe de qualification largement à sa portée, l’équipe de France a su accrocher la 1ère place pour s’offrir un billet direct pour l’Euro (mais tout s’est joué à 10 minutes et un penalty de Nasri près, lors de l’ultime journée). L’occasion de panser, une bonne fois pour toutes, la plaie ouverte de 2010 ? Non, il faudra une Coupe du monde pour cela. Mais cela peut être l’occasion de rayer des mémoires le sinistre Euro 2008 où les Bleus avaient surfé entre l’ennui (d’un vide sidéral devant la Roumanie), le ridicule (contre les Pays-Bas) et l’impuissance (face à l’Italie).
Au rayon certitudes, ils avancent vers la huitième phase finale consécutive de leur histoire, une première, forts d’une série de 18 matches sans défaite. La meilleure série depuis 2004-05. Pas une performance en trompe-l’œil mais attention à l’interprétation des chiffres, tout de même. En 2011, le Brésil (victoire des Français 1-0), réduit à 10 après 40 minutes de jeu, fut la seule nation du Top 10 mondial battue par les Bleus. Laurent Blanc n’est pas dupe. Après le dernier match de l’année, un piteux 0-0 contre la Belgique, le sélectionneur a jonglé entre lucidité et réalisme. « On est tendres et naïfs. Cela s’explique par le fait qu’on a des joueurs qui sont des gamins, des enfants. Ils ne peuvent pas jouer comme des gars expérimentés. La jeunesse a ses limites au plus haut niveau. Si on récupère certains blessés et qu’ils reviennent à leur meilleur niveau, je pense qu’on sera meilleurs. » Dans le désordre, on pensait à Mexès, Sagna, Diaby, voire Gourcuff. Mais Blanc a de la suite dans les idées. « On a avancé et progressé. On a atteint notre objectif. On finit l’année invaincus. OK, cela ne suffit pas mais ça me va. C’est à travers les grandes compétitions que l’on se forge sa propre expérience. Nous en sommes au début. »
A l’heure d’entamer le processus, les p’tits Bleus pourront ouvrir le grand livre des souvenirs. Il leur faudra remonter en 2006 pour trouver trace d’une victoire française en phase finale internationale. C’était une demi-finale de Coupe du monde. Depuis, elle a disputé 6 matches, en a perdu 4, a encaissé 10 buts et n’en a marqué que 2. Il y a de l’expérience à acquérir et un gouffre à combler. « Rester invaincus est très bon pour la confiance, affirmait Adil Rami. Nous avons besoin de nous appuyer là-dessus pour grandir ensemble. Nous voulons rester invaincus le plus longtemps possible. » C’est un bon début.

L’équipe-type
Hugo Lloris • 1,88 m, 78 kg • Lyon

Bacary Sagna • 1,76 m, 72 kg • Arsenal (ANG)
Philippe Mexès • 1,87 m, 82 kg • Milan AC (ITA)
Eric Abidal • 1,80 m, 75 kg • FC Barcelone (ESP)
Patrice Evra • 1,75 m, 76 kg • Manchester UTD (ANG)

Samir Nasri • 1,78 m, 75 kg • Manchester City (ANG)
Yann M’Vila • 1,82 m, 80 kg • Rennes
Abou Diaby • 1,88 m, 75 kg • Arsenal (ANG)

Loïc Rémy • 1,85 m, 78 kg • Marseille
Karim Benzema • 1,83 m, 73 kg • Real Madrid (ESP)
Franck Ribéry • 1,70 m, 62 kg • Bayern Munich (ALL)

Euro star : Karim Benzema
« Qu’on le veuille ou non, le futur de l’équipe de France s’appelle Karim Benzema. » Les mots sont de Thierry Henry. Alors, les mots pèsent lourd. Au moins 51 buts et 123 sélections. Quand le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France parle d’un buteur, c’est un peu comme quand les gars de 120 kg parlent : les gars de 60 kg écoutent. Le futur qu’évoquait Titi, le voilà. Depuis un an et demi que Laurent Blanc a pris ses fonctions, au lendemain du cataclysme de la Coupe du monde sud-africaine, à laquelle Karim Benzema (quelle bonne pioche, au final !) n’avait pas été convié, il est à la recherche « de grands joueurs. Des indiscutables, titulaires inamovibles dans les plus grands clubs. » Si au cours des premiers mois de son bail, le sélectionneur a pas mal parlé avec José Mourinho du cas Benzema – quand le Français cirait plus le banc de touche que les terrains de foot -, les discussions ont quelque peu évolué. Attaquant numéro un dans la hiérarchie des Bleus, Karim fait partie des joueurs de classe internationale de l’équipe de France sur le papier. Et sur le terrain, il est le seul à justifier ce statut avec la tunique bleue. Son match de haute volée contre le Brésil, en début d’année 2011, reste une formidable photographie. Meilleur buteur français dans ces éliminatoires (3 buts, comme Florent Malouda), il a pris une nouvelle dimension sous le maillot du Real. Titulaire indiscutable. L’Euro peut être son tournoi. Et si certains de ses partenaires ont la bonne idée de justifier, eux aussi, leur statut, qu’ils ne se privent pas. Karim n’est pas contre un peu de compagnie.

Visa pour l’Euro
• Superficie : 640 294 km2
• Population : 65 millions d’habitants
• Capitale : Paris
• Fédération : Fédération Française de Football
• Site Internet : www.fff.fr
• Année de fondation : 1919
• Affiliation FIFA : 1904
• Affiliation UEFA : 1954
• Classement FIFA : 15e
• Couleurs : maillot bleu, short blanc, bas rouges
• Equipementier : Nike
• Palmarès mondial : Champion du monde (1998)
• Palmarès européen : Champion d’Europe (1984, 2000)
• Bilan Euro : 7 participations (1960, 84, 92, 96, 2000, 04, 08) ; 28 m, 14 v, 7 n, 7 d, 46 bp-34 bc
• Meilleure performance : vainqueur en 1984 et 2000
• Meilleur buteur : Michel Platini (9 buts en 1984)

Calendrier 1er tour 2012
– Lundi 11 juin à 18h, Stade Donbass Arena à Donetsk
France-Angleterre
– Vendredi 15 juin à 18h, Stade Donbass Arena à Donetsk
France-Ukraine
– Mardi 19 juin à 20h45, Stade NSC Olimpiski à Kiev
France-Suède

Le groupe de la qualification
G : Hugo Lloris, Lyon
D : Eric Abidal, FC Barcelone (ESP)
D : Gaël Clichy, Manchester City (ANG)
D : Patrice Evra, Manchester UTD (ANG)
D : Mathieu Debuchy, Lille
D : Younès Kaboul, Tottenham (ANG)
D : Philippe Mexès, Milan AC (ITA)
D : Adil Rami, Valence (ESP)
D : Anthony Réveillère, Lyon
D : Bacary Sagna, Arsenal (ANG)
D : Mamadou Sakho, Paris SG
M : Yohan Cabaye, Newcastle (ANG)
M : Abou Diaby, Arsenal (ANG)
M : Alou Diarra, Marseille
M : Yoann Gourcuff, Lyon
M : Florent Malouda, Chelsea (ANG)
M : Marvin Martin, Sochaux
M : Blaise Matuidi, Paris SG
M : Jérémy Menez, Paris SG
M : Yann M’Vila, Rennes
M : Samir Nasri, Manchester City (ANG)
M : Franck Ribéry, Bayern Munich (ALL)
M : Mathieu Valbuena, Marseille
A : Karim Benzema, Real Madrid (ESP)
A : Djibril Cissé, Queens Park Rangers (ANG)
A : Kevin Gameiro, Paris SG
A : Bafétimbi Gomis, Lyon
A : Guillaume Hoarau, Paris SG
A : Dimitri Payet, Lille
A : Loïc Rémy, Marseille
A : Louis Saha, Tottenham (ANG)
(31 joueurs utilisés)

Parcours en éliminatoires
1er du groupe D ; 21 points, 6 v, 3 n, 1 d, 15 b.p.-4 b.c.
3.09.2010 : France-Biélorussie 0-1
7.09.2010 : Bosnie-Herzégovine-France 0-2 (Benzema, Malouda)
9.10.2010 : France-Roumanie 2-0 (Rémy, Gourcuff)
12.10.2010 : France-Luxembourg 2-0 (Benzema, Gourcuff)
25.03.2011 : Luxembourg-France 0-2 (Mexès, Gourcuff)
3.06.2011 : Biélorussie-France 1-1 (Malouda)
2.09.2011 : Albanie-France 1-2 (Benzema, M’Vila)
6.09.2011 : Roumanie-France 0-0
7.10.2011 : France-Albanie 3-0 (Malouda, Rémy, Réveillère)
11.10.2011 : France-Bosnie-Herzégovine 1-1 (Nasri)

Comment ils jouent
Lloris-Mexès-M’Vila-Benzema. Voilà sur le papier la colonne vertébrale préférentielle de Laurent Blanc. Il y manque un palier, entre M’Vila et Benzema. Il pouvait être occupé par Gourcuff et pourrait l’être à nouveau, même si le Lyonnais part de loin. Il peut échoir à Nasri, à Diaby, à Martin. Il y a du monde pour le poste et c’est une bonne nouvelle. Autour, tout doit s’articuler dans un 4-2-3-1, avec une ligne de défense où la charnière idoine serait composée de Philippe Mexès et Eric Abidal. Avec Sagna, s’il revient à temps, à droite et Evra à gauche. M’Vila a déboulonné la concurrence. Il faudra qu’Alou Diarra retrouve une pêche d’enfer pour rejoindre le onze-type. Si Diaby n’est pas blessé, il est un titulaire en puissance de Laurent Blanc qui apprécie sa justesse technique et son impact physique. Martin et Cabaye ont marqué des points au milieu. Ils respirent le ballon et Blanc aime ça. Nasri a pris ses responsabilités contre la Bosnie. On attend confirmation. Et puis il y a Ribéry et Malouda. On joue avec les deux ? Sûrement pas. Il reste des choix à faire. Des choix forts. Mais il y a du monde et c’est tant mieux. Et puis il y a Benzema. Là aussi, c’est tant mieux.

Le coach : Laurent Blanc
• 46 ans
• En poste depuis juillet 2010
• Poste précédent : entraîneur des Girondins de Bordeaux

La décla
« Ce tirage me semble homogène. On aurait pu se retrouver dans le groupe B à la place du Danemark et cela aurait été très compliqué. On aurait pu aussi être reversé dans le groupe A qui est pour sa part très ouvert. On a déjà rencontré l’Ukraine en juin (ndlr : victoire des Bleus 4-1) mais le contexte sera complètement différent. Quant à la Suède, il s’agit d’une équipe très physique et vraiment difficile à jouer. Et pour moi, l’Angleterre est le favori du groupe. Derrière, les trois équipes se battront pour une place. Tout le monde peut nourrir l’espoir de se qualifier. Il y a du boulot mais on va voir si on peut imposer notre style. Il faut être conscient que l’équipe de France doit encore réaliser des progrès. Je vais m’y atteler. » (Laurent Blanc)

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