Équipe de France

Euro 2012 : Espagne (Groupe C), jamais deux sans trois ?

Vainqueur en 2008, l’Espagne avance vers l’Euro avec une étoile de champion du monde cousue sur le maillot. Et une ambition aussi limpide que son jeu : gagner encore. Pas simple mais tellement jouable… Dossier réalisé par Mathieu Delattre et Roger Lewis.

Le doublé championnat d’Europe 2008-Coupe du monde 2010 ne les a pas rassasiés, semble-t-il. Ecoutez par exemple Xabi Alonso, qui déclare sans esbroufe : « Nous voulons terminer le travail après l’Euro 2008 et la Coupe du monde. Aucune équipe n’a jamais réalisé un tel triplé. » Les Bleus de France, en 1998 et 2000, furent les premiers à réussir le doublé Coupe du monde-Euro. L’Espagne a fait l’inverse, commençant son œuvre par un titre continental avant de s’asseoir sur le monde. Si les joueurs de Vicente Del Bosque parviennent à leur fins et réalisent le doublé 2008-2012 en même temps qu’un impensable triptyque, il n’y aura effectivement personne au monde capable de leur chatouiller les chevilles.
Est-ce possible ? Evidemment oui. L’Espagne a toujours cet ADN du jeu unique, toujours les poumons d’Iniesta, Xavi Hernandez, Sergio Busquets, Cesc Fabregas au cœur du jeu et ça aide. Toujours cet impact athlétique et cette vitesse d’intervention derrière, avec Gérard Piqué ou Sergio Ramos, sans oublier l’inoxydable Carles Puyol, en pleine force de l’âge. Toujours cette capacité à déboussoler l’adversaire, n’importe lequel, grâce à sa qualité technique, et cette agaçante facilité à confisquer le ballon. Toujours, enfin, cette faculté à donner le tempo et à changer de rythme en trouvant la passe juste au bon moment, en répondant parfaitement à l’appel de balle, comme dans un manuel, d’un David Villa (photo de Une) peut-être dans l’ombre de Lionel Messi au Barça mais tout simplement monumental en sélection.
Villa, avec l’Espagne, c’est 51 buts en 82 capes. Le meilleur buteur de l’histoire du foot espagnol. Au soir de son 50e (pour sa 80e sélection) contre l’Ecosse en octobre dernier, Fernando Llorente, qui vit dans son ombre au sein de la Seleccion, n’avait pu s’empêcher de rendre hommage au maître. « C’est incroyable de voir David à 50 buts. Il est l’un des plus grands joueurs de tous les temps et c’est clair qu’il va continuer à marquer pour l’Espagne pendant très longtemps. » Darren Fletcher, le milieu de terrain écossais, qui n’en peut déjà plus de le croiser avec Manchester, reconnaissait à son tour : « Villa est devenu l’un des meilleurs attaquants du monde. Messi lui vole un peu la vedette en club et c’est normal mais si vous regardez les statistiques de Villa en club et avec l’Espagne, il est intouchable ! » Sauf pour ses partenaires, Xavi et Iniesta en tête, qui arrivent à le toucher, justement, dans toutes les positions, à tous les rythmes et de n’importe où.
C’est comme un bon orchestre. Il faut de bons musiciens mais aussi une certaine coordination. Exactement l’Espagne. Surtout que la nouvelle garde pointe avec l’émergence de plus en plus prononcée de David Silva, qui n’est pas qu’une star au milieu des stars à Manchester City. Toujours en mouvement, toujours le geste juste, la technique parfaite. Un footballeur espagnol, quoi. La différence, depuis quatre ans, c’est que l’intarissable source de talents a muté, s’est transformée en torrent incontrôlable. Machine à gagner. Alors ? Est-elle encore assez armée pour poursuivre son incroyable moisson ? Lui en reste-t-il sous le crampon pour aller encore plus haut ? Si l’on s’en tient à son parcours qualificatif, la réponse est évidemment oui. Ça laisse songeur certains et rêveur beaucoup de sélectionneurs. Y compris français par les temps qui courent.
Et puis il y a l’autre grille de lecture. Dans son groupe de qualification, la Seleccion a passé 10 buts (4-0 et 6-0) au Liechtenstein, a dû batailler avec la Lituanie, l’Ecosse et la République Tchèque. Pas un groupe de la mort non plus. La sentence de la phase finale dira si ce Grand Chelem-là fut un leurre ou pas. Car depuis un an, l’Espagne ne gagne plus contre les gros. Défaites cinglantes en Argentine (1-4) et au Portugal (0-4) en septembre et novembre 2010. Défaites étriquées mais défaites quand même en août contre l’Italie (1-2) et en novembre contre l’Angleterre (0-1). Alors oui, évidemment, tout cela ne rassemble que des matches amicaux. Mais battre les Espagnols ne relève plus vraiment du fantasme. En juin, on saura.

L’équipe-type
Iker Casillas • 1,84 m, 79 kg • Real Madrid

Sergio Ramos • 1,83 m, 73 kg • Real Madrid
Carles Puyol • 1,78 m, 80 kg • FC Barcelone
Gérard Piqué • 1,92 m, 85 kg • FC Barcelone
Alvaro Arbeloa • 1,84 m, 76 kg • Real Madrid

Xabi Alonso • 1,83 m, 75 kg • Real Madrid
Sergio Busquets • 1,89 m, 73 kg • FC Barcelone
Xavi Hernandez • 1,70 m, 68 kg • FC Barcelone
Andrés Iniesta • 1,70 m, 65 kg • FC Barcelone

David Silva • 1,70 m, 67 kg • Manchester City (ANG)
David Villa • 1,75 m, 69 kg • FC Barcelone

Euro star : Andrés Iniesta
A l’heure des bilans, sa gueule d’ange déplumé du cheveu revient en force pendant que Lionel Messi truste toutes les récompenses. Leo par-ci, Messi par-là. C’est du Messi à tout-va et c’est bien normal. Mais quand même… Quel plaisir de voir, d’avoir un Andrés Iniesta à se mettre sous le chicot ! Légèrement enquiquiné par les pépins physiques, il a mis du temps pour digérer la Coupe du monde 2010, dont il fut le buteur décisif en finale. Il n’a disputé « que » 5 des 8 rencontres qualificatives pour l’Euro. Le temps d’y aller de son petit but et de sa passe décisive, quand même. Toujours entre justesse et vista. Souplesse et vitesse. Pied droit, pied gauche, avec ou sans contrôle. Trouver trace d’un ballon perdu de sa part en découragerait plus d’un. Avant de quitter le Barça, Thierry Henry disait à son sujet : « On ne le voit pas toujours parce qu’il y a Messi, évidemment, et parce que le collectif est tellement huilé que c’est difficile de ressortir une individualité. Mais lui, c’est quand il n’est pas là que tu te rends compte de la place qu’il prend. » Même aux States, notre Titi national reste un mordu du ballon. Alors on peut l’affirmer, il n’a sûrement pas changé d’avis.

Visa pour l’Euro
• Superficie : 505 911 km2
• Population : 46,7 millions d’habitants
• Capitale : Madrid
• Fédération : Real Federacion Espanola de Fubol
• Site Internet : www.rfef.es
• Année de fondation : 1913
• Affiliation FIFA : 1914
• Classement FIFA : 1er
• Couleurs : Maillot rouge, short et bas bleus
• Equipementier : Adidas
• Palmarès mondial : Champion du monde (2010)
• Palmarès européen : Champion d’Europe (1964 et 2008)
• Bilan Euro : 10 participations (1964, 68, 76, 80, 84, 88, 96, 2000, 04, 08) ; 38 matches, 16 v, 11 n, 11 d, 48 b.p.-41 b.c.
• Meilleure performance : Vainqueur en 1964 et 2008
• Meilleur buteur : David Villa (4 buts en 2008)

Calendrier 1er tour 2012
– Dimanche 10 juin à 18h, Stade PGE Arena à Gdansk
Espagne-Italie
– Jeudi 14 juin à 20h45, Stade PGE Arena à Gdansk
Espagne-Irlande
– Lundi 18 juin à 20h45, Stade Miejski à Poznan
Espagne-Croatie

Le groupe de la qualification
G : Iker Casillas, Real Madrid
G : Victor Valdes, FC Barcelone
D : Jordi Alba, Valence
D : Raul Albiol, Real Madrid
D : Alvaro Arbeloa, Real Madrid
D : Joan Capdevila, Benfica Lisbonne (POR)
D : Andoni Iraola, Athletic Bilbao
D : Carlos Marchena, Valence
D : Gérard Piqué, FC Barcelone
D : Carles Puyol, FC Barcelone
D : Sergio Ramos, Real Madrid
M : Xabi Alonso, Real Madrid
M : Thiago Alcantara, FC Barcelone
M : Sergio Busquets, FC Barcelone
M : Santi Cazorla, Malaga
M : Cesc Fabregas, FC Barcelone
M : Pablo Hernandez, Valence
M : Xavi Hernandez, FC Barcelone
M : Andrés Iniesta, FC Barcelone
M : Javi Martinez, Valence
M : Jesus Navas, FC Séville
A : Aritz Aduriz, Valence
A : Fernando Llorente, Athletic Bilbao
A : Juan Mata, Chelsea (ANG)
A : Alvaro Negredo, Valence
A : Pedro Rodriguez, FC Barcelone
A : David Silva, Manchester City (ANG)
A : Fernando Torres, Chelsea (ANG)
A : David Villa, FC Barcelone
(29 joueurs utilisés)

Parcours en éliminatoires
1er du groupe I ; 24 points, 8 v, 26 b.p.-6 b.c.
3.09.2010 : Liechtenstein-Espagne 0-4 (Torres 2, Villa, Silva)
8.10.2010 : Espagne-Lituanie 3-1 (Llorente 2, Silva)
12.10.2010 : Ecosse-Espagne 2-3 (Villa, Iniesta, Llorente)
25.03.2011 : Espagne-République Tchèque 2-1 (Villa 2)
29.03.2011 : Lituanie-Espagne 1-3 (Xavi, Kijanskas c.s.c., Mata)
6.09.2011 : Espagne-Liechtenstein 6-0 (Negredo 2, Xavi, Sergio Ramos, Villa 2)
7.10.2011 : République Tchèque-Espagne 0-2 (Mata, Xabi Alonso)
11.10.2011 : Espagne-Ecosse 3-1 (Silva 2, Villa)

Comment ils jouent
Quand Roger Lemerre avait repris l’équipe de France au lendemain de la Coupe du monde 1998, il avait dit ceci : « Un cadeau empoisonné, l’équipe de France ? Vous rigolez, un diamant reste un diamant. » Vicente del Bosque n’est pas loin de la philosophie de Roger. En reprenant le flambeau de Luis Aragones au lendemain du sacre européen en 2008, l’ancien limier du Real Madrid n’a fait que polir la pierre. Iker Casillas prouve à Laurent Blanc qu’on peut être gardien de but et capitaine. Enfin, à 127 sélections (le record), c’est plus facile. Carlos Puyol et Gérard Piqué doivent former la charnière centrale, sous réserve que le capitaine du Barça soit débarrassé de ses blessures. Sergio Ramos, à droite, apporte du punch et du centimètre supplémentaires. Si Xavi, Iniesta ou Silva trônent à 1,75 m de haut, il ne faut pas négliger l’impact athlétique de l’arrière-garde ibérique. Ça vole haut, ça donne et c’est très efficace sur les coups de pied arrêtés. De toute façon, c’est très fort partout. C’est la meilleure équipe du monde. Comment les jouer ? Essayer de les presser, si possible haut. Mais face à eux, c’est comme face au Barça : à force de courir dans le vide, on finit par chercher l’air. Avant d’en manquer.

Le coach : Vicente del Bosque
• 60 ans • En poste depuis juillet 2008
• Poste précédent : directeur sportif du Cadix CF

La décla
« C’est un tirage difficile. Les seize meilleures équipes d’Europe sont présentes, donc on savait qu’on tomberait sur des adversaires coriaces. Etant donné les cirsonstances, cela me semble plutôt intéressant de disputer nos trois rencontres de poule en Pologne et, en plus, de ne pas affronter l’Allemagne (ndlr : l’Espagne a battu la Mannschaft en finale du dernier Euro et en demi-finales de la Coupe du monde 2010). Avec l’Italie, on rencontre un adversaire de prestige. Plus deux équipes issues tranquillement (sic) des barrages, l’Irlande et la Croatie. Ce sera serré. Le groupe B a l’air très relevé mais c’est tout l’Euro qui va être très disputé. Ce tournoi s’annonce passionnant. »
(Vicente Del Bosque)

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