Étranger

Euro 2012 : Allemagne (Groupe B), les sentiers de la gloire

Après un parcours éliminatoire parfait, la Mannchaft de Joachim Löw, finaliste de l’Euro 2008 et 3e au Mondial sud-africain, se présente comme un candidat très sérieux à la victoire finale. Achtung !

Les Teutons, gloutons et vraiment affamés, ont tout dévoré sur leur passage lors de la phase éliminatoire. Premiers qualifiés sur le terrain – leur billet pour la Pologne et l’Ukraine a été composté dès le 2 septembre en atomisant l’Autriche 6-2 à Gelsenkirchen -, ils ont poussé l’élégance jusqu’à réaliser le parcours parfait. Dix rencontres, 10 victoires avec une moyenne assez ahurissante de 3,4 buts par match. Dans un groupe plutôt piégeux avec notamment la Turquie, la Belgique et l’Autriche, ce sans-faute prend toute sa signification. Surtout qu’au résultat, les Allemands, bien dans l’esprit des préceptes de leur entraîneur Joachim Löw, ont ajouté la manière. Ils renvoient définitivement le portrait d’une équipe joueuse, tournée vers l’avant et qui donne tout jusqu’à la dernière minute, comme lors du déplacement en Autriche où Mario Gomez (photo de Une) s’est arraché pour offrir la victoire pendant les arrêts de jeu.
La Mannschaft, qui titille les sommets depuis la prise de fonctions de Löw (finaliste de l’Euro 2008, 3e du Mondial deux ans plus tard, à chaque fois victime de l’Espagne), s’invite naturellement dans le cercle très fermé des favoris pour le rendez-vous de juin. Sur la même ligne que la Roja, seule autre nation à avoir réalisé le plein de points en qualification. Et ce même si le sélectionneur, bien dans son rôle, tient à apporter son bémol à l’enthousiasme ambiant. Pas question pour lui de se laisser enivrer et de tomber dans la suffisance. « L’Euro 2012 ne se résumera pas à un duel entre l’Espagne et l’Allemagne, assure Joachim Löw. Aujourd’hui, on se situe parmi les cinq ou six candidats pour le titre. Ni plus, ni moins. Il ne faudrait pas oublier ni mésestimer des formations comme les Pays-Bas, l’Angleterre, la France ou le Portugal. » Il lâche tout de même : « C’est vrai qu’aujourd’hui, je dispose d’une base plus large avec davantage de concurrence. Nous sommes plus forts qu’en 2008 et nos chances de rêver d’un sacre sont plus grandes. » Et à l’époque, ils avaient échoué de très peu…
Si Löw ne veut pas le dire trop fort, si le public refuse également de s’enflammer – un sondage indiquait que moins de 20% de la population allemande croyait au succès final -, les joueurs, eux, se montrent nettement moins précautionneux et beaucoup plus directs dans leurs aspirations. C’est vrai pour la nouvelle vague pleine de fraîcheur qu’a lancée Löw (la moitié du groupe de la qualification avait moins de 25 ans). Ainsi, Thomas Müller, devenu indiscutable en attaque, n’y va pas par quatre chemins. Droit devant comme sur le terrain ! « L’objectif, c’est de gagner les matches importants, la demi-finale, la finale. Je ne veux pas entendre des compliments sur notre potentiel durant toute ma carrière et, à l’arrivée, rester les mains vides. » Et le bonhomme n’a que 22 ans ! Holger Badstuber, qui a eu 23 piges le 13 mars, adopte la même ligne. « Nous avons manqué d’un rien le titre en 2008 et 2010. Maintenant, il est temps de le remporter. »
C’est aussi vrai pour les cadres qui affichent autant d’envie que de certitudes. Philipp Lahm, capitaine au long cours, lance un regard conquérant quand il évoque la prochaine échéance, du haut de ses 80 et quelques sélections, avec tout le poids de son expérience. « Non seulement nous avons maintenu notre niveau depuis la Coupe du monde mais on a encore progressé. L’équipe se montre beaucoup plus créative, elle est capable de battre n’importe qui. » Le tout est résumé par l’indestructible Miroslav Klose, 33 ans, qui continue d’empiler les buts même si la concurrence est devenue féroce en attaque (encore 9 en 6 matches de qualification) : « Dans ce groupe, il y a tout. Le dynamisme, la joie de jouer ensemble, un coach qui nous apporte beaucoup dans tous les domaines. Sans hésitation, c’est la meilleure équipe d’Allemagne dans laquelle j’aie jamais joué. »
Au fait, la prime en cas de victoire finale sera de 250 000 euros. Ça peut aussi motiver les troupes mais ce n’est vraiment pas le moteur de ces Teutons gloutons.

L’équipe-type
Manuel Neuer • 1,90 m, 85 kg • Bayern Munich

Philipp Lahm • 1,72 m, 65 kg • Bayern Munich
Per Mertesacker • 1,98 m, 86 kg • Arsenal (ANG)
Holger Badstuber • 1,89 m, 78 kg • Bayern Munich
Jérôme Boateng • 1,92 m, 79 kg • Bayern Munich

Bastian Schweinsteiger • 1,82 m, 77 kg • Bayern Munich
Mesut Özil • 1,83 m, 72 kg • Real Madrid (ESP)
Sami Khedira • 1,89 m, 81 kg • Real Madrid (ESP)

Thomas Müller • 1,86 m, 74 kg • Bayern Munich
Mario Gomez • 1,89 m, 86 kg • Bayern Munich
Lukas Podolski • 1,80 m, 80 kg • Cologne

Euro star : Mesut Özil
C’est Bixente Lizarazu qui le dit : « Joachim Löw a révolutionné le football allemand en intégrant des joueurs d’origine étrangère en sélection. Pour qui connaît les mentalités là-bas, il s’agit d’un véritable fait de société. » Le plus bel exemple et le plus beau fleuron de cette politique s’appelle Mesut Özil. D’origine turque – sa famille a émigré en Allemagne pour travailler dans les mines de la Ruhr -, ce gaucher au toucher de balle délicat, aux passes hyper précises et aux dribbles toujours utiles a vite emballé Löw qui n’a pas hésite à lui offrir sa première cape à 20 ans à peine. Explications : « Ce qui m’a tout de suite marqué chez lui malgré son jeune âge, c’est son incroyable vista et la précision mortelle de ses passes. Il donne de la fluidité à notre jeu. » Meilleur passeur européen (26) la saison dernière avec le Real Madrid où il a relégué Kakà sur le banc, Özil est celui qui donne le ton au milieu, dans la bande des joyeux jeunots de la Mannschaft. Et c’est bien en première classe qu’il compte effectuer le voyage aller en Ukraine et en Pologne. « L’Euro, on y va pour le gagner, c’est clair. Nous en avons les moyens. » Davantange encore avec un talent, grand fan de Zinédine Zidane, si subtil à la mène. Mesut, qui ne manque pas d’humour ni de répartie, se définit ainsi : « Ma conduite de balle et ma technique sont les côtés turcs de mon jeu. L’obéissance, le comportement et l’abnégation sont les côtés allemands. » Et mon tout donne un savant mélange, un cocktail particulièrement explosif dont on risque d’entendre les déflagrations assourdissantes cet été entre Kiev et Varsovie…

Visa pour l’Euro
• Superficie : 357 325 km2
• Population : 82 millions d’habitants
• Capitale : Berlin
• Fédération : Deutcher Fusbal-Bund
• Site Internet : www.dfd.de
• Année de fondation : 1900
• Affiliation FIFA : 1904
• Affiliation UEFA : 1954
• Classement FIFA : 3e
• Couleurs : Maillot blanc, short noir, bas blancs
• Equipementier : Adidas
• Palmarès mondial (RFA et Allemagne) : Champion du monde (1954, 74, 90)
• Palmarès européen (RFA et Allemagne) : Champion d’Europe (1972, 80, 96)
• Bilan Euro (RFA et Allemagne) : 10 participations (1972, 76, 80, 84, 88, 92, 96, 2000, 04, 08) ; 38 m, 19 v, 10 n, 9 d, 55 b.p.-37 b.c.
• Meilleure performance : Vainqueur en 1972, 80, 96
• Meilleur buteur : Gerd Müller (4 buts en 1972), Dieter Müller (4 buts en 1976), Rudi Völler (4 buts : 2 en 1984 et 2 en 1988), Jürgen Klinsmann (4 buts : 1 en 1992 et 3 en 1996)

Calendrier 1er tour 2012
– Samedi 9 juin à 20h45, Stade de l’Arena à Lviv
Allemagne-Portugal
– Mercredi 13 juin à 20h45, Stade Metalist à Kharkiv
Allemagne-Pays-Bas
– Dimache 17 juin à 20h45, Stade de l’Arena à Lviv
Allemagne-Danemark

Le groupe de la qualification
G : Manuel Neuer, Bayern Munich
D : Dennis Aogo, Hambourg SV
D : Holger Badstuber, Bayern Munich
D : Jérôme Boateng, Bayern Munich
D : Arne Friedrich, Chicago Fire (USA)
D : Benedikt Höwedes, Schalke 04
D : Mats Hummels, Borussia Dortmund
D : Marcell Jansen, Hambourg SV
D : Philipp Lahm, Bayern Munich
D : Per Mertesacker, Arsenal (ANG)
D : Sascha Riether, Wolfsburg
D : Marcel Schmelzer, Borussia Dortmund
D : Heiko Westermann, Hambourg SV
M : Mario Götze, Borussia Dortmund
M : Ilkay Gündogan, Borussia Dortmund
M : Sami Khedira, Real Madrid (ESP)
M : Toni Kroos, Bayern Munich
M : Marko Marin, Werder Brême
M : Mesut Özil, Real Madrid (ESP)
M : Marco Reus, Borussia Moenchengladbach
M : Bastian Schweinsteiger, Bayern Munich
M : Christian Träsch, Wolfsburg
A : Cacau, Stuttgart
A : Mario Gomez, Bayern Munich
A : Lewis Holtby, Schalke 04
A : Miroslav Klose, Lazio Rome (ITA)
A : Thomas Müller, Bayern Munich
A : Lukas Podolski, Cologne
A : André Schürrle, Bayer Leverkusen
(29 joueurs utilisés)

Parcours en éliminatoires
1er du groupe A ; 30 points, 10 v, 34 b.p.-7 b.c.
3.09.2010 : Belgique-Allemagne 0-1 (Klose)
7.09.2010 : Allemagne-Azerbaïdjan 6-1 (Westermann, Podolski, Klose 2, Sadygov c.s.c., Badstuber)
8.10.2010 : Allemagne-Turquie 3-0 (Klose 2, Özil)
12.10.2010 : Kazakhstan-Allemagne 0-3 (Klose, Podolski, Gomez)
26.03.2011 : Allemagne-Kazakhstan 4-0 (Klose 2, T. Müller 2)
3.06.2011 : Autriche-Allemagne 1-2 (Gomez 2)
7.06.2011 : Azerbaïdjan-Allemagne 1-3 (Özil, Gomez, Schürrle)
2.09.2011 : Allemagne-Autriche 6-2 (Klose, Özil 2, Podolski, Schürrle, Götze)
7.10.2011 : Turquie-Allemagne 1-3 (Gomez, T. Müller, Schweinsteiger)
11.10.2011 : Allemagne-Belgique 3-1 (Özil, Schürrle, Gomez)

Comment ils jouent
Avec Joachim Löw, rien n’est jamais figé. Que ce soit la tactique (4-3-3 ou 4-4-2, même si la première formule devrait avoir sa préférence à l’Euro) ou les hommes. Il a lancé les jeunes en masse mais les plus anciens peuvent revenir et ne sont jamais condamnés. L’essentiel, à ses yeux, c’est la fluidité du jeu, obligatoirement tourné vers l’avant. Ce qui compte aussi, c’est qu’avec Manuel Neuer, il a enfin trouvé le successeur d’Oliver Kahn dans les cages. Pour le reste, avec un groupe où pratiquement tous les postes sont doublés, il y a du (beau) monde au balcon. L’ossature reste bavaroise mais les options sont multiples. Si la charnière centrale, à l’image de Per Mertesacker, n’impressionne pas forcément par sa célérité, dans les couloirs, ça peut gicler très vite. Au milieu, Bastian Schweinsteiger et Sami Khedira font le boulot pour placer dans les meilleures conditions possibles la perle Mesut Özil, le gaucher que Löw préfère en position axiale. Devant, Thomas Müller et Lukas Podolski encadrent Mario Gomez, Miroslav Klose ou le jeune André Schürrle. Quand on vous disait qu’ils ne ne manquaient pas de solutions…

Le coach : Joachim Löw
• 52 ans
• En poste depuis août 2006
• Poste précédent : entraîneur adjoint de l’équipe d’Allemagne

La décla
« C’est sans aucun doute le groupe le plus fort. Il est intéressant et équilibré. J’avais annoncé avant le tirage qu’on n’avait ni adversaire honni, ni adversaire préféré. Toutes les équipes sont difficiles. Toutes ont de grands joueurs, alors on attend ces belles affiches avec impatience. Le Danemark ne me paraît pas évident à affronter en tournoi du fait de sa parfaite organisation. Il aime ce rôle d’outsider et ne craint personne, c’est dans sa mentalité. Ce sera un très bon Euro car par rapport à une Coupe du monde, on ne trouve pas d’équipes comme le Costa Rica ou l’Equateur. Bien sûr, il y aura des spéculations avant la compétition mais seule la forme du moment comptera. » (Joachim Löw)

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