Équipe de France

Et Jean-Pierre Papin s’en alla…

Adieu papinades, retournés acrobatiques et buts invraisemblables. JPP, le buteur mythique de l’OM de Bernard Tapie, annonce en novembre 1998 qu’il tire sa révérence et met fin à une carrière professionnelle entamée quinze ans plus tôt. Retour sur l’incroyable parcours du phénomène qui était en couverture du premier numéro de « Planète Foot ». Emotions garanties.

Sa dernière papinade. Genre retourné monstrueux, ciseau qui vous coupe le souffle et découpe les filets adverses, l’œil plein de malice. Son ultime but d’acrobate et de fou du stade, devant un parterre de photographes venus flasher l’évènement. C’était le 17 novembre 1998 lors d’une conf’ de presse que Jean-Pierre Papin avait organisée à côté de l’hippodrome de Saint-Cloud, là où l’on dénombre beaucoup plus de purs-sangs que de canassons. Ouverture de séance du goleador français de la fin du XXe siècle : « Bon, bah voilà, j’ai signé à l’OM ! Mon premier match aura lieu en juin prochain à l’occasion de mon jubilé… »
Un adieu en forme de pirouette. Et JPP de lâcher dans un souffle court une phrase tellement concise qu’elle aurait pu paraître dérisoire si, à cet instant, on n’avait pas compris que Jean-Pierre disputait le match le plus compliqué et le plus pénible de sa longue carrière : « Oui, j’arrête. »
Trois mots lâchés comme une sentence qu’il s’imposait à lui-même. Trois mots mâchés, avalés avant d’être déglutis. Trois petits mots pour une grande mort… d’un instant. Il y avait toute sa passion du foot, sa perdition du moment dans cette mini-phrase qui voulait dire le maxi. « Il s’agit de la décision la plus difficile de ma carrière. J’ai vraiment très, très mal dormi avant de venir vous l’annoncer. Il fallait passer le cap. Maintenant, c’est fait, ça va déjà un peu mieux. »
Et on le comprend. Mine de rien, c’est pratiquement 15 ans de ballon, de coups de patte, de coups de génie, de coups de blues parfois, de coups fins souvent, qu’il a balancés ce jour-là. D’un coup violent en touche, pour l’éternité. Reprise de volée qui vise la lucarne pour finalement taper le poteau et nous renvoyer, déjà, aux souvenirs. Au fait, où a-t-elle commencé l’histoire de ce 9 de cœur qui a piqué et laissé sur le carreau tant de gardiens, prisonniers de leur cage et de ses ravages ?
Le début, c’était peut-être là-bas, chez lui, dans le Nord, quand le p’tit Jean-Pierre, élevé par sa grand-mère, fils de Maryvonne et de Guy, ancien pro de Boulogne-sur-Mer, s’essayait dans le jardin et que ses ballons terminaient leurs folles embardées dans le potager du voisin, furax de voir ses patates massacrées par le futur « Patator ». C’était peut-être aussi à l’INF Vichy où, paraît-il, sans accord parental, il s’inscrivit au concours d’entrée. Résultat : JPP termine premier, lui qui n’a jamais été un violent des places d’honneur à l’école. Sous le regard avisé d’André Mérelle et Gaby Desmenez, il va apprendre le métier de footballeur dans un institut qui n’a pas encore gagné ses lettres de noblesse mais que sa réussite ultérieure va aider à crédibiliser.
C’est peut-être encore à Valenciennes où le « chtio garchon » retourne à la sortie de l’INF pour une saison en DII, au rang de simple stagiaire. Ce qui ne l’empêchera pas de planter 16 buts en 34 matches. C’est encore plus sûrement à Bruges, dans ce plat pays qui n’était pas le sien, qu’il se révéla aux yeux des Français. Après sa première année à V.A., Lille, Lens et Bordeaux se renseignent vaguement à son sujet. Les Flamands, venus le superviser à plusieurs reprises, n’hésitent pas et mettent plus d’un million de francs sur la table pour engager ce gamin qui n’est même pas encore pro. Et l’œil averti de Raoul Lambert, figure mythique du club brugeois, ne s’y trompe pas : « Celui-là, annonce-t-il, ça va être un super. »

« Bernard Tapie est le seul qui m’ait vraiment compris »
C’est aussi un veinard. Débarqué comme doublure de l’international Willy Wellens, il profite d’une blessure du titulaire pour chiper définitivement sa place et réaliser ses premières papinades au pays de Tintin. Premières claques aux défenses adverses pour un vrai déclic. Il marque 21 buts en championnat et 5 en Coupe d’Europe dont un monumental triplé face aux Portugais de Boavista. Cette fois, sa légende est définitivement en marche, son histoire s’accélère. Papin débarque sur l’autoroute de la gloire en quatrième vitesse, au risque de dépasser les limitations en vigueur.
« Je signe à Monaco », annonce-t-il. Mais Bernard Tapie, pas trop à cheval sur les principes, le subtilise au club de la Principauté. « C’est là-bas, à l’OM, dira l’attaquant, que j’ai connu mes plus grandes émotions. Tapie ? Pour moi, il reste comme un père adoptif. C’est le seul qui m’ait vraiment compris dans ma carrière. Il savait que j’avais besoin d’une équipe pour marquer des buts et il me l’a donnée. »
Ses débuts, sous le maillot blanc, sont pourtant poussifs. Droit au but ? Non, plutôt droit dans le mur ! « J’ai même eu peur d’être obligé de partir. » Manque de confiance, manque de réussite, JPP « J’en Peux Plus » dans la presse marseillaise. Pour la première fois, il est contesté et se retrouve face à ses interrogations. Sa réponse, c’est boulot-boulot. Il s’offre ces séances de rab devenues célèbres, après l’entraînement, avec Alain Casanova, gardien remplaçant de l’OM. Tirs sous tous les angles, dans toutes les positions, dans la sueur et les rires. Et ça marche. Fini le doute, la gamberge, Jean-Pierre retranscrit en match tout ce qu’il tente face à son pote.
Marseille plane à nouveau, JPP s’envole carrément. Il court, frappe, plante, emporté dans une folle sarabande. Il marque les buts les plus dingues, accumule les honneurs et les titres. Cinq fois de suite (de 1988 à 92), record toutes catégories, il va terminer meilleur buteur du championnat. En 1991, il rafle le titre de meilleur joueur européen et pose avec le Ballon d’or. A cette époque, l’OM, qui écrase tout en France (4 titres, 1 Coupe), flirte aussi avec les sommets continentaux. C’est la finale de Bari en Coupe des champions, ce match crispant, et cette satanée séance des tirs au but. « Cette rencontre, confiera plus tard Papin, on peut la rejouer 99 fois, on la gagne à tous les coups. »
L’une des deux plus grosses déceptions de sa carrière. L’autre, c’est le cauchemardesque France-Bulgarie de novembre 1993 qui l’empêche de disputer cette Coupe du monde qui aurait constitué le couronnement de sa carrière. Le Mondial, il l’a bien joué, en 1986 au Mexique. Mais, tout jeunot et insouciant, bleu chez les Bleus, il n’avait pas pleinement pris conscience de la portée de l’évènement. Et, ensuite, la chance n’est jamais repassée. « Finalement, en Coupe du monde, il nous aura toujours manqué un point, un but, un petit rien. Et pourtant, on avait déjà une grosse équipe à l’époque. Disons que nous avons posé la première pierre et que ceux de 1998 ont cimenté tout ça. »
Ses bleus au cœur, il espère bien les compenser en club quand il signe au Milan AC pour 80 millions de francs, en 1992. JPP devient « Djipipi » et rêve de consécration suprême. Elle ne viendra pas. La faute à la concurrence et au quota alors en vigueur sur le nombre d’étrangers pouvant jouer ensemble (3 à l’époque). Le tireur fou se transforme en intermittent du ballon. « Cette expérience aura été moyenne, même si j’ai tourné à un but tous les deux matches. »

Il dispute un bout de la finale de Coupe des champions perdue contre l’OM
Papin maudit d’Italie ? On peut se poser la question. Sa première année là-bas, il dispute un bout de la finale de Coupe des champions perdue contre… Marseille. La saison suivante, Milan remporte le trophée mais Jean-Pierre regarde l’apothéose depuis les tribunes. Dans la foulée, il signe au Bayern. Pour définitivement relancer sa carrière, pour profiter de cette Bundesliga où les attaquants sont rois, où les défenses ne ressemblent pas à ces coffres-forts bétonnés, style Calcio. Sûr, il va revivre.
Raté. C’est pin-pon, pin-pon pour Papin. Lui qui avait jusque-là échappé aux grosses blessures n’en finit pas de panser ses plaies sur le corps et dans la tête. Un genou, une cheville, une main : l’exocet des surfaces se fait rafistoler de partout, momie ambulante pour la première fois de sa vie. Des mois de galère et, pour couronner le tout, quand Giovanni Trappatoni cède sa place à Otto Rehhagel, l’incompréhension entre le nouvel entraîneur et son buteur. Ni une, ni deux, Jean-Pierre, accaparé par les problèmes de santé de sa petite Emily, qui souffre d’une lésion au cerveau, décide d’en finir. Et de rentrer en France.
Ce sont les Girondins qui lui ouvriront leurs portes pour une tournée d’adieu de deux saisons. Avec quelques autres buts pour la postérité, avec toujours cette soif de donner tout et plus, avec encore deux finales de la Coupe de la Ligue perdues (un but signé « JPP » pour la seconde au Stade de France). Avec, aussi, le temps qu’il sent filer. « Quand tu vois les autres te passer devant, sauter plus haut, aller plus vite, c’est sûr que ça devient difficile. »
Mais l’envie de jouer le taraude toujours. Trop souvent sur le banc à son goût à Bordeaux, il décide de répondre favorablement au banco que lui propose Guingamp, à l’été 1998. Pour un ultime tour de piste. Abrégé. Un clash avec l’entraîneur termine son tour d’Europe en ballon. « Mais je ne regrette pas, même si je n’ai pas réussi le challenge que je m’étais fixé. »
Ainsi parlait, le 17 novembre 1998, un Papin « très triste de quitter ce monde côtoyé pendant 20 ans, à qui (il a) tout donné, qui (lui a) tellement rendu et qui va (lui) manquer ». Ce qu’il a laissé ? « Mes papinades et trois initiales ».
Après, ce fou de ballon a continué à jouer en amateur. Juste pour le fun. Deux ans à la J.S. Saint-Pierroise de la Réunion (1999-2001), trois saisons à l’U.S. Cap-Ferret (2001-04). En janvier 2009, il a même décidé de reprendre du service, à 46 ans, à l’A.S. Facture Biganos Boïen, un club de Promotion de Ligue d’Aquitaine entraîné par son pote Thierry Castets. Papin a aussi embrassé, avec plus ou moins de bonheur, une carrière de coach qui l’a conduit du FC Bassin d’Arcachon à Châteauroux en passant par Strasbourg et Lens.

Ses coups de cœur, ses coups de blues
• Son meilleur souvenir : « La finale de la Coupe de France 1989 gagnée 4-3 contre Monaco. Ce jour-là, j’en plante trois et si je n’avais pas manqué un penalty, avec quatre pions, je rentrais dans la légende (ndlr : le Nantais Eric Pécout avait également marqué 3 buts en finale de la Coupe de France 1979). »
• Son plus grand regret : « Je n’en ai vraiment qu’un : avoir signé au Bayern Munich. C’est la seule véritable erreur que je vois dans mon parcours. »
• Ses partenaires privilégiés : « En un, je citerai Alain Giresse puis Klaus Allofs. Ensuite, Abedi Pelé et Chris Waddle. Sans oublier, après, tous les passeurs qui m’ont permis de marquer au cours de ma carrière. »
• Le match qu’il aimerait rejouer : « France-Bulgarie. Pas la peine d’expliquer pourquoi. »
• Son but préféré : « Celui que je plante avec l’équipe de France contre la Belgique, en amical, en mars 1992. C’était la fin du match, Basile Boli centre et je marque d’un retourné à l’entrée de la surface de réparation. »

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