Étranger

Et Dieu créa Zlatan (6)

Trois saisons à l’Inter Milan et un grand chelem pour Zlatan. Trois fois champion et meilleur buteur en 2009, sous les ordres de José Mourinho, il devient « Ibracadabra ».

Le terrible bras de fer engagé avec la Juventus, reléguée en Série B, trouve son épilogue à une centaine de kilomètres de Turin. Zlatan Ibrahimovic effectue le trajet en voiture, aux côtés de son agent, Mino Raiola, qui a tout dit, tout fait pour lui permettre de quitter les Bianconeri et qui n’est pas prêt de remettre les pieds dans le Piémont. Persona non grata, Mino, mais pas tout seul. Zlatan aussi, décrit par les fans de la Juve comme le mercenaire dans toute sa splendeur.
Gianluigi Buffon, Alessandro Del Piero, Pavel Nedved, Mauro Camoranesi et David Trezeguet décident de rester pour assurer la remontée immédiate sous la conduite de Didier Deschamps. Aussi, le départ du Suédois est vécu comme la trahison ultime par les tifosi. Les représailles sont multiples. On peut citer les plus célèbre, le tube de l’été 2006 qui restera numéro un des charts de Série B tout l’hiver du côté de Turin. A chaque match de la Juve, le même refrain : « Ora tutta la curva, cantera per te, Zlatan sei un zingaro » (Tout le virage chante pour toi, Zlatan, tu es un gitan). Mais Zlatan s’en moque, Zlatan n’entend pas. Même en « Tziganie », Zlatan serait le roi…
A l’Inter, il signe un contrat de 4 ans. Salaire de 4,5 millions d’euros la première année. Celui que Mino Raiola surnommera plus tard « la Joconde » (lors des négociations avec le Paris SG) fait déjà dans l’artistique sur les pelouses latines. A Giuseppe Meazza (le stade se nomme ainsi pour l’Internazionale, San Siro quand il abrite le Milan AC), le chouchou s’appelle alors Adriano. Le Brésilien empile les buts et semble inarrêtable. Il détruit tout ce qui bouge en Italie (29 buts en 60 matches dans le Calcio et 16 en 20 rencontres de C1 au cours des deux saisons précédentes). Plus pour longtemps. Roberto Mancini, l’entraîneur de l’Inter, associe Zlatan et Hernan Crespo en attaque. Esteban Cambiasso, Javier Zanetti, Patrick Vieira, Olivier Dacourt et Dejan Stankovic se partagent les tâches et le temps de jeu au milieu, Luis Figo le gave de centres d’orfèvre.
Pour sa première saison et alors que son transfert sous haute tension aurait pu, sinon freiner intégration, du moins altérer son rendement, « Ibra » claque 15 pions en 27 matches de championnat et délivre des passes décisives dans toutes les compétitions, dont une qui compte peut-être un peu plus que les autres. Le 26 août à Giuseppe Meazza, pour son premier match officiel sous son nouveau maillot, l’Inter est mené 3-0 au bout de 34 minutes par la Roma de Philippe Mexès, Alberto Aquilani, Daniele De Rossi et Francesco Totti. En jeu, la Supercoupe d’Italie.

« Le club qui m’engage s’adjuge le titre »
A la 74e, Patrick Vieira égalise sur une offrande d’Ibrahimovic. L’Inter arrache son premier trophée de la saison grâce à un coup franc de Figo pendant la prolongation. Le début d’un conte de fées entre Zlatan et les Nerazzurri. Il termine cette première saison en Lombardie meilleur buteur du club et affiche aussi 5 passes décisives. Aucun but en Ligue des champions (2 passes décisives en 7 matches) en revanche : l’Inter bute sur le Valence des deux David, Silva et Villa, en 8es de finale. Une blessure à la paroi abdominale l’oblige à interrompre l’exercice avant son terme mais il n’a plus mal quand il s’agit de soulever le trophée.
Car l’Inter et Zlatan sont champions dès sa première saison. Ce qui lui fait dire, toujours très mesuré, à l’attention des tifosi milanais comme à ceux de la Juve : « Le club qui m’engage s’adjuge le titre ». Il peut se le permettre. Depuis 2004, il termine champion chaque saison (les titres de 2005 et 2006 ont été retirés à la Juventus suite à l’affaire du Calciopoli). Carlo Ancelotti, qui n’est pas encore son entraîneur au PSG mais toujours celui de l’AC Milan, donc son premier rival, lâche un pavé dans la mare en jugeant le champion intériste. « Si je pouvais prendre un de leurs joueurs, ce serait Ibrahimovic. Par le passé, il lui est arrivé de se montrer époustouflant, mais il manquait de constance. Aujourd’hui, il est celui qui fait la différence. Il a amélioré ses qualités de finisseur et se révèle beaucoup plus décisif. »
Zlatan devient « Ibracadabra ». On peut mentionner son enchaînement contrôle de la poitrine dos au but, petit sombrero et demi-volée du cou de pied qui transperce Sébastien Frey en novembre 2006 lors de la victoire 2-1 à Parme. Un bijou. Des buts made by Zlatan fleurissent sur toutes les pelouses d’Italie. Contre le Torino, il réussit une volée dans la lucarne opposée. A Milan, il tord les reins d’Alessandro Nesta avec un petit sombrero puis une demi-volée en pleine course.
Des buts, il en marque 17 en championnat lors de sa seconde saison, auxquels s’ajoutent 5 réalisations en 7 matches de Ligue des champions. Trois titres de champion d’Italie consécutifs, le dernier sous les ordres de José Mourinho avec lequel il tisse une relation privilégiée. Voilà qui assoit un peu plus l’autorité du bonhomme. Il devient le joueur le mieux payé du monde avec un salaire annuel dépassant les 10 millions d’euros.
En Suède, Lars Lagerbäck, sélectionneur de l’époque, avoue : « J’ai déjà eu beaucoup de talents, comme Thomas Brölin ou Fredrik Ljungberg. Mais, lui, c’est le plus grand. Il a tout : le physique, la vitesse et la tactique. » Zlatan à l’Inter, c’est donc trois titres de champion mais aussi 66 buts en 116 rencontres, toutes compétitions confondues (0,56 par match). Capocannoniere en 2009 avec 25 buts en 35 rencontres de Série A.

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