Étranger

Et Dieu créa Zlatan (5)

Zlatan est Turinois. Une première saison royale sous le maillot bianconero. Une seconde terminée dans le tumulte de la rétrogradation en Série B. Un « Ibra » aux deux visages. Ange puis démon.

En débarquant à la Juve, Zlatan découvre encore un nouvel univers. Top niveau et hyper pro. Question : le génial mais imprévisible Scandinave est-il capable de se fondre dans le moule en évitant tout dérapage ? La réponse, pas si évidente, sera « Oui ». C’est que le joueur, studieux et réceptif – mais si, mais si – a parfaitement reçu le message de Fabio Capello, son entraîneur.
« Quand je suis arrivé, il m’a dit deux choses importantes. Un jour, dans son bureau, le « Mister » m’a montré des K7 de Marco Van Basten. « Regarde, m’a-t-il lancé, tu peux beaucoup apprendre en t’en inspirant. Marco était un joueur dans ton style mais il marquait plus de buts que toi. Alors tu te concentres, tu analyses et tu enregistres. » Et il est sorti de la salle en me laissant devant la télé… »
Zlatan a consciencieusement zyeuté, ingurgité et assimilé. L’autre leçon de choses de Maître Capello ? « Eh bien, répond le grand Ibra aux longs bras, une autre fois, il m’a demandé si j’avais déjà effectué une vraie préparation en gymnase. De la musculation pour prendre du coffre. Je lui ai répondu qu’à l’Ajax, il ne s’agissait pas d’un domaine qu’on travaillait. Il m’a alors clairement expliqué que je devais m’y mettre pour gagner en puissance. »

« J’ai beaucoup plus appris en une saison à Turin qu’en trois à Amsterdam »
Un œil sur le magnéto, une main sur les haltères : le raccourci est certainement un brin simpliste pour expliquer le parcours de folie que le bonhomme va réaliser pour sa première année en noir et blanc. N’empêche, dans le championnat le plus hermétique de la planète, le Suédois sans complexe fait sauter tous les verrous et plante 16 buts en 35 matches. Fuoriclasse ! La saison s’achève en apothéose pour la Juventus qui rafle le titre (il lui sera retiré plus tard à la suite du scandale Moggi) tandis qu’Ibrahimovic est, pour son compte personnel, élu meilleur joueur étranger de cet impitoyable Calcio. « J’ai beaucoup plus appris en une saison à Turin qu’en trois à Amsterdam », lâche-t-il, euphorique. Zlatan clame son amour du club, de la ville, de tout.
Celui qui est en train de devenir le nouveau fiancé de la « Vieille Dame » semble parti pour un long bail dans le Piémont. Sans doute l’histoire est-elle trop belle et le scénario trop idyllique car la suite n’emprunte pas les chemins qu’on imaginait. Sa deuxième saison se révèle moins enthousiasmante. Zlatan se montre moins adroit (7 buts en 35 matches de championnat plus 3 en 9 rencontres de Ligue des champions), moins concerné, limite nonchalant par moments. Et le scandale Moggi finit de tout gâcher dans une incroyable cacophonie, avec la rétrogradation du club en Série B.
Après un mariage fastueux, le divorce paraît déjà tout proche. Le nouveau coach, Didier Deschamps, a beau annoncer qu’il compte sur lui, le joueur fait savoir via son agent qu’il est hors de question pour lui d’évoluer en Série B et qu’il est prêt, s’il le faut, à porter l’affaire en justice. Joignant les actes aux paroles, il entame un bras de fer en refusant d’aller disputer un match amical d’avant-saison.
Tout le monde paraît au bord de la crise de nerfs, près du clash, lorsque l’Inter Milan propose judicieusement 24,8 millions d’euros pour obtenir son transfert, offrant à toutes les parties une sortie honorable. Les histoires d’amour se terminent mal en général, celle-ci n’a pas échappé à la règle. Mais faut-il s’en étonner avec le bouillant Zlatan ?

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