Équipe de France

Emmanuel Felsina, un pilier XXL

Il pourrait être en équipe de France. Il pourrait aussi n’avoir jamais joué au plus haut niveau. Emmanuel Felsina a joué au rugby… tout en assurant la facturation de l’entreprise de transport qu’il gère avec son père. Zoom sur un personnage atypique.

« Lorsque j’ai repris le rugby, découvrir le Top 14 était un rêve, plus qu’un objectif. » Quand le Rugby Club Toulonnais a fait appel à lui en 2013, Emmanuel Felsina a manifesté sa « surprise ». Il faut dire que le pilier gauche aujourd’hui âgé de 30 ans et qui s’apprête à rejoindre le Stade Français revenait de très loin.
En 2003, le Cristollien fait partie du pôle Espoirs de Marcoussis. Il défend les couleurs de l’équipe de France U17, U18 et U19. C’est sûr, l’avenir appartient à Manu. Mais une blessure au poignet l’éloigne des terrains et le prive de la Coupe du monde U19. « J’ai été livré à moi-même pendant un long moment. Le passage au pôle Espoirs est une année très chargée rugbystiquement. Et à l’époque, moins j’en faisais, mieux je me portais… », confesse-t-il. Difficile de reprendre le chemin de l’entraînement, surtout quand vous avez vu un Mondial vous passer sous le nez.

Un arrêt de cinq ans
Felsina met sa carrière entre parenthèses. Il ne veut plus entendre parler rugby, sport, efforts physiques. Pendant cette pause de cinq ans, le pilier d’origine guadeloupéenne prend énormément de poids. Il montera jusqu’à 186 kg (pour 1,90 m). Là a lieu ce qu’il faut appeler une prise de conscience.
« Pendant mon arrêt, j’ai vu des joueurs que j’avais côtoyés à Marcoussis réussir au plus haut niveau. Je me suis dit que je pouvais y évoluer moi aussi », confie-t-il. En 2009, Manu rejoint le club de Massy (Fédérale 1) où il retrouve l’un de ses anciens éducateurs. Deux saisons plus tard, il met le cap sur Aix-en-Provence (Pro D2).
Ses performances séduisent les recruteurs toulonnais qui le font signer pour 2 ans. « La différence entre la Pro D2 et le Top 14 est énorme, souligne Emmanuel. Notamment en termes de rigueur. » Chez le champion d’Europe, il côtoie des références au poste de pilier : Martin Castrogiovanni, Andrew Sheridan, Carl Hayman… « Grâce à eux, j’ai compris les exigences du haut niveau. Travailler à leurs côtés quotidiennement, c’est énorme en termes d’expérience, poursuit le pilier, aujourd’hui revenu à 125 kg. Quand on voit des champions du monde rester une heure de plus pour travailler seuls, comme Jonny Wilkinson, on comprend à quoi tient leur réussite. »

A l’aise avec les nouvelles règles
Après une année au RCT et une année au LOU, Emmanuel Felsina a « pris goût au travail physique. Les résultats me poussent à en faire davantage. J’ai découvert l’importance de ce travail. Avec mon vécu, je sais aussi que rien n’est jamais acquis. »
Pour lui, l’objectif est à présent de gagner du temps de jeu. Ce n’était pas facile dans un club comme le RCT, il lui faudra aussi s’imposer chez le champion de France. « Pour pro­gresser encore, il me faut des matches. Je n’ai plus de temps à perdre pour évoluer à un niveau convenable. Mais la concurrence permet de se surpasser. »
Pilier de grande taille assez mobile et puissant, Felsina intéressait de nombreux clubs. D’autant que, contrairement à beaucoup, les nouvelles règles ne lui posent pas vraiment de difficultés. « Ma chance, c’est que je ne fais des mêlées que depuis six ans, à cause de mon arrêt. Je n’ai pas eu le temps de prendre des habitudes. Les nouvelles règles ont redistribué les cartes et j’ai pu tirer mon épingle du jeu. » C’est cette faculté d’adaptation qui avait suscité l’intérêt de Lyon.
Après Lyon, retour dans la région parisienne. Un choix simple et qui s’explique facilement. Ce père de trois enfants possède une originalité : c’est le seul joueur professionnel à avoir une activité en dehors du rugby. « C’est très important pour mon équilibre. Cela me permet de ne pas décrocher du monde réel. Je n’aurai pas à me poser le problème de ma reconversion et c’est une chance. » Cette activité lui prend « une à deux heures par semaine avec un coup de bourre en fin de mois ». Emmanuel s’occupe de la facturation client de la société de transport qu’il gère avec son père.
Le Val-de-Marnais espère avoir sa place dans le groupe entraîné par Gonzalo Quesada, lui qui a déjà atteint un premier objectif en se frottant au plus haut niveau. Devant le niveau affiché par la mêlée française pendant le Tournoi des VI Nations, rêve-t-il du maillot bleu ? « L’équipe de France ? Pas du tout…, sourit-il, étonné par la question. Pour le moment, je veux juste prouver que j’ai le niveau pour durer en Top 14. Ce n’est pas par manque d’envie mais il y a encore beaucoup de travail. Je viens de très, très loin. »

Paul PERIE / UNIVERS DU RUGBY

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