Étranger

Edinson Cavani, le nouveau dieu du Napoli

Principal artisan du grand réveil napolitain, Edinson Cavani est devenu l’une des attractions du Calcio. A 24 ans, l’Uruguayen est chaud bouillant au pied du volcan.

Avec sa gueule de latino des arènes, cœur de braise et cheveux bruns tombant jusqu’aux omoplates, il porte bien son surnom. « El Matador ». Même son passeport est rangé dans cette catégorie : Edinson Roberto Cavani Gomez. Ça sonne bien « Pirates des Caraïbes » ou torero andalou. Mais le Grand (1,88 m) n’est ni l’un, ni l’autre. Son décor de travail, c’est le San Paolo, cratère ouvert au pied du Vésuve. C’est là qu’il fait monter la température ambiante de plusieurs degrés depuis deux saisons. Chaud, très chaud.
Un peu dans l’ombre du duo Diego Forlan-Luis Suarez lors de la Coupe du monde en Afrique du Sud (Oscar Tabarez, le sélectionneur de l’Uruguay, l’avait repositionné sur le côté gauche de la Celeste), Cavani a pris une autre envergure depuis. A Palerme, entre 2007 à 2010, il avait déjà la cote (109 matches de Série A, 34 buts). « El Matador » changea de crémerie et de statut. Il était courtisé par l’Inter, Tottenham et Manchester City, notamment, c’est le Napoli qui se montra le plus convaincant. Direction la Campanie et les éruptions d’un stade San Paolo en mal de sensations fortes depuis de trop nombreuses saisons. A 17 millions d’euros le transfert, on en connaît pas mal qui auraient mis quelques mois à digérer. Pas lui.
Avec sa silhouette de condor désarticulé, quelque part entre Zlatan Ibrahimovic et Peter Crouch, la touche « latin lover » en plus, le natif de Salto a mis le volcan à sa botte. Et toute l’Italie avec. C’est bien simple : à lui seul ou presque, il a redonné au club des envies de grandeur et une soif de conquêtes. Cavani fut repéré lors du championnat du monde des moins de 20 ans au Canada en 2007. Il venait tout juste de débarquer à Palerme en provenance du Danubio FC Montevideo, un club avec lequel il avait conquis le titre de champion d’Uruguay (12 buts).
« J’ai eu un peu de mal à m’adapter au début car je suis arrivé seul, expliquait-il. Mais quand ma famille m’a rejoint, j’ai commencé à jouer. A partir de là, tout a été très rapide, très simple. J’ai vécu de belles choses ces derniers mois : le titre en Uruguay, mon départ en Italie, la sélection des moins de 20 ans… Nous sommes là pour aller au bout. Nous voulons rapporter le trophée en Uruguay et placer notre pays au sommet de la hiérarchie mondiale. »
Pragmatique et ambitieux à l’heure de disputer sa première rencontre face à l’Espagne, l’Uruguayen aux origines italiennes ajoutait : « L’entraîneur m’a prévenu. Il m’a dit que j’allais trouver un défenseur très grand et puissant. Mais je suis habitué au niveau européen, je sais manœuvrer contre des gars physiques. Cette génération peut faire de belles choses. Elle a la culture de la gagne. »
Le joueur ? Son premier adversaire au Canada ? L’Espagnol Gerard Piqué. Quant à la génération en question, elle s’est hissée trois ans plus tard sur la quatrième marche du Mondial (battue 3-2 par l’Allemagne dans la petite finale). Et elle a confirmé en enlevant l’édition 2011 de la Copa America en Argentine (3-0 en finale contre le Paraguay)…
Avant cela, il y eut une saison de feu avec le Napoli, sa première donc. 35 matches, 26 buts (47 matches et 33 buts toutes compétitions confondues). Seulement battus par les 28 d’Antonio Di Natale (Udinese). On dit que les plus grands clubs européens lui faisaient les yeux doux. Son club assura ses arrières en le faisant prolonger jusqu’en 2016 courant mai. Impossible de le laisser partir le joueur qui a permis au Napoli de finir 3e du championnat et d’arracher une qualification directe pour la Ligue des champions. Edinson est un sérieux client. Et sur le terrain, il faut tout prendre au sérieux avec Cavani. Le moindre ballon qui traîne. Il a réalisé trois triplés (contre la Juventus, la Sampdoria et la Lazio), quatre doublés et a planté des buts à tire-larigot. Faut pas chatouiller le « Matador ». On n’avait pas connu pareille emprise sur le club napolitain depuis Diego Maradona, dont les portraits tapissent toujours les murs et les balcons.

On trouve un capuccino à son nom
Sorti à la 86e minute contre la Juve après son triplé (19e journée, 3-0 le 9 janvier 2011), il connut le second effet kiss kool. Les 60 000 tifosi de San Paolo entonnèrent le tube de l’enfant du pays, Massimo Ranieri, « O Surdato ‘Nnammurato », dont le refrain dit : « Tu es la vie, tu es ma vie ». Inoubliable. « Entendre le stade chanter de cette manière, cela provoqua chez moi une joie indescriptible. J’en ai eu la chair de poule pendant un bon moment… »
Dans une cité où la passion et la chaleur sont plus difficiles à mesurer qu’ailleurs, on trouve désormais le capuccino du Cav’. Le Caffè Antonelli sert en effet à ses clients un capuccino avec l’indication C7 (Cavani, n°7) bien distincte dans le chocolat. Potion à déguster, de préférence, avec un masque à l’effigie du buteur uruguayen, en libre service dans l’établissement. Cette effervescence n’a pas l’air d’effrayer le bonhomme plus que ça. Ses deux dernières saisons pleines à Palerme (13 et 14 buts en championnat) avaient esquissé le portrait d’une valeur sûre. L’exercice 2010-11 explosa toutes les prévisions.

3360353-4826871

Avant cette fameuse prolongation de contrat (qui courait initialement jusqu’en 2015), le Napoli ne doutait pas de pouvoir conserver son nouveau dieu. Le président Aurelio De Laurentiis n’avait pas la moindre hésitation. « Nous pouvons le retenir. Les contrats veulent encore dire quelque chose, non ? Cavani est une idole à Naples. Beaucoup s’identifient à lui, le prennent comme exemple. Les supporters l’adorent. Il a un contrat longue durée, il ne veut pas décevoir ceux qui l’ont choisi. Il respectera la volonté du club. »
Naples, son Vésuve et son autre cratère, nommé San Paolo, ont donc su le retenir. Longtemps en course pour une place en Ligue des champions en 2009-10 avec Palerme, Cavani et les Siciliens avaient rendu les armes en toute fin de championnat. Il fallut s contenter de la Ligue Europa. Mais cette année, c’est bien Naples que vous voyez à l’œuvre dans le groupe A avec le Bayern Munich, Manchester City et Villarreal. Les joueurs de Walter Mazzarri ont obtenu le nul 1-1 à Manchester avant de battre les Espagnols 2-0. Prochain rendez-vous ce mardi soir à domicile contre les coéquipiers de Franck Ribéry.
L’été dernier, on disait Tottenham très, très intéressé. On imaginait bien son profil en Premier League. On entendit beaucoup parler aussi de l’Inter et de la Roma. Et l’Espagne était à l’affût, José Mourinho se laissant aller à le désigner comme sa priorité n°1. La réponse de l’intéressé fusa dans « La Gazzetta dello Sport » : « Moi, je joue au Real… Napoli et je suis heureux. Les rumeurs concernant le mercato ne m’intéressent pas. Mon avenir est déjà écrit. Je veux continuer à courir et à marquer des buts ici. Je rêve du Scudetto. Ça et disputer la Ligue des champions sous ces couleurs, cela me suffit amplement. »
Mario Balotelli ingérable et Edin Dzeko aux abonnés absents, Roberto Mancini rêvait lui aussi de Cavani (avant de mettre la main sur Sergio Agüero). City avait préparé une offre de plus de 40 millions d’euros. Repoussée par le Napoli. « Je ne le vendrais pas pour 50 millions », prévenait le président De Laurentiis.
Contre l’Udinese, le 17 avril dernier, la barre du million de spectateurs pour la saison 2010-11 a été dépassée dans le magma du San Paolo. Le Cav’ n’est pas étranger à cette folle éruption. Lui adore les grosses chaleurs.

Vu par…
Ezequiel Lavezzi, son coéquipier argentin à Naples : « C’est un grand pro. Il se rend disponible pour l’équipe et il fait de grands sacrifices. Il mérite ce qui lui arrive. J’ai beaucoup d’affection pour lui. Naples doit vraiment profiter de cette période bénéfique pour elle. »

Son parcours
■ 2005-décembre 2007, DANUBIO (URU)
Il décroche le titre de champion en 2007 avant de s’envoler pour l’Europe.
■ Février 2007-juin 2010, PALERME
Il découvre la Coupe d’Europe en Sicile et claque 32 buts en deux saisons et demie de Série A.
■ Depuis juin 2010, NAPLES
17 millions d’euros de transfert. Pas si cher pour un joueur qui en est à 38 buts en 51 matches (26+3 en Série A, 7 en Ligue Europa l’an dernier, 2 en Ligue des champions cette année).
■ 10 buts en 31 sélections avec L’URUGUAY
C’est le fer de lance de la Celeste aux côtés de Forlan et Suarez.

Edinson Cavani en short
Edinson Roberto Cavani Gomez
■ Né le 14 février 1987 à Salto (URU)
■ 1,88 m, 71 kg
■ Attaquant
■ Naples
■ International A (Uruguay)
1ère sélection : Uruguay-Colombie (2-2) le 6 février 2008

Populaires

To Top