Étranger

Dries Mertens, le grand écart

Recalé au centre de formation d’Anderlecht et relégué en Division 2 néerlandaise pour ses débuts chez les pros, le lutin belge Dries Mertens joue aujourd’hui dans la cour des très grands. Retour sur un parcours atypique.

L’année 2014 ne pouvait pas mieux commencer pour le Belge Dries Mertens. Il signa son premier doublé sous le maillot du Napoli grâce à un but de renard sur une passe en retrait de l’Argentin Gonzalo Higuain puis un coup franc direct subtilement enroulé. A lui seul ou presque, le n°14 avait atomisé la Sampdoria Gênes (victoire 2-0) pour la reprise des hostilités en Série A, après les fêtes de Noël. Au point de mettre en transe le fameux speaker maison, Daniel « Decibel » Bellini. « Dries-se ! », se mit à hurler ce dernier au micro à plusieurs reprises pour lui rendre hommage. « Mer-tens ! », répondit à chaque fois le public d’un stade San Paolo en ébullition. Moment d’intense émotion pour le petit Diable rouge (1,69 m, 61 kg) qui aurait pu passer à côté d’une belle carrière du fait de ses mensurations, précisément.
Aussi loin que s’en souvienne le papa, Herman, Dries a toujours eu le foot dans la peau. Les événements s’enchaînent plutôt bien puisqu’à 11 ans, l’enfant de Louvain, dans le Brabant flamand, au cœur de la Belgique, obtient son ticket d’entrée dans le club le plus prestigieux et le plus titré du pays, le Royal Sporting Club Anderlecht. Il y passera six saisons, jusqu’aux rangs juniors. Le verdict tombe : recalé ! Pas à cause de son comportement ou d’un manque d’implication – au contraire. Pas à cause d’une technique trop fruste – bien au contraire. Non, l’aventure s’arrête là parce qu’on le juge trop frêle, pas suffisamment taillé pour les rudes joutes professionnelles.

Tout bascule quand il n’y croyait plus
La claque fait mal. Mais il ne se décourage pas. Dries prend la route de La Gantoise. Moins glamour, certes, mais cela reste du haut niveau. Sauf que lui ne l’entrevoit pas. Une année en équipe de jeunes. La suivante, sous forme de prêt, à Alost, formation de Troisième division, qui se conclut par un nouveau prêt, en Division 2 néerlandaise cette fois, à l’AGOVV Apeldoorn. Et c’est paradoxalement à ce moment-là, alors qu’il aurait pu disparaître des radars et plonger dans le plus profond des anonymats, que sa carrière commence enfin à décoller.
Ô, bien sûr, ce n’est pas encore le nirvana. Mais sa première saison incite les dirigeants bataves à l’engager définitivement. Il accepte. De toute façon, il n’avait pas d’autre choix. Il ne le regrettera pas. Ce droitier qui aime évoluer dans le couloir gauche s’amuse à faire tourner en bourrique tous les défenseurs qui se présentent sur son chemin. Adroit devant le but, Mertens se révèle un passeur très précis et un sacré tireur de coups francs. Il percute, bouge, crée des espaces et affole tous les compteurs.

Deuxième meilleur joueur des Pays-Bas derrière Luis Suarez
Au terme du championnat 2008-09, il est élu, sans la moindre contestation possible, meilleur joueur de Division 2. En récompense de ses efforts et de son acharnement, le Belge va enfin toucher au plus haut niveau. Il est transféré au FC Utrecht contre la somme de 600 000 euros. Une marche difficile à franchir ? Absolument pas, il va l’avaler et s’envoler ! A partir de ce moment, sa progression sera constante. « Oui, explique-t-il, parce qu’aux Pays-Bas, on insiste sur la technique et la possession de balle. C’est le foot qui me convient. En Belgique, je passais mon temps à regarder en l’air. Obligé, je ne recevais que des ballons aériens ! »
Nommé deuxième meilleur joueur de l’année 2010 aux Pays-Bas, derrière le cannibale uruguayen de l’Ajax Amsterdam Luis Suarez (35 buts en 33 matches de championnat lors de la saison 2009-10), Mertens est sur un petit nuage. Rien ne semble en mesure d’arrêter le feu follet à la technique fine. Elle lui vaut d’être comparé à Andres Iniesta, par les uns, et à son compatriote Eden Hazard par les autres.

Premier trophée avec la Coupe des Pays-Bas
« Je veux évoluer le plus haut possible, déclare-t-il alors. Que ce soit dans un championnat étranger ou au sommet de l’Eredivisie. » Ce sera au sommet de l’Eredivisie. Dries, qui vient de fêter ses premières sélections au sein de la génération dorée des Diables Rouges, s’engage en faveur du PSV Eindhoven contre un chèque de 5,5 millions d’euros. Même pas peur ! « Le prix de mon transfert ne m’ajoute pas de pression supplémentaire, affirme-t-il. Je reste le même joueur, concentré sur mon football. Le fait que le club ait dépensé cette somme illustre, à mes yeux, ma progression depuis deux ans. Ça montre que j’ai atteint un bon niveau de jeu. Mais ce n’est pas fini. Ici, en match comme à l’entraînement, j’apprends énormément de choses. Il s’agit d’une expérience fantastique. »

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Qu’il rend magique. Au cours de ses cinq premiers matches officiels, Dries la Foudre marque à chaque fois. Il terminera la saison avec un total de 27 pions (21 en championnat, 3 en Coupe et 3 en Ligue Europa). Et surtout une première ligne à son palmarès chez les professionnels : la Coupe des Pays-Bas. Victoire 3-0 en finale face à Heracles Almelo et encore un pion pour sa pomme. Sa deuxième année, tout aussi convaincante (16 buts et 17 passes décisives en Eredivisie) finit d’asseoir sa réputation bien au-delà des frontières néerlandaises. Notre Tintin footballeur, qui suit un plan de carrière désormais bien maîtrisé, pose ainsi ses valises à Naples. Ou comment passer de la Division 2 néerlandaise à la C1 en quatre ans…

Heureux à Naples
« Arriver dans un tel club, qui dispute la Ligue des champions, constitue une avancée significative pour moi, confie-t-il au moment de sa présentation. J’aurais pu signer dans une formation russe mais je ne pense pas que cela aurait été la meilleure option. Naples, c’est le choix du cœur et de la raison. Le coach, Rafael Benitez, me voulait vraiment. J’espère être digne de cette confiance et apporter ma pierre à l’édifice au sein de cette grande équipe. Il s’agit d’un changement radical dans ma vie. »
Le Diable rouge doit s’adapter, apprendre à connaître son nouvel environnement. Et faire face, aussi, à une féroce concurrence dans les couloirs offensifs. « Au début, avoue-t-il aujourd’hui, ce fut difficile, notamment à cause de la barrière de la langue. J’ai dû énormément travailler mais maintenant, je sens la confiance de tous. C’est merveilleux de jouer ici, les gens sont extraordinaires ! J’ai fait le bon choix en rejoignant Naples. »
La deuxième partie de saison est copieuse. Si les Partenopei ont quitté la Ligue des champions (éliminés au goal-average en phase de poules, malgré leurs… 12 points !), ils affrontent les meilleurs les yeux dans les yeux. Le Scudetto est hors de portée ? Cela n’enlève rien à la valeur du groupe et au niveau de l’équipe, qui a remporté la Coupe d’Italie en battant la Fiorentina 3-1 en finale. Dries pouvait tranquillement se projeter sur la Coupe du monde au Brésil. Aventure achevée en quarts de finale face à l’Argentine (0-1).
En sélection aussi, la concurrence est féroce. Comme les autres, il ne cesse de répéter à quel point l’arrivée de Marc Wilmots sur le banc a transformé le groupe. « Il rend l’équipe plus forte. Il a encore une âme de joueur avec une vraie mentalité de vainqueur. Il nous a transmis cette énergie positive. Tout le monde veut se battre pour l’autre. Je n’avais jamais ressenti une telle confiance en notre équipe nationale. » Quand il se retourne et regarde cinq ans en arrière, aurait-il imaginé, ne serait-ce qu’un court instant, atteindre un tel Everest ?

La grande famille
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le lutin napolitain apprécie les retrouvailles en équipe nationale. « On forme un vrai groupe d’amis et cela dépasse le foot. Moi, par exemple, je pars en vacances avec Nacer Chadli. Quand je vais à Londres, je rends visite à Jan Vertonghen, Moussa Dembélé ou Nacer (ndlr : tous les trois à Tottenham). Beaucoup de joueurs sont proches les uns des autres et je peux vous assurer que le premier jour des rassemblements en sélection, ça n’arrête pas de discuter. La langue n’a plus d’importance. C’est fini, l’époque des Flamands, d’un côté, et des Wallons de l’autre. »

Vu par… Marc Wilmots, sélectionneur de la Belgique
« C’est une pièce très importante dans mon puzzle. Il percute bien, il est vif, il voit juste et possède une sacrée force de pénétration malgré son gabarit. C’est aussi quelqu’un qui aime provoquer les duels et qui les gagne, généralement. Ce qui est encore mieux ! »

Profil
■ Né le 29 mars 1987 à Louvain (BEL)
■ Milieu
■ 1,69 m, 61 kg
■ International belge
Première sélection : le 9 février 2011, Belgique-Finlande 1-1
■ Roadbook : AGOVV Apeldoorn (P.-B., 2006-09), FC Utrecht (P.-B., 2009-11), PSV Eindhoven (P.-B., 2011-13), SSC Naples (ITA, depuis 2013)
■ Palmarès :
Vainqueur de la Coupe des Pays-Bas 2012 avec le PSV Eindhoven
Vainqueur de la Coupe d’Italie 2014 avec Naples

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