Étranger

Dossier Argentine (3) : River Plate, les poulets millionnaires

« El mas grande, lejos. » « De loin, le plus grand. » Telle est la devise, pas neutre, de River, le géant plein d’oseille du Nord de Buenos Aires. Quartier chic et club de choc.

Il suffit de déambuler dans le premier marché du dimanche matin à Buenos Aires, à l’angle de l’avenue Belgrano, pas très loin du quartier de la Boca, pour comprendre. On y trouve de tout et surtout des peaux de vache. Elles sont tellement énormes qu’elles ont été classées AA mais ce n’est pas de l’andouillette. On trouve du bleu et jaune, évidemment, du Boca sous toutes les coutures. Des faux produits officiels, des mugs mal peints, de tout. Mais on y voit aussi du rouge et blanc. En fait, même près de la Boca, ils ne sont jamais loin l’un de l’autre.
Là, tout en bas de l’avenue Belgrano mais loin, très loin du quartier du même nom, où s’établit la très chic colonie de River, il y a aussi le mug mal peint, rouge et blanc, l’écharpe, le maillot, le porte-clés. Il y a du CARP à chaque coin d’étal. Club Atlético River Plate. Nous sommes à des kilomètres de l’ambiance cosy des quartiers Nord qui ceinturent l’aéroport Jorge Newbery, réservé aux vols intérieurs et donc à une clientèle d’industriels la semaine. Ceux qui ont les moyens d’aller taper un 18 trous le week-end à Santa Fé ou Rosario.

Machine à gagner dans les années 40 et 90
Le musée de Boca retrace l’histoire du quartier, ses docks, ses immigrés, sa souffrance. Ici, à l’ombre du Monumental, le musée de River scintille, le rouge et le blanc sont laqués. Il ne faut pas s’essuyer les pieds avant d’y entrer mais le faire est très bien perçu. Question d’ambiance. Bienvenue à River. River Plate, le club porteno (des habitants de Buenos Aires). Benvenidos chez les « Millionarios ». On ne choisit pas ses surnoms. L’histoire les écrit. C’est au cours des années 30 que les supporters et la presse surnommèrent ainsi l’un des premiers gros clubs dépensiers pour l’époque, avec notamment l’achat de Bernabe Ferreyra.
Dans les seventies, quand l’Argentine a remporté sa première Coupe du monde au Monumental, River était aussi réputée l’équipe la plus chère du monde. Rien que ça. La fameuse bande rouge sur le maillot lui vaut aussi le copyright « Banda Roja ». Plus drôle – ou pas, selon que l’on préfère le rouge, le blanc, le bleu ou le jaune -, il y a « Las Gallinas » (Les Poulets). Après avoir mené 2-0 contre le Penarol Montevideo en Copa Libertadores, River s’était incliné 4-2. C’est là qu’il avait gagné ses galons de gallinacé emplumé…
Il y eut aussi « La Maquina », la machine à gagner des années 40 et des nineties. La « Banda Roja » s’était imposée en Copa Libertadores, Supercopa et avait remporté trois championnats consécutifs (ouverture 1996, clôture 1997, ouverture 1997). C’était déjà l’équipe de Ramon Diaz. En novembre à Tokyo, la Juventus Turin de Marcello Lippi et Alessandro Del Piero avait privé les Millionarios d’une seconde Coupe Intercontinentale (1-0). La Juve de Didier Deschamps, Zinédine Zidane, Alen Boksic et compagnie s’imposa face à Juan Pablo Sorin, Enzo Francescoli, Ariel Ortega, Julio Cruz, Marcelo Salas, Marcelo Gallardo et tant d’autres.

Les origines
Nous sommes en 1901. Les dirigeants de Santa Rosa et de Las Rosales, deux clubs de quartier, décident d’unir leurs forces et donc de fusionner, histoire de renforcer leur assise financière. Reste à choisir le nom du nouveau club. Pedro Martinez, dirigeant de Las Rosales, a vu inscrit le nom « River Plate » sur des caisses portées par les ouvriers sur le chantier de construction d’une nouvelle digue sur le port. Car il faut préciser, nous sommes… quartier de la Boca, près des docks. C’est là que naît River !
Vingt ans plus tard, le club déménage à Palermo. C’est à cette période qu’il acquiert son surnom, les « Millionarios ». A l’origine de ce nickname, la politique des dirigeants qui n’hésitent pas à payer (très) cher leurs recrues afin d’assouvir leurs ambitions, nées d’un premier titre de champion en 1920. Présidé à partir de 1933 par Antonio Vespucio Liberti, River devient l’un des plus gros clubs du pays. Convaincu que le club doit absolument devenir propriétaire de son stade pour poursuivre son développement, il convainc les autorités du pays de franchir le pas. River aura son stade à Belgrano, dans les quartiers chics, au Nord de la ville. Un truc monumental, paraît-il.

La fiche
Club Atlético River Plate
■ Fondation : 1901
■ Couleurs : Rouge et blanc
■ Siège : Avenida Presidente José Figueroa Alcorta 7597, Buenos Aires
■ Stade : Estadio Monumental Antonio Vespucio Liberti
■ Site Internet : www.cariverplate.com.ar
■ Président : Rodolfo d’Onofrio
■ Entraîneur : Ramon Diaz
■ Recordman de matches : Amadeo Carrizo (520)
■ Meilleur buteur du club : Angel Labruna (293)

Le palmarès
■ 1 Coupe Intercontinentale (1986)
■ 1 Supercoupe (1997)
■ 2 Copa Libertadores (1986 et 1996)
■ 33 championnats d’Argentine
14 championnats d’Argentine (1932, 1936, 1937, 1941, 1942, 1945, 1947, 1952, 1953, 1955, 1956, 1957, 1986, 1990)
10 tournois d’ouverture (1975, 1977, 1979, 1980, 1992, 1994, 1995, 1997, 1998, 2000)
9 tournois de clôture (1975, 1979, 1981, 1997, 2000, 2002, 2003, 2004, 2008)

Les grands noms
Pablo Aimar, Matias Almeyda, Roberto Ayala, Abel Balbo, Gabriel Batistuta, Esteban Cambiasso, Claudio Caniggia, Hernan Crespo, Alfredo Di Stefano, Ramon Diaz, Bernabe Ferreyra, Enzo Francescoli, Marcello Gallardo, Radamel Falcao, Lucho Gonzalez, Sergio Goycochea, Mario Kempes, Javier Mascherano, Ariel Ortega, Daniel Passarella, Marcelo Salas, Omar Sivori, Santiago Solari, Alberto Tarantini…

Les grandes heures
■ 25 mai 1901 – Fondation officielle du club
■ 25 mai 1938 – Inauguration du stade Monumental
■ 1957 – River remporte un nouveau titre de champion (le 5e des six dernières éditions). C’est la fin de la période dorée qui vaut à l’équipe le surnom de « La Maquina » (La Machine). S’ensuit une période de 18 ans sans titre.
■ 23 juin 1968 – Un mouvement de panique au Monumental, au terme d’un Superclasico River-Boca, crée « l’avalanche de la porte 12 » et provoque la mort de 71 spectateurs, en majorité des mineurs, écrasés ou asphyxiés contre la porte restée fermée. On compte plus de 150 blessés. Depuis ce funeste solstice d’hiver, qui reste l’une des plus grosses catastrophes de la planète foot, les portes du Monumental ne sont plus nommées par des chiffres mais par des lettres.
■ 26 juin 1996 – Grâce à Hernan Crespo, auteur d’un doublé, River remporte sa deuxième Copa Libertadores.
■ 26 juin 2011 – Quinze ans jour pour jour après sa seconde Libertadores, le club est relégué en D2 argentine pour la première fois de son histoire. Grâce à un doublé de David Trezeguet, les Millionarios remonteront dès la saison suivante.

Le Top 10 mondial des clubs avec le plus de socios
L’agence Euromericas Sport Marketing a recensé les plus gros contingents de socios de la planète foot. Nos deux monstres argentins font partie du Top 10.
■ 1. FC Barcelone (ESP), 222 908
■ 2. Benfica (POR), 197 877
■ 3. Manchester United (ANG), 189 432
■ 4. Bayern Munich (ALL), 156 556
■ 5. RIVER PLATE (ARG), 123 665
■ 6. Internacional Porto Alegre (BRE), 121 345
■ 7. Corinthians (BRE), 119 212
■ 8. Real Madrid (ESP), 107 564
■ 9. Flamengo (BRE), 105 878
■ 10. BOCA JUNIORS (ARG), 102 070

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