Étranger

Dossier Argentine (2) : Boca Juniors, la boîte de chocolats

« La mitad mas uno ». Bienvenue au cœur du plus populaire des clubs d’Argentine. La Boca, les fondateurs, immigrés génois, et le plus gros palmarès du foot mondial (ex aequo avec le Milan AC). Surtout, celui qui fédère le plus. Enfin, « la moitié plus un ». C’est eux qui le disent.

Il faut se rendre à l’angle de la calle Brandsen et de la calle Del Crucero. Et là, comme à chaque angle, ça peut surprendre. D’un coup, le monde change de couleurs. Tout bleu, tout jaune. Des taules en kit, bleues et jaunes. Des tôles ondulées qui font office de boutiques, bleues et jaunes. Les bars attenants. L’autographe vieilli et presque illisible d’un certain Diego est certifié authentique. Bleus et jaunes. Bienvenue au cœur de la Boca. Face à la Bombonera. A la croisée des styles entre le vieux Mestalla à Valence et le pas tout jeune San Siro à Milan mais avec un petit supplément d’âme – c’est dire. La Bonbonnière se pose là. Bleue et jaune, forcément. CABJ. Et ce n’est pas Bourgoin-Jallieu.
Elle est donc là, cette fameuse boîte de chocolats qui gigote, vibre et ferait même trembler les murs les jours de match. Et puis quoi encore ? « Si, je vous assure, c’est vrai que ça tremble », affirme Carlos Bianchi dans le long entretien qu’il nous a accordé (à lire bientôt sur Star Story). Carlos n’est pas un menteur. Une étude menée par Nike, l’équipementier du club, a montré que l’Estadio Alberto Armando – hommage au président des années 60-70 qui avait développé le projet d’un complexe gigantesque, une ciudad deportiva de 140 000 places, avant de renoncer faute de moyens financiers -, la Bombonera, pouvait, lorsqu’elle était pleine comme une cocotte, se révéler aussi puissante qu’un tremblement de terre ! Un sismologue a installé des capteurs sous une tribune un jour de match. Résultat ? Quand Boca a marqué, les vibrations générées furent équivalentes à un séisme de magnitude 6,4 sur l’échelle de Richter… Une étude sérieuse pour un club hors normes.

110 000 socios pour… 53 000 places
Ayant accédé à la Première division en 1913, les Xeneises ont entamé cette saison leur deuxième siècle parmi l’élite. Boca est le seul club d’Argentine à n’avoir jamais connu la relégation puisque Independiente (en 2013) et surtout River (en 2011), le rival éternel, se sont cassé la figure. Le Barça se dit « plus qu’un club » ? Que dire quand on entre dans l’antre de Boca ? « Nous avons environ 110 000 socios, explique Marco Paccini, le directeur marketing, et il y a seulement 53 000 places au stade. Pour venir à la Bombonera, la liste d’attente est longue. Il faut qu’un membre notifie son absence sur le site et la libère pour un autre membre en attente. C’est le seul moyen d’y aller, toutes les places sont réservées à l’année. »
Une ferveur unique. Et des clins d’œil comme nulle part ailleurs. A la Bombonera, Coca-Cola, l’un des principaux sponsors de Boca, s’affiche en bleu et jaune dans le stade ! Moins fun mais tout aussi révélateur, le club a ouvert un cimetière. Des fans jetaient les cendres de supporters décédés sur la pelouse, dans des sacs plastiques, pendant les matches ! Désormais, le socio de Boca commande son cercueil spécialement drapé CABJ. Intérieur tissu bleu et jaune, forcément !
On a demandé à Juan Roman Riquelme comment il vivait le fait d’être l’idole ultime de ce club. « Jouer avec le maillot de Boca est quelque d’incroyable. Au moins aussi important pour moi que de porter le maillot de la sélection. Quand j’étais petit, mon rêve était simplement de disputer ne serait-ce qu’un match à la Bombonera avec le maillot de Boca sur le dos. Après toutes ces années, les gens ont décidé de me dresser une statue. Le jour où ils me l’ont montrée, c’était sans doute le plus beau de ma vie en tant que joueur de Boca. Savoir que je vais rester dans l’histoire du club, c’est quelque chose de fou. » C’est ça, c’est le mot. Boca, c’est « fou ».

Les origines
Nous sommes en 1905. Quartier de la Boca, point de rendez-vous des immigrés italiens. Ceux-là sont génois. D’où le surnom des Xeneizes (les Génois, d’après le nom ligurien des habitants de la ville de Gênes). Ils s’appellent Esteban Bagietto, Santiago Sana, Juan et Teodoro Farenga. C’est une bande de potes, migrants italiens. Voilà les pères fondateurs d’une association qui deviendra une institution puis l’un des plus gros clubs du monde. Son nom ? Boca Juniors. La seconde entité était là pour apporter une touche anglaise au nom et donc un peu de prestige. Car au début du XXe siècle, le quartier de Boca n’est pas le plus reluisant de Buenos Aires. D’abord rose, le maillot se pare de blanc et de bleu. Les couleurs ne font toujours pas l’unanimité. Aussi, il est décidé, dans une sorte de « cap’-pas cap’ », de miser sur le prochain navire qui entrera dans les eaux du port de la Boca. Il bat pavillon suédois… Et voilà comment Boca a pris les couleurs jaunes et bleues. Un tableau retraçant la scène trône dans un hall, en plein cœur de la Bombonera (photo).

La fiche
Club Atlético Boca Juniors
■ Fondation : 1905
■ Couleurs : bleu et jaune
■ Siège : Brandsen 805, Buenos Aires
■ Stade : La Bombonera (49 000 places)
■ Site Internet : www.bocajuniors.com.ar
■ Président : Daniel Angelici
■ Entraîneur : Carlos Bianchi
■ Recordman de matches : Roberto Mouzo (426)
■ Meilleur buteur du club : Martin Palermo (236)

Le palmarès
■ 3 Coupes Intercontinentales (1977, 2000, 2003)
■ 1 Supercopa (1989)
■ 6 Copa Libertadores (1977, 1978, 2000, 2001, 2003, 2007)
■ 4 Recopa (1989, 2005, 2006, 2008)
■ 2 Copa Sudamericana (2004, 2005)
■ 25 championnats d’Argentine
10 championnats d’Argentine (1931, 1934, 1935, 1940, 1943, 1944, 1954, 1962, 1964, 1965)
3 tournois Nacional (1969, 1970, 1976)
2 tournois Métropolitain (1976, 1981)
7 tournois d’ouverture (1992, 1998, 2000, 2003, 2005, 2008, 2011)
3 tournois de clôture (1991, 1999, 2006)
■ 2 Coupes d’Argentine (1969, 2012)

Les grands noms
Francisco Varallo, Mario Boyé, Angel Clemente Rojas, Antonio Roma, Alfredo Rojas, Antonio Rattin, Silvio Marzolini, Vicente Pernia, Roberto Mouzo, Hugo Gatti, Diego Maradona (notre photo, à l’intérieur du musée), Gabriel Batistuta, Claudio Canniggia, Jose-Luis Brown, Martin Palermo, Guillermo Barros Schelotto, Juan Roman Riquelme, Carlos Tevez.

Les grandes heures
■ 1919 – Le foot argentin se divise en cours de saison. Certains clubs, parmi lesquels le Racing et River Plate, créent une fédération dissidente. Le championnat AFA repart à six équipes. Largement au-dessus du lot, Boca obtient son premier titre puis un second la saison suivante.
■ 1924 – Après plusieurs déménagements (Darséna Sud en 1907, Isla Demarchi en 1912, Wilde en 1914, Brins et Sengüel en 1916), le club prend ses quartiers à Brandsen, en plein cœur de Boca. Il n’en bougera plus. C’est là que sortira de terre, plus tard, la Bombonera.
■ 25 mai 1940 – Inauguration officielle du nouveau stade. Trois tribunes à deux étages, ouvertes vers le ciel. Un troisième niveau sera ajouté en même temps que l’éclairage électrique, en 1953. La quatrième tribune est littéralement coincée entre la bande de touche et la rue. Carrément verticale, elle ne sera achevée qu’en… 1996. Elle est en grande partie réservée aux loges et aux balcons.
■ 2008 – Juan-Roman Riquelme revient au club. Déjà au cœur des succès xeneises entre 1996 et 2002, l’ex-meneur du Barça et de Villarreal devient officiellement l’idole n°1 des supporters devant Diego Maradona, Guillermo Barros Schelotto, Martin Palermo et Carlos Tevez.

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