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Donald Williams, on ne vit qu’une fois

Le shooting guard Donald Williams connut son heure de gloire en offrant le titre NCAA 1993 à North Carolina avec 25 points en demi-finales contre Kentucky et autant en finale contre le « Fab Five » de Michigan. Comme Michael Jordan, il fut couronné dans sa deuxième année chez les Tar Heels. Mais lui ne vit jamais la couleur d’un parquet NBA…

Printemps 1993. La nouvelle « shooting star » américaine se nomme Donald Williams. L’homme qui a fixé le nouveau standard d’adresse et de régularité. Le MVP du Final Four NCAA 1993. Donald vient de la même fac que Michael Jordan, North Carolina. Il possède son style aérien. La même adresse. Au petit jeu des comparaisons, rien ne manque.
Au Louisiana Superdome de New Orleans, Williams a offert aux Tar Heels leur troisième titre universitaire. Onze ans après le second. Remember 1982. North Carolina-Georgetown (63-62). Michael Jordan, ses 19 printemps et son panier décisif. Certains diront qu’une star nacquit ce soir-là. Dans le cas de Williams, c’est peut-être aussi simple qu’une destinée toute tracée.
A North Carolina, les apprentis attendent leur tour. Tous les freshmen sensationnels, de Bob McAdoo à Michael Jordan, ont passé leur première année à porter le sac de ballons, s’assoir sur le banc et passer le plus clair de leur temps à regarder jouer les autres. C’est la « Carolina’s way of life ». Une règle de vie mise en place par Dean Smith, la légende du coaching. A North Carolina, l’équipe passe avant l’individu et l’ancienneté est respectée.
L’histoire retiendra que Dean Smith fut le seul homme sur Terre à limiter Michael Jordan à moins de 20 points sur une saison… Preuve du bien-fondé de la méthode, les joueurs formés par Smith ont souvent brillé en passant au niveau professionnel. Les exemples ne manquent pas : Jordan, donc, mais aussi James Worthy, Sam Perkins, Brad Daugherty, Bob McAdoo, J.R. Reid, Kenny Smith…
Si l’histoire se vérifie, Williams atteindra une nouvelle dimension. Et un futur radieux s’offrira à lui. Comme « MJ », Donald a grandi en Caroline du Nord. Comme Jordan, il a remporté le titre NCAA à La Nouvelle Orléans et dans son année sophomore. A 20 ans, Williams a totalement survolé ce Final Four 1993. Cinquante points en deux matches – 25 + 25 – avec un extraordinaire 10/14 à 3 points ! Avant de faire plier Michigan, les Tar Heels s’étaient offert Kentucky (78-68). Les chiffres de Williams furent identiques à chaque rencontre : 25 points marqués avec 5 paniers derrière la ligne des 6,15 m.

Un gros bosseur comme son routier de papa
L’image choc de la finale fut assurément celle de Chris Webber (Michigan) demandant un temps mort auquel son équipe n’avait plus droit mais la victoire des Bleus Ciel doit beaucoup au calme et à la sérénité de Williams dans le chaos de ce week-end infernal. A chaque fois que Michigan revenait dans la course, Donald lui préparait une surprise. Notamment dans l’emballage final. Douze des 19 derniers points de UNC vinrent de son poignet magique ! Score final : 77-71. Williams fit capituler les Wolverines à lui seul ou presque.
« Je ne sais pas quoi dire, c’est une sensation géante. Je ne peux la décrire », expliqua Donald à l’issue de la rencontre. Avec une pensée pour l’adversaire malheureux : « Je suis un peu désolé pour Chris (Webber). C’est un grand joueur et il a fait un super match. Mais il fallait un vainqueur… C’est le genre de match qu’on voudrait ne pas voir finir. Quant à ma prestation, je la dois à la confiance de mes partenaires. Dans ces conditions, tout devient facile. »
Sur les six rencontres du tournoi final NCAA, « Don » a fait plus qu’élever son jeu. Il a tourné à plus de 19 points de moyenne – cinq de plus que pendant la saison régulière – et endossé une grosse partie des responsabilités extérieures suite à la blessure du meneur Derrick Phelps. A North Carolina, les joueurs suivent un code particulier. Quand ils sont cuits, ils le signalent au coach en montrant un poing fermé, indiquant qu’ils souhaitent regagner le banc. Et pendant la finale, Donald a fermé le poing plusieurs fois.
« Le match était tellement intense que j’ai demandé à sortir pour m’économiser. Je savais que j’avais besoin de jambes fraîches dans la dernière partie de la rencontre. Ensuite, le coach m’a donné toutes les libertés, voyant que j’étais chaud… »
Qui est ce Donald Williams, au juste ? On sait qu’il est le fils unique de Donald Sr et de Joan et qu’il a grandi à Garner (Caroline du Nord). Son père fut basketteur au lycée et brilla ensuite dans les compétitions amateurs locales. Donald Jr traînait toujours avec papa. Et son propre ballon de basket. Il a caressé la balle orange toute sa vie.
« Je vois beaucoup de jeunes dotés d’autant des mêmes qualités que Donald mais beaucoup passent à la trappe. Ils prennent la grosse tête et leur progression s’arrête là, expliquait Eddie Gray, coach de la Garner High School. Donald, lui, a toujours travaillé comme un dingue, sans se prendre au sérieux. Il arrivait à l’entraînement avant ses potes et partait après tout le monde. En plus, il devait s’accrocher au niveau scolaire. On ne voit pas des gamins comme ça tout le temps. »
Le côté bosseur de Donald lui vient de son père, routier. Durant son temps, Daddy emmenait le fiston sur les playgrounds. Papa appréciait le talent de son rejeton. Sans lui en faire part. « Il m’a impressionné plusieurs fois mais je ne le lui ai jamais dit. Au contraire, je lui répétais de travailler encore et encore. »
Et Williams n’a jamais arrêté. Meilleur lycéen de Caroline du Nord en 1991, il choisit, sur les conseils de ses parents, UNC. « Dean Smith ne m’a rien garanti, si ce n’est qu’il ferait de moi un joueur meilleur. Nous étions impressionnés par la manière dont il s’occupait de ses joueurs sur le terrain et en dehors. Je ne regrette pas mon choix. »
Si Donald a un peu souffert dans sa saison freshman, il savait que son heure viendrait. Elle est venue. Et quel moment ! Mais bien souvent, malheureusement, « heure de gloire » rime avec « gloire éphémère »… Un titre NCAA est bien tout ce que Donald avait en commun avec « MJ ». Williams ne joua jamais en NBA. Arrivé au bout de son cursus universitaire, il mit les voiles. Evolua un peu partout en Europe et s’en alla décrocher un titre de champion des Philippines en 1998. Egalement vu en Républicaine Dominicaine, il retourna vivre en Caroline du Nord. Il embrassa une carrière de coach en devenant l’assistant d’une équipe féminine d’une école de Raleigh.

C.L. SMITH-MUNIZ / MONDIAL BASKET

3287323-4711248

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