Basket

Dominique Wilkins, la machine à dunker

Considéré comme l’un des meilleurs dunkeurs de tous les temps, Dominique Wilkins a fait le show pendant 11 ans et demi à Atlanta. Smasheur archi-spectaculaire et scoreur prolifique, il accumula les récompenses individuelles – deux victoires dans le concours de dunks, créé en 1984 – mais ne put emmener les Hawks au-delà des demi-finales de Conférence Est.

En NBA, il y eut l’avant-Jordan et l’après-Jordan. Dominique restera comme le meilleur marqueur de la saison 1985-86 (30.3 pts), à 26 ans, dans sa quatrième saison chez les Hawks. « Sa Majesté » reprit le flambeau et termina sept fois de suite top scoreur de la Ligue, jusqu’à sa première retraite en 1993. Wilkins joua les Raymond Poulidor derrière l’inaccessible étoile. Le même Michael Jordan qu’il affronta deux fois en finale du Slam Dunk Contest (vainqueur en 1985, battu en 88). Né en France, contrairement à son frère Gerald qui porta le maillot des Knicks, des Cavaliers, des Grizzlies et du Magic, « Nique » fut, tout au long de la décennie 80 et au début des années 90, « LA » figure emblématique des Hawks d’Atlanta. Tous les ans ou presque, il posta de nouveaux records pour une franchise en mal de succès.
C’est à Paris que Jacques Dominique Wilkins voit le jour en janvier 1960. Pourquoi la capitale ? Papa, officier de l’US Air Force, est amené à voyager souvent. A 15 ans, « Nique » a déjà vécu dans trois pays différents et déménagé neuf fois. Pendant toute son adolescence, Dominique entend parler « confiance en soi, persévérance, discipline, bonnes manières, foi et famille ». Au lycée, en Caroline du Nord, c’est un crack au basket mais aussi en athlétisme (sept fois All-America).
Drafté par Utah en 3e position de la draft 1982 au sortir de l’université de Georgia, où il a été retenu trois fois dans la meilleure équipe de la Conférence Southeastern, il refuse d’évoluer chez les mormons et provoque son transfert en Géorgie. En lâchant John Drew, Freeman Williams et du cash, les Hawks réalisent, sans le savoir, le transfert de la décennie. Le deal conclu par le Jazz restera comme l’un des trades les plus pourris de tous les temps.

« Pas de ballon à moins d’un mètre du panier »
Rien ne pouvait laisser prévoir que ce dunkeur fou formé à 100 km d’Atlanta et qui termina meilleur scoreur de l’histoire de sa fac allait devenir le showman prodigieux et leader incontesté d’une franchise championne de sa division en 1980 après 19 ans de disette. Wilkins quitte l’université avec une moyenne de 21.6 points et 7.5 rebonds sur 3 ans. Dès sa saison rookie chez les pros, il s’affiche à 17.5 points. A partir de 1984 et jusqu’à son départ chez les Clippers, il ne descendra jamais sous les 24.4.
Mais la vie ne fut pas toujours rose… Doc Rivers, qui fit une bonne partie de sa carrière à Atlanta, se souvient des consignes de l’ancien coach des Hawks Mike Fratello : « Tu ne donnes le ballon à Dominique que s’il est à 1 mètre du panier… »
Le natif de Paris passa des heures et des heures dans la salle d’entraînement à travailler son jump shot, acquérir un dribble et même faire des passes. « Je me suis toujours forcé à ressortir de la raquette et à tenter le même type de tir. Je me suis entraîné sans relâche. Et ça a fini par payer. »
En février 1985, lors du All-Star week-end d’Indianapolis, « Nique » remporte le concours de dunks en battant Michael Jordan 147-136 en finale. Il est dans sa troisième saison chez les pros. La première est la seule où il s’afficha sous la barre des 20 unités. Wilkins a progressivement fait son trou en NBA, dans un collectif hésitant. A Atlanta, tout est basé sur l’exploit individuel. Dominique n’a pas la chance d’avoir un Scottie Pippen ou un James Worthy à ses côtés. Chez les Hawks, il n’y a guère que le fantasque rebondeur Kevin Willis pour prendre, par moments, le relais.

Duel d’anthologie contre Larry Bird en 1988
Wilkins disputera huit fois les playoffs avec Atlanta. Trois fois seulement, en 1986, 87 et 88, l’équipe passera le premier tour. Triple échec en demi-finales de Conférence contre Boston (deux fois) et Detroit pour le trio Rivers-Wilkins-Willis. En 1989, avec un Moses Malone à 21 points et 12 rebonds par match, Atlanta disparaît à nouveau prématurément (3-2 contre Milwaukee au 1er tour). Il faut dire que Kevin Willis a loupé la totalité de la saison à cause d’un pied fracturé. L’année suivante, Doc Rivers est limité à 48 matches. La franchise de Géorgie loupe les playoffs.
En dépit d’échecs répétés, tous les fans de l’Omni Coliseum d’Atlanta adorent « Do ». Dans tous les Etats-Unis, Wilkins est la seule raison d’aller voir jouer les Hawks. Scoreur impitoyable, celui que l’on surnomme « The Human Highlight Film » est un spectacle à lui seul. Ses dunks ont été repris dans toutes les bandes annonces de la NBA et sans la présence de Michael Jordan, il serait peut-être devenu l’ambassadeur n°1 du basket américain. Encore aurait-il fallu muscler et étoffer son jeu. Moins complet qu’un « M.J. » ou qu’un Charles Barkley, Dominique n’acquit jamais leur statut. Il demeura la scoring machine d’une équipe de deuxième catégorie. Un véritable glouton des chiffres toujours prêt pour l’exploit individuel, le dunk ou le lay-up. Et surtout le record.
Durant le 1er tour de playoffs contre Detroit en 1986, il inscrit 50 points. Lors du All-Star Game de 1988 à Chicago, sur les terres de Mike, il plante 29 points en 30 minutes. Dans les playoffs suivants, le n°21 des Hawks tourne à 31.2 points. La demi-finale de Conférence Est 1988 contre les Celtics accouche d’un duel d’anthologie : dans le quatrième quart-temps du Game 7, Larry Bird et Dominique Wilkins se rendent coup pour coup, panier pour panier mais c’est Boston qui avance jusqu’à la finale de Conf’ (118-116). Dom termine avec 47 points, Larry avec 34 dont 20 dans les 12 dernières minutes.
« Je ne pouvais rien rater. ll ne pouvait rien rater. Et ç’a duré jusqu’au dernier tir. C’est le plus grand match que j’aie jamais joué ou vu jouer », dira Wilkins.

Le n°1 à l’Est trade son meilleur scoreur en cours de saison
Quatre fois de suite dans les années 80, les Aigles atteignirent les 50 victoires en saison régulière. Epargné par les blessures (jamais moins de 78 matches), le double vainqueur du concours de dunks – également battu en finale par son coéquipier Spud Webb, en 1986 – a bien cru que sa carrière allait s’achever le 28 janvier 1992, le jour de l’annonce de sa septième sélection All-Star. Six minutes et 28 secondes de jeu dans le second quart-temps du match contre Philadephie, à l’Omni. Wilkins s’écroule. Rupture du tendon d’Achille. Saison finie. Avec 52 points contre les Knicks en double prolongation et plus de 28 pions de moyenne, elle avait plutôt bien débuté…

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Peu de temps avant la blessure, Wilkins avait établi un record NBA en réussissant 23 lancers sans un échec contre Chicago. Neuf mois plus tard, il reviendra encore plus fort, en modifiant un peu son style. Il peut maintenant shooter extérieur et se montre très fiable dans le périmitère. Lors du match inaugural de l’exercice 1992-93 face aux Knicks, il atteint les 20 000 points en carrière. Il plante 120 « treys » dans l’année, « career high ». Avec 794 matches chez les Hawks, il dépasse également le légendaire Bob Pettit, double MVP de la Ligue et champion en 1958 pour ce qui reste le seul titre de la franchise. Désigné « Come-back player of the year », Dominique devient meilleur scoreur de l’histoire des Hawks courant février contre Seattle.
Wilkins ne voulait qu’une seule chose. Remporter le titre NBA. Son vœu ne sera jamais exaucé. En février 1994, à 33 ans, il abandonne définitivement sa mythique tunique jaune et rouge frappée du 21. Transféré chez les Clippers contre Danny Manning après 11 ans et demi à Atlanta, il se classe meilleur marqueur de la deuxième équipe de Los Angeles (29.1 pts). Pour son premier match en Géorgie avec les Clippers, l’Omni fit – exceptionnellement – le plein, histoire de rendre un ultime hommage au joueur ayant le plus marqué la franchise. Atlanta ne retrouvera pas de sitôt un tel phénomène. Crédité de 36 points et 10 rebonds ce soir-là, Wilkins figure, chez les Hawks, dans le Top 10 de huit catégories statistiques différentes… Encore aujourd’hui, on peut se demander pourquoi le n°1 de la Conférence Est (36-16) transféra son meilleur scoreur (24.4 pts) après la coupure hivernale, ce qui ne s’est jamais reproduit depuis. Lenny Wilkens et son staff croyaient beaucoup en Danny Manning. L’équipe s’inclina 4-2 en demi-finales de Conférence contre Indiana. Le joueur fila à Phoenix en septembre…

Champion d’Europe à Paris avec le Pana
Au cours de cet été 1994, Dominique retourne à l’Est : il s’engage contre free-agent à Boston, où il prend le n°12. Au Canada, il devient champion du monde avec la Dream Team II. A 34 ans et pour la première fois depuis sa saison rookie, l’ailier neuf fois All-Star va retomber sous la barre des 20 points (17.8). Avec Dee Brown et Dino Radja, il se fait manger tout cru au 1er tour des playoffs par Orlando.
Wilkins n’est pas heureux dans une équipe en reconstruction. Il traverse l’Atlantique et s’en va gagner le titre européen et la Coupe de Grèce avec le Panathinaïkos. Le Final Four a lieu cette année-là à… Paris. Wilkins plante 35 points en demi-finales contre le CSKA et 16 en finale contre Barcelone. Le MVP du tournoi retourne en NBA – 63 matches avec les Spurs -, revient en Europe (Fortitudo Bologne) et boucle sa carrière à 38 ans dans les rangs du Magic d’Orlando, battu 3-1 par Philadelphie au 1er tour des playoffs 1999. Son frère cadet évoluait également sous les couleurs du Magic. Tous deux furent remerciés l’été suivant.
Onzième meilleur marqueur de tous les temps (26 668 pts), Dominique intègre le front office des Hawks en octobre 2000. Il en devient le vice-président. L’an passé, il a ouvert la D.M. Basketball Academy avec une société spécialisée dans le fitness. L’oncle de Damien épousa Nicole Berry en septembre 1992 et fit son entrée au Hall of Fame en 2006. Sa carrière NBA lui a rapporté 20 M$.
Stan Kasten, qui l’avait fait venir en Géorgie en tant que GM avant de prendre la présidence du club, déclara : « Il y a eu des moments où j’étais complètement dingue de Dominique et des moments où il m’a terriblement frustré mais je l’ai toujours aimé. C’est le genre de garçon pour lequel vous éprouverez toujours beaucoup d’affection. »
Athlète phénoménal, dunkeur acrobatique, scoreur prodigieux, Wilkins fut l’un des basketteurs les plus spectaculaires jamais vus sur un parquet américain. Il s’adjugea les deux concours de smashes avec sa spéciale : un windmill à une ou deux mains surpuissant. Son maillot a été retiré par les Hawks en janvier 2001.

Dominique Wilkins ID
Age : 51 ans
2,03 m, 104 kg
Draft : 3e choix par Utah en 1982
Equipes : Atlanta (1982-94), L.A. Clippers (1994), Boston (1994-95), San Antonio (1996-97), Orlando (1998-99)
Moyenne : 24.8 pts, 6.7 rbds, 2.5 pds

Palmarès
9 fois All-Star
Meilleur marqueur 1986
1 fois All-NBA First Team
4 fois All-NBA Second Team
2 fois All-NBA Third Team
All-Rookie Team
2 fois vainqueur du concours de dunks
Champion d’Europe 1996
MVP de l’Euroleague 1996
Coupe de Grèce 1996
Champion du monde 1994

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