Équipe de France

Dimitri Payet, retour d’enfer

Le Réunionnais semblait trop en retard pour s’engouffrer dans le train bleu pour l’Euro, il a finalement attrapé le dernier wagon. Et de quelle manière !

Dans la course à l’Euro, il est l’un de ceux qui partaient du plus loin. Il y a quelques mois à peine, imaginer que Dimitri Payet ferait partie de la liste des 23 de Didier Deschamps pour le grand raout de l’été, c’était un peu comme parier sur le sacre de Leicester dans le championnat d’Angleterre. Du hautement improbable.
Il faut dire que la carrière en bleu du Réunionnais a été plutôt cabossée depuis ses débuts sous le règne de Laurent Blanc, qui l’avait lancé avant de le laisser sur le côté de la route. Alors qu’il avait été remis en selle avec l’arrivée de « DD » aux manettes, ses prestations n’avaient pas davantage ébloui les foules, ni le sélectionneur. Quinze sélections au total. Mais on n’a jamais eu l’impression que ce maillot transcendait le joueur formé à Nantes ou, du moins, qu’il était capable de se fondre dans le moule pour reproduire en équipe de France ce qu’il réalisait en club. Trop haute, la marche ?
La quinzième et dernière cape – avant celles de ce printemps, donc – aurait même pu résonner comme un clap de fin. C’était en juin dernier en Albanie (défaite 1-0) et le staff tricolore s’était agacé, ce n’est pas peu dire, de la désinvolture et de l’investissement, jugé minimaliste, du bonhomme, qui sortait pourtant d’une saison réussie avec l’OM de Marcelo Bielsa.
C’est encore plus fort qu’il a démarré l’exercice actuel sous son tout nouveau maillot, siglé West Ham. Son adaptation ultra-rapide à la Premier League et ses performances high-tech l’ont vite promu au rang de chouchou d’Upton Park. « Il s’agit du meilleur joueur que j’aie engagé en 25 ans, se délectait le président David Sullivan. Il a la classe mondiale. »
La classe mondiale, peut-être, mais pas le niveau international aux yeux de Deschamps, qui ne le retient pas pour les trois stages de septembre, octobre et novembre. Et là, au cœur de l’automne, Payet craque. Dans « L’Equipe », il confie ses frustrations  : « Avec les Bleus, j’ai l’impression que c’est plus dur pour certains que pour d’autres. La sélection, si c’est pour me rendre malheureux, je n’en veux pas. Depuis un an, j’évolue au meilleur niveau de ma carrière et je trouve injuste de ne pas être appelé. » Une saillie qui semble définitivement sceller son sort.
Vraiment ? Erreur. D’abord parce que Dimitri, en dépit d’une lésion à la cheville qui l’a laissé quelque temps sur le flanc, a continué son numéro chez les Hammers, avec des buts – sur coup franc ou dans le jeu – et des passes décisives à la pelle. Ensuite parce qu’il a compris qu’il était bon, même si ce n’est pas bon, de mettre un peu d’eau dans son vin. Changement de ton. « J’ai raté une Coupe du monde, je sais ce que c’est. Bien sûr que l’Euro est dans un coin de ma tête mais je n’ai pas d’esprit de revanche. Il y a un groupe qui existe et auquel je n’appartiens pas. C’est comme ça, il faut vivre avec. On doit respecter les choix du sélectionneur, c’est lui le patron. »
Et le boss, pas rancunier, a décidé de rappeler la brebis un moment égarée pour les rendez-vous de mars. Il ne l’a pas regretté. Contre le Danemark, le « Frenchie » de West Ham a carrément tiré les Bleus vers le haut. Meilleur joueur sur le terrain, d’abord positionné à gauche puis à droite et enfin en meneur, il a rendu une copie presque parfaite. Qui a fini de convaincre Didier Deschamps. « Il a toujours eu cette qualité technique, sur les coups de pied arrêtés aussi, détaillait le sélectionneur. De toute façon, je ne l’ai pas appelé dans le groupe pour lui dire : « Viens et tu verras si je te prends à l’Euro. » Je pense qu’il peut apporter quelque chose. Il évolue dans un registre bien particulier et il est capable de faire jouer les autres. En maintenant ce niveau et au vu de ce qu’il a réalisé, la question ne se pose plus à son sujet. »
Pour bien enfoncer le clou, quatre jours plus tard, Dimitri la Dynamite, à peine entré en jeu contre la Russie, a planté un amour de coup franc de trente bons mètres. Quel retour d’enfer !

PROFIL
Attaquant gauche ou meneur de jeu
Né le 29 mars 1987 à Saint-Pierre de la Réunion
29 ans
1,75 m, 77 kg
Club : West Ham (Angleterre)

VISA
17 sélections, 2 buts
Première sélection : le 9 octobre 2010 à Saint-Denis, France-Roumanie 2-0 (qualifications pour l’Euro 2012)
Sélectionneur : Laurent Blanc
Expérience à l’Euro : 0 match
SA SAISON INTERNATIONALE 2015-16 : 2 matches, 118 minutes jouées, 1 but, 1 passe décisive
SITUATION PERSONNELLE
Arrivé l’été dernier à West Ham avec un contrat de cinq ans à la clé, pour un transfert estimé à 15 M€, Dimitri Payet a prolongé son bail d’une saison supplémentaire au mois de février. Le voilà donc lié aux Hammers jusqu’en 2021. Et l’ancien Marseillais d’affirmer : « Je ne pensais pas m’adapter si vite et si bien. Je me sens très bien ici et je veux y rester. Tout est réuni pour faire de West Ham un gros club. » Maintenant, si un cador (les deux Manchester, le Paris SG, voire le Barça) met quelque 45 millions d’euros sur la table – la somme qui circule à son sujet -, toutes ces belles paroles pourraient voler en éclats.

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