Équipe de France

Didier Gadou, l’Elan du cœur

Didier Gadou, c’était un look de jeune premier et un basket de vieux renard. Le Dacquois mit sa combativité et sa loyauté au service de Pau-Orthez où il passa 20 ans comme joueur avant de coacher l’équipe puis d’en prendre la présidence. Il est impliqué dans 28 des 29 titres conquis par l’Elan dans son histoire…

« Je suis rentré à 2 minutes de la fin. J’ai tiré quatre fois au panier, sans réussite. Je cherchais à inscrire mon nom sur les tablettes de cette mémorable soirée. » Sacrée soirée ! Ce soir de 1984, Orthez grave son nom sur le livre d’or européen. Pour cette finale de Coupe Korac, la première du club (Limoges a enlevé les deux précédenges éditions contre Sibenik), les Béarnais ont quitté leur fief de la Moutète pour un festin parisien face à l’Etoile Rouge de Belgrade (97-73). A 18 ans, dans une salle Pierre-de-Coubertin en délire, l’essentiel, pour Didier Gadou, est de participer activement au bonheur des siens.
Son histoire débute comme un conte de fées. En une saison, il passe de l’anonymat du championnat excellence départemental des Landes à une finale européenne. La joie est immense, le choix définitif. Didier veut désormais être basketteur. « J’ai découvert la balle orange à l’âge de 8 ans. J’allais à l’école à Vieux-Boucau. A l’époque, j’étais attiré par la pelote basque, la pala, l’athlétisme, les concours de pétanque. »
L’arrivée d’un instituteur va bouleverser ses habitudes. Marc Dariné joue au découvreur de sensations nouvelles sur la côte basque. Il veut implanter le basket. Dans la cour de récréation, Didier va goûter aux saveur de la balle orange en compagnie de son frère aîné Alain. La tradition familiale se brise net. « Mon père était un ancien rugbyman. Personne dans la famille ne jouait au basket. Ici, c’était évidemment le royaume de l’ovalie. »
Sportif de corps et d’âme, le père va encourager le fils prodigue. « Il m’a toujours soutenu », confirme Didier. Un papa couvreur pour un fils qui grandit comme un pin des Landes. « Je faisais une tête de plus que tous mes camarades. Chaque fois, je devais faire face à des moqueries sur ma taille (ndlr : il atteignit 2,03 m). Je ne voulais plus sortir. Alors mon père s’est attaché à me montrer que l’on pouvait être grand et quelqu’un dans la vie. Il nous a emmenés, mon frère et moi, à la Moutète voir l’équipe de basket d’Orthez. »
Premier choc. Déclic instantané. « J’étais stupéfait de voir Mathieu Bisséni, le prince de la Moutète. Haut, costaud, adulé. Là, je suis devenu fier d’être grand. »
La star du basket local est un Gascon noir venu d’Afrique. Un sommet de plus dans la chaîne des Pyrénées. Au quotidien, Didier mène une vie de rêve dans un paysage idyllique. « Pour moi qui suis à la fois pêcheur et chasseur, c’est le plus beau coin de la planète. Impossible de quitter cet univers. »
Au point que le petit (façon de parler) Didier va refuser des sélections départementales pour pouvoir encore flâner avec ses copains. Il aime les plages landaises, la tranquillité, le cinéma. Le basket ne l’intéresse pas ? Erreur. Tours, à 700 km de là, va finir par le convaincre. Valise prête. Larmes aux yeux. Cœur brisé. Didier doit partir… et coup de théâtre. Pierre Seillant, le président orthézien, et George Fischer, l’entraîneur, sont sur le pas de sa porte. « Défais ta valise, mets tes affaires de la semaine dans un baluchon et suis-nous à Orthez. »
Didier ne sera pas le seul à faire le voyage. Alain, le grand frère, l’accompagne. « Tours avait fait le forcing pour m’avoir. Mais j’étais si heureux de rester dans la région… Les conditions étaient idéales. Je m’entraînais à Orthez et le week-end, je rentrais jouer avec l’équipe de Vieux-Boucau. »
La récompense suprême viendra en fin d’année. « George Fischer a décidé de m’intégrer dans l’équipe professionnelle dès la saison suivante. »

Thierry, son frère : « C’est l’exemple de la famille »
Le palmarès s’étoffe au rythme des progrès de Didier. Un joueur particulier, comme l’expliquera le sélectionneur national Francis Jordane : « Je l’avais sélectionné en 1982 en équipe de France juniors. Du fait de sa taille, il a reçu une formation de joueur intérieur mais il a la particularité d’avoir étoffé son registre pour devenir un joueur extérieur complet. C’est un ailier hybride. Il est patient, très attentif, spontané et possède un gros charisme. »
La Moutète va voir l’adolescent grandir, prendre du volume et s’affirmer comme le garant de la tradition béarnaise. Il dispute son premier match en Pro A en février 1983 contre Mulhouse. Alain parti, c’est un autre frère Gadou qui vient l’épauler à Orthez. Thierry, le cadet de quatre ans. Un cadet admiratif : « Didier est plus qu’un complice. C’est l’exemple de la famille. C’est parce que j’ai voulu l’imiter que je suis aujourd’hui à ses côtés. C’est un joueur d’une grande lucidité. Il est très mature dans sa tête, c’est le régulateur de notre jeu sur le terrain et aussi celui de la vie du groupe. »
Une prise de responsabilités qui s’est affirmée au fil du temps chez cet homme loué pour sa classe, sa loyauté et son indéfectible fidélité. « Ça fait une décennie que je suis ici, explique-t-il au début des années 90. J’ai vu toutes mes idoles au club prendre leur retraite une à une. J’accepte mes responsabilités, je m’y suis préparé. J’attendais qu’on me confie ce rôle. L’arrivée de Michel Gomez (ndlr : en 1990) m’a transcendé car il n’avait qu’une seule idée en tête : monter une grande équipe. »
Adieu la Moutète, bonjour le Palais des sports de Pau, inauguré en janvier 1991. « En France, il n’y a pas mieux. Entre la confiance de l’entraîneur et un outil de travail merveilleux, on peut se forger un mental de battant. »
De quoi mériter le respect de son adversaire en club et complice en équipe nationale Richard Dacoury, qu’il contra pour assurer la victoire 76-74 de l’Elan dans le Match 1 de la finale 1992 : « Didier est un mec simple. A chaque confrontation, j’ai au moins une certitude : il n’y aura pas un geste répréhensible. Sur le terrain, c’est un gros malin. Un intercepteur de ballons phénoménal. »
Lucide, dur au mal, altruiste et adroit à mi-distance, Didier assume désormais son statut d’international avec un talent énorme. Son obsession est simple : « Ne pas finir ma carrière en faisant partie des meubles à Pau. Je ne veux pas être l’armoire qu’on laisse dans un coin de la pièce. »
La tête sur les épaules, Gadou est un homme fidèle à sa nature. Celle d’un chasseur de gros gibier sur les parquets de basket. Le natif de Dax accrochera à son tableau, en plus de la Coupe Korac de 1984, 7 titres de champion de France, une Coupe de France et 3 Tournois des As.
Il stoppa sa carrière et 2002 et passa adjoint de l’entraîneur Fred Sarre, auquel il succéda sur le banc durant la saison suivante. Titre à la clé (2-0 contre Gravelines). Il rejoignit ainsi Claude Bergeaud et Alain Gilles, couronnés dès leur première année à la tête d’une équipe. Impossible, pour un joueur dont les coaches faisaient leur premier relais sur le terrain, d’échapper à son destin. Entraîneur de l’Elan pendant deux saisons (2004-06), Didier en occupe aujourd’hui la présidence.
Gadou compte 70 sélections en équipe de France, étalées de 1988 à 95. Joueur, il aura disputé 20 saisons avec la même équipe. C’est bien simple : à l’exception d’un titre de Nationale 2 en 1975, le n°10 historique de l’Elan a été impliqué dans les 28 trophées remportés par le club… Qui a retiré son maillot.
Les lecteurs et le grand jury de « La République des Pyrénées » l’ont élu deuxième sportif béarnais du siècle derrière le cycliste Gilbert Duclos-Lassalle.

Palmarès
Comme joueur
Champion de France 1986, 87, 92, 96, 98, 99, 2001
Vainqueur du Tournoi des As en 1991, 92, 93
Vainqueur de la Coupe de France en 2002
Vainqueur de la Coupe Korac en 1984
Comme entraîneur
Champion de France 2004


Elan Béarnais - Montée Pro A - Didier GADOU par ebplopne

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