Équipe de France

Didier Deschamps : « Les 23 ? La décision finale a été prise dans l’intérêt du collectif »

Il l’a dans la tête depuis le quart de finale de la Coupe du monde 2014, perdu face à l’Allemagne. Dès la fin de ce match, le sélectionneur se projetait déjà vers l’Euro made in France. Nous l’avons suivi au fil de ces deux années jusqu’au moment crucial, où il a livré sa liste des 23. L’heure fatidique est arrivée : l’Euro, c’est maintenant.

A propos du point de départ (France-Allemagne 0-1, quart de finale de la Coupe du monde 2014)
« Un rien a fait la différence. C’est le haut niveau. En face, on avait une formation avec davantage d’expérience. On a été un peu timides au début. On a, par la suite, réussi beaucoup de bonnes choses mais sans la réussite. Manuel Neuer a aussi effectué les parades qu’il fallait. Il y a un sentiment de frustration chez les joueurs car l’écart n’était pas si important. A l’arrivée, on va s’arrêter là et eux vont continuer… N’empêche, je suis très fier de ce qu’ont réalisé les joueurs sur le terrain comme en dehors. Un groupe est né avec la qualification contre l’Ukraine (en novembre 2013). Il faut maintenir cet état d’esprit et cette qualité, même si c’est dur, bien sûr, de vivre des moments comme celui que nous traversons. Je veux retenir tout le positif que j’ai pu voir depuis que nous avons posé les pieds au Brésil le 9 juin. Je ne peux pas enlever ce sentiment de tristesse aux joueurs mais il ne faut pas oublier tout ce qu’on a réalisé de bien et même de très bien, jusque-là. »

A propos des retrouvailles (septembre 2014)
« Les joueurs se connaissent tous depuis deux ans maintenant. Il y a une base, c’est important. Une vie de groupe s’est instaurée, ils ont tous envie de faire les choses ensemble, avec des objectifs communs. C’est un plaisir pour moi et mon staff de les voir évoluer. Ils s’impliquent dans le quotidien, il y a cette unité de pensée et d’objectif, sur laquelle on doit travailler et qu’il faut maintenir à l’avenir. Pour moi, ce stage de rentrée représente beaucoup de satisfactions. »

A propos de Raphaël Varane et Paul Pogba (octobre 2014)
« Ce n’est pas que lui, bien évidemment, parce qu’on a été performants collectivement sur Cristiano Ronaldo (victoire 2-1 des Bleus face au Portugal). Mais c’est vrai, Raphaël confirme. Il est jeune, il joue au Real Madrid, il a une assurance et une confiance. Il va vite, il est intelligent. Tant mieux pour nous. Lui, comme Paul (Pogba), se montre déjà très performant. J’avais neuf joueurs de moins de 25 ans à la Coupe du monde, eux font partie des plus jeunes. La compétition au Brésil leur a énormément apporté. » Là, « DD » s’est arrêté net. S’est mordu les lèvres, a réfléchi. Et il a enchaîné. « Des joueurs comme ça, ça arrive de temps en temps. Ils sont français, alors tant mieux ! Quand vous êtes, à leur âge, titulaire dans de tels clubs (le Real Madrid et la Juventus Turin)… C’est un peu hors normes. »

A propos de la saison 2014-15 (juin 2015)
« Nous avons disputé six matches cet automne, après la Coupe du monde, plutôt bons, puis il y a eu un coup d’arrêt face au Brésil et surtout ces deux défaites contre la Belgique et en Albanie, qui viennent noircir le tableau. Contre le Brésil, cela faisait un moment qu’on n’avait pas connu ce mauvais goût de la défaite. Mais c’est aussi pour être dans la difficulté et pour être obligé de faire des gestes plus vite et plus justes qu’on dispute ces matches-là. On doit mieux faire dans les passes, dans la projection vers l’avant. Nous sommes tombés sur une équipe du Brésil très forte mais on n’avait pas les mêmes objectifs. Eux disputaient la Copa America en juin, ils étaient dans le vif du sujet. Nous, l’Euro n’est que dans un peu plus d’un an. On ne se voyait pas les plus beaux. On savait qu’on avait encore à progresser. Après, ce sont surtout les deux matches de juin qui ont été décevants. Face à la Belgique, nous sommes tombés sur une opposition qui nous était supérieure et qui a réussi un très grand match, notamment dans l’efficacité. En Albanie, le contexte a été différent. Il y avait un adversaire avec plus de détermination, qui était bien regroupé, et nous n’avons pas trouvé la solution. C’est cela qui m’a déçu. Parce que j’en suis le premier responsable. C’est moi qui choisis les joueurs et les systèmes, ceux qui débutent et ceux qui rentrent. Je vais prendre le temps d’analyser tout ça mais c’est une période qui nous est défavorable. Il nous a manqué de l’agressivité et de la détermination, exactement ce que l’on avait et qu’on a perdu. On ne l’a pas perdu sur les six mois qui ont suivi la Coupe du monde mais sur les deux derniers matches. On n’a pas eu assez faim, ce n’est pas acceptable et je ne l’accepte pas. Je ne veux fustiger personne, je ne juge pas les gars mais je dis qu’on n’a pas été, mentalement, prêts pour jouer un match de haut niveau, qui demande toujours toutes les exigences. Je ne sais pas si on ne pouvait pas, en tout cas, on ne l’a pas fait. Je vais analyser avec un peu de recul mais que les joueurs aient cinq, dix, trente minutes à jouer ou un match entier, ils doivent être les plus performants possible. Et ça n’a pas été le cas. »

A propos des douze derniers mois
« J’ai passé une année d’observation, comme l’ensemble de mon staff. Dans l’observation, chaque week-end, d’une cinquantaine de joueurs environ. Mais sans me projeter. C’était plus, à chaque fois, une photographie du moment présent, à travers les rapports établis après chaque week-end, afin d’avoir l’idée la plus précise possible de chacun. Observation et analyse. Il y a du temps passé à étudier le jeu de nos trois adversaires du 1er tour aussi, la Roumanie, l’Albanie et la Suisse. Et puis la planification de notre préparation. Les stages, les matches, les différentes étapes, la mise en place… Il s’agit d’une période très particulière, parce qu’on a l’impression qu’elle ne compte pas, mais elle est primordiale. Tout ce qui se fait en amont doit être le plus précis possible. Ça décide de la suite. »

A propos de l’Affaire (Mathieu Valbuena-Karim Benzema)
« C’est une affaire que je n’ai pas vu venir, qui me gêne et qui m’énerve. Karim a commis une erreur, c’est évident. Je pense qu’il n’a pas évalué la situation dans laquelle il se trouvait. Attention, je ne dis pas ça pour le défendre mais les joueurs ont aujourd’hui une certaine façon de s’exprimer entre eux, inconcevable à mon époque. Ils ont un langage différent. Mathieu est la victime dans cette affaire. Qui peut lui reprocher quelque chose ? Je n’ai pas à le défendre car il n’est accusé de rien. Malheureusement pour lui, il a traversé une saison très difficile, avec beaucoup de blessures et un niveau de performance en-dessous de ses capacités. Je n’oublie pas ce qu’il a réalisé mais en face, on trouve des joueurs qui se sont révélés avec un rendement de très haut niveau. »

A propos du 13 novembre 2015, des attentats, de la sécurité à l’Euro (mars 2016)
« Le vendredi 13 novembre 2015 restera à jamais gravé en nous. Personne ne pourra oublier cette soirée. Le foot est peu de choses dans ces moments-là. Sur le terrain, nous étions dans notre match, nous n’avons été prévenus de la situation qu’au terme de la rencontre. On ne peut pas évacuer. Ça marque à vie. Nous avons vécu des minutes et des heures très lourdes, très pesantes, avec les Allemands qui sont, eux aussi, restés cloîtrés dans le vestiaire. Et puis nous avons de nouveau été rattrapés par l’actualité et la violence lors de nos matches du mois de mars, avec les attentats perpétrés à Bruxelles. On a repris l’actualité de plein fouet avec, en plus, la mort de Johan Cruyff la veille de la rencontre à Amsterdam… Le risque zéro n’existe pas mais pour l’Euro, il ne faut pas avoir peur. Je sais, nous savons tous que tout sera fait au niveau de la sécurité pour que la compétition se passe bien. Le Stade de France, c’est notre stade. Donc, on y va pour jouer un match de foot et pour que la fête soit la plus belle possible. »

A propos des deux derniers matches de mars (Pays-Bas-France 2-3 ; France-Russie 4-2)
« Là, l’objectif s’approche et c’est forcément un peu différent. Il s’agit du dernier rassemblement avant la compétition. Il y a un peu plus d’effervescence et d’attentes de la part des joueurs. On a présenté deux équipes différentes sur les deux matches mais deux équipes homogènes. J’ai eu envie de voir un maximum de joueurs en situation de jeu. Pour la majeure partie d’entre eux, j’ai des certitudes. Il existe un gros noyau qui revient systématiquement, soit une bonne vingtaine de joueurs. Mais je veux pouvoir anticiper et avoir en toutes circonstances un plan B, voire un plan C. »

A propos de la liste
« Je suis dans une certaine logique par rapport au mois de mars. Il s’agit d’une forme de continuité. Ceux qui étaient là ont marqué des points. Il existe peut-être une similitude avec ce que j’avais fait en 2014. J’ai toujours considéré que l’équipe se situait au-dessus de tout. La décision finale a été prise dans l’intérêt du collectif. Ceux qui se trouvent parmi les réservistes auraient pu figurer avec les 23 mais les sélectionnés méritent d’y être. »

A propos des réservistes
« Il y en a un de plus que prévu. Une quinzaine de joueurs étaient concernés par les finales des Coupes nationales ou des Coupes d’Europe. J’ai voulu parer à toute éventualité. Hatem Ben Arfa ? Il y a six attaquants dans la liste. Si vous prenez Olivier Giroud, c’est 25 buts toutes compétitions confondues et Antoine Griezmann se situe encore au-dessus. Anthony Martial, lui, c’est 18 buts et 9 passes décisives avec Manchester United. Je ne remets évidemment pas en cause la qualité d’Hatem et ce qu’il a réalisé tout au long de la saison. Il est là, chez les réservistes, et je compte sur lui aussi au sein d’une attaque où la concurrence est féroce. Avec Samuel Umtiti et Djibril Sidibé, je couvre les quatre postes de la défense et j’ai opté pour trois joueurs offensifs au cas où… Adrien Rabiot est jeune mais il a effectué une bonne saison au Paris SG. Ces trois-là ont un potentiel de joueur international. Je suis également là pour préparer l’avenir, ils vont découvrir l’équipe de France, ils vont voir, ils vont participer et on ne sait jamais… Voilà pourquoi je tiens à ce que les réservistes soient présents pendant la préparation. »

A propos de l’Euro
« Il est capital de remporter le premier match. France-Roumanie, le 10 juin, voilà notre objectif. Après, il faudra finir 1er de cette poule A. Ce sont des objectifs de passage. Tous les sélectionneurs étaient assez mesurés après le tirage au sort. Nous savons que les écarts se resserrent entre les nations. Il faut bien analyser, bien étudier le jeu des Roumains, des Albanais et des Suisses, nous avons trois adversaires de qualité au 1er tour. Pour la victoire finale, selon moi, deux favoris se dégagent : l’Allemagne et l’Espagne. Après, il y a la Belgique, l’Angleterre, l’Italie. Autour de nous, l’attente s’annonce très forte. Notre objectif sera d’aller le plus loin possible. Nous avons de l’ambition. Nous sommes l’un des prétendants. »

Populaires

To Top