Équipe de France

Didier Deschamps : « Le haut niveau, c’est aussi savoir bien défendre »

Avant de retrouver son groupe élargi à 26 membres pour affronter le Paraguay, l’Angleterre et surtout se déplacer en Suède, le sélectionneur tricolore a fait un point complet. L’état de forme des uns, la fraîcheur des autres et quelques messages du patron, forcément…

PLANETE FOOT : Didier, sur les 26 joueurs convoqués pour les trois matches de juin, un groupe élargi donc, 14 sont issus des clubs de Ligue 1. La prime à une saison exceptionnellement riche ?
Didier DESCHAMPS :
Oui, plus de la moitié. Ce n’est pas toujours le cas. Le groupe est élargi, j’ai pris 26 joueurs pour l’ensemble du stage, les trois matches. Mais globalement, oui, nous venons de vivre une saison de très haut niveau. Avec trois équipes, Monaco, Paris SG et Nice, au rendement très élevé. Ce sont de bonnes locomotives. Les parcours européens ont été intéressants, la qualité du jeu aussi, grâce à la présence de très bons joueurs. La Ligue 1 a passé un cap.

PF : Et le nouveau président de la République aussi, qui marche pour l’OM…
D.D. :
Oui, je suis au courant qu’il supporte Marseille. Il aime le foot et c’est important.

PF : Dans ce groupe, nous retrouvons Kylian Mbappé…
D.D. :
Il a confirmé. Il a tellement de qualités et d’efficacité ! On n’a pas l’impression qu’il a 18 ans. Leonardo Jardim l’a très bien géré parce qu’il est très exposé et c’est normal. Nous avons la chance qu’il soit français. Il faut en profiter.

PF : Quelle part le sélectionneur peut-il prendre dans l’avenir de Kylian Mbappé ?
D.D. :
J’aurai des discussions avec lui sur son avenir mais ce n’est pas moi qui gère sa carrière. Le choix sportif est important. Surtout à un an de la Coupe du monde. Kylian trouverait plus de sécurité à rester à Monaco. Mais je le répète, ce n’est pas moi qui décide.

PF : Absences d’Anthony Martial et Kingsley Coman dans ce groupe élargi. Là, ce sont des choix forts…
D.D. :
Ils ont vécu une saison compliquée. Anthony joue un peu plus depuis que Zlatan Ibrahimovic est blessé. Mais il est moins décisif, peut-être a-t-il perdu un peu confiance. Son potentiel est grand, je le sais, mais avec le changement d’entraîneur, de système… C’est aussi valable pour Kingsley. Il doit faire face à beaucoup de concurrence, il n’a pas le droit à l’erreur. Je sais où ils jouent. Comme je sais ce qu’ils ont été capables de faire très tôt avec nous. Ils ne sont pas écartés, c’est évident. Mais c’est à eux de retrouver leur meilleur niveau. Je ne m’immisce pas dans le quotidien des clubs. Ce sont des aléas qu’on ne maîtrise pas.

PF : Autre choix forts de cette fin de saison, le retour d’Alexandre Lacazette et l’absence de Kevin Gameiro…
D.D. :
Oui, Alexandre a réalisé une très bonne année. Aujourd’hui, c’est au détriment de Kevin Gameiro. Ce qu’il fait, au-delà de ses buts, est intéressant. Il démontre un bon état d’esprit, beaucoup d’envie et d’agressivité. Il y a Kurt Zouma aussi, qui revient d’une longue blessure. Il n’a pas un temps de jeu très important à Chelsea mais c’est un groupe élargi. J’ai beaucoup de joueurs concernés par les finales des Coupes nationales et celle de la Ligue des champions. C’est aussi pour cela que j’ai décidé d’élargir.

PF : Mais pas jusqu’à Tiémoué Bakayoko, absent lui aussi. Au détriment, peut-être, de Moussa Sissoko, qui est de retour malgré une saison presque blanche à Tottenham…
D.D. :
Moussa joue un peu plus depuis mars. C’est un cadre de cette équipe. A l’Euro, il est devenu un élément très important. Il peut nous être utile et apporter à l’équipe de France. Quant à Bakayoko, il ne m’a pas déçu. C’est lui qui était triste de sa performance contre l’Espagne. Mais Tiémoué, il a fait une très, très grosse saison. Sa blessure au nez le gêne forcément. Je compte sur lui, même s’il n’est pas dans cette sélection. Il y a beaucoup de monde au milieu de terrain. Il a tout pour le haut niveau, à lui de confirmer la saison prochaine.

PF : Il y a, au milieu, un certain Paul Pogba. Le leader décrété du « cœur de jeu » ?
D.D. :
Paul était blessé lors du dernier rassemblement. Sa saison a été très lourde. Il a disputé beaucoup de matches, c’est peut-être la raison pour laquelle il s’est blessé d’ailleurs. Je trouve qu’il a fait une bonne saison, globalement. Même si les attentes sont énormes. Il a été régulier, performant, il a marqué des buts. Il a progressé à la récupération. Oui, c’est l’un de nos leaders. Mais pas le seul.

PF : Un leader et un ami proche de Patrice Evra, rappelé pour jouer contre la Suède en novembre mais pas ce coup-ci…
D.D. :
Ce n’est pas du tout une position radicale. Patrice le sait bien. Il sait ce que je pense et ce que je fais. Quand je prends un joueur, je ne le prends pas pour accompagner. Il y a Benjamin Mendy et Lucas Digne, qui a un vécu avec nous puisqu’il était à la Coupe du monde au Brésil. Sa situation au Barça ne l’aide pas. Mais je pense toujours au collectif.

PF : Un groupe au sein duquel les jeunes talents prennent de plus en plus de place. On dirait vraiment que l’équipe de France penche vers l’avant. D’accord ou pas ?
D.D. :
Je veux une équipe capable de créer et d’avoir une animation performante. Une équipe capable de marquer des buts. Mais le haut niveau, c’est aussi savoir bien défendre. L’un ne va pas sans l’autre. Oui, nos attaquants ont de la qualité. Mais nous ne sommes pas champions du monde. Le niveau international a des exigences beaucoup plus élevées. Maintenant, avoir autant de joueurs à fort potentiel, ça fait toujours plaisir.

PF : C’est un peu l’image que l’on garde de France-Espagne en mars, ça…
D.D. :
L’Espagne avait été largement supérieure sur ce match-là. Je n’avais pas mis les joueurs dans les meilleures conditions. Quand tu regardes le nombre de sélections d’un côté et de l’autre et les palmarès, il n’y a pas photo. L’Espagne est une grande équipe. Nous n’avions pas été à notre meilleur niveau. J’en suis responsable. Mais les matches de qualification sont les plus importants. Là, avec le Paraguay et l’Angleterre en plus, je devrais pouvoir donner du temps de jeu à d’autres joueurs.

PF : Un mot pour finir sur la situation assez bizarre des gardiens de but. A un an de la Coupe du monde, n’es-tu pas inquiet ?
D.D. :
Non, la situation n’est pas inquiétante parce qu’elle est ponctuelle. Alphonse Aréola a connu une période pendant laquelle il était titulaire et c’est plus délicat depuis, parce que ce n’est plus le cas. Le poste de gardien est un poste tellement spécifique…

PF : Et Steve Mandanda ?
D.D. :
Pour Steve, c’est plus compliqué. Il n’est même pas sur les feuilles de match. Mais ça ne va pas s’éterniser, il sera certainement amené à bouger.

« DD » vs « KB9 », c’est plié
En marge de sa conf’, Didier Deschamps a répondu à Karim Benzema qui s’étonnait, comme à chaque avant-veille d’annonce de liste, de ne pas y figurer. Clair, net et concis. « L’équipe de France s’est construite avant l’Euro, elle s’est consolidée à travers la compétition, où nous avons atteint la finale, le haut niveau. Et elle a continué d’être performante ensuite. J’ai un groupe harmonieux, équilibré, au sein duquel il existe une dynamique. J’ai fait confiance à des joueurs qui ont bien répondu sur le terrain. J’ai incorporé des jeunes qui représentent le présent et le futur. Je suis l’unique décideur. C’est moi qui prends les décisions. Je le fais dans un cadre sportif. Pour moi, le collectif a toujours été au-dessus de tout. Je fais des choix dans le même sens, toujours pour le bien de l’équipe de France, et j’assume ces choix. J’ai toujours agi de la sorte et je ne changerai pas. »

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