Équipe de France

Dele Alli s’est fait un prénom

Considéré comme la nouvelle pépite du foot anglais, le gamin de Milton Keynes n’a pas toujours eu la tâche facile, c’est le moins qu’on puisse dire. Cela ne l’empêche pas, aujourd’hui, d’être le chouchou de Tottenham et de l’Angleterre toute entière. Une histoire à faire pleurer dans les chaumières et qui se termine en happy end…

Les nouvelles pépites, en Premier League, c’est un peu de la haute couture. Tous les six mois, c’est la nouvelle collection. Fashion week. Entre surprises, découvertes et nouveaux héros. Dans ce championnat si singulier, entre passion dévorante mais légère, fierté nationale bien particulière, en cette ère de Brexit, et business outrancier, sorte de NBA des gazons gonflée, encore, par l’explosion exponentielle des droits télévisés, on se plaît à cibler la nouvelle star. S’émerveiller devant le dernier « baby face killer » en short. On cherche, encore et encore, le nouveau Lionel Messi, sachant que les meilleurs joueurs du monde évoluent là mais que les tout meilleurs sont ailleurs. A Barcelone ou au Real Madrid, par exemple. Il arrive même que l’on s’extasie pour pas grand-chose. C’est la force de la passion quand elle est dévorante mais légère. Mais là, Dele Alli, quand même…
Le gamin a débarqué à Tottenham à l’été 2015. Il arrivait de Milton Keynes, en League One, la Troisième division anglaise, l’équivalent du National chez nous. Il y avait claqué 12 buts en 27 rencontres. Pas mal pour un gamin de 18 ans au milieu des golgoths de League One, là où il faut sacrément jouer des coudes pour espérer s’approcher du ballon. Mais depuis ses débuts chez les Spurs, Alli, c’est encore autre chose. Ça fait maintenant une saison et demie que ça dure. Ça fait donc plus qu’une collection haute couture. Dele, c’est tout sauf un feu de paille.

Papa abandonne le foyer
Né à Milton Keynes, à quelques semaines de l’ouverture de l’Euro anglais (vingt ans déjà), il a grandi là, le long de la M1, au nord de Londres, à mi-chemin entre Northampton et Luton, ou plutôt d’Oxford et Cambridge. Une espèce de ville nouvelle, cisaillée par les grands axes et les autoroutes dites urbaines. Pas folichon au premier abord mais rien à côté de son enfance infernale. Son père, nigérian, abandonne le foyer dès son plus jeune âge pour rejoindre les Etats-Unis.
Bamidele Jermaine se retrouve seul avec sa mère, qui élève bien mieux le coude que son fils. Elle est alcoolique. Et elle ne s’en sort pas. Il a 14 ans quand elle décide de le faire adopter. Alli trouve refuge chez les Hickford, les parents d’Harry, l’un de ses coéquipiers des Milton Keynes Dons. La séparation est violente mais la vie redémarre. Alli s’épanouit. Très fort au foot, il assure plutôt bien à l’école, dont il sort avec les brevets d’excellence en poche.
A Milton Keynes, on connaît la trajectoire du bonhomme. On voit qu’il est plus doué que les autres balle au pied, on devine l’artiste mais on tient compte, aussi, du caractère et de l’équilibre du teenager. L’enfance a été terrible, dans la rue et la misère morale. L’adolescence chasse les nuages et les cicatrices deviennent une force. Tout petit, Alli a acquis l’instinct de survie et c’était au sens propre. Voilà pourquoi vous ne verrez plus jamais ces quatre lettres-là accrochées sur son maillot, dans le dos, au-dessus de son numéro. « Ce n’est pas une décision prise à la légère, a-t-il expliqué au moment d’en changer pour quatre autres. J’en ai beaucoup discuté avec mes proches. Je n’ai pas trop de connexion avec le nom Alli, qui est celui de mon père. Je voulais qu’il y ait, sur mon maillot, un nom qui représente qui je suis. » Ce sera donc Dele, la contraction de son prénom, Bamidele.

7 millions sur la table
Tottenham ouvre ses portes à celui qui a avait élu « Jeune de l’année » en League One, international Espoirs en puissance à seulement 18 ans. Les Spurs mettent 7 millions d’euros sur la table. A peine dix-huit mois plus tard, ils repoussent toutes les offres avec plein de zéros derrière. Dele a déjà prolongé son contrat deux fois. D’abord jusqu’en 2021. Aujourd’hui, jusqu’en 2022. Il y a eu 10 buts et 11 passes décisives pour sa première saison, l’année de ses 20 ans. Il y a des moments, dans la vie, où il ne faut pas hésiter.
Nouvelle pépite, vraiment ? Pour Mauricio Pochettino, son coach argentin, ça ne fait aucun doute. « Il a besoin de se sentir libre sur le terrain. On doit l’aider à progresser sur différents postes car les joueurs versatiles comme lui ou Paul Pogba ont une grande, grande valeur. Je pense que Dele démontre ses qualités à chaque match. Il est capable de réaliser de tels gestes… Il est comme Harry Kane, c’est très difficile de fixer un prix. »
Pour poursuivre sur le parallèle de la NBA, Dele, c’est comme quand il file vers le but. Ça ne traîne pas : Rookie of the year, déjà All-Star. Sa première saison de Spur (46 matches toutes compétitions confondues tout de même avec Tottenham) l’a propulsé chez les A. A l’automne 2015, deux fois a tout de suite compris, lui aussi. Convoqué pour le double rendez-vous d’octobre, Dele fait trois premiers pas chez les Three Lions contre l’Estonie, à Wembley. Trois petites minutes de jeu pour commencer et une petite dédicace au fond du cœur, qui bat fort ce soir-là : il remplace Ross Barkley, le poumon d’Everton. Un vrai symbole pour lui, fan absolu de Steven Gerrard, l’âme éternelle de Liverpool…

Première titularisation contre la France
Trois jours plus tard, à Vilnius, il remplace Adam Lallana pour 23 minutes (les dernières) en Lituanie. Carrément un milieu des Reds. Encore plus près de son étoile. Il remplace de nouveau Lallana le 13 novembre en Espagne et fête sa première titularisation contre la France, trois jours après les attentats du Stade de France. L’atmosphère est bien lourde, l’essentiel est ailleurs mais pour sa première dans la peau d’un titulaire, il ouvre le score d’une frappe limpide de plus de 25 mètres qui laisse Hugo Lloris, son coéquipier chez les Spurs, pantois. La presse britannique s’enflamme déjà pour le prodige. Cette fois, c’est sûr, l’Angleterre tient son joyau…
Il faut dire que Dele compile ce que les autres n’ont pas. Comprenez, au pays du milieu « box to box », qu’il aligne les performances avec cette faculté bien à lui de se projeter vers l’avant. Avec cette force, qui est tout sauf un hasard, consistant à se trouver toujours au bon endroit au bon moment quand il s’agit de ramasser une miette dans la défense adverse. Dele, c’est un attaquant qui sait défendre et qui joue milieu de terrain. C’est le milieu « Magic Box ». Et dans la boîte, le lapin a 20 ans…
Il a un goût pour le duel et la bagarre (dans le bon sens du terme), qui valent de l’or sur un passeport anglais, souvenirs de l’enfance et résurgences de l’instinct, et c’est aussi un coffre qui laisse presque songeur. A la fin de ses matches, le tableau des statistiques affiche souvent plus de 13 kilomètres parcourus. On ne résiste pas à l’envie de rapporter l’anecdote relatée par Bruno Constant, correspondant de « L’Equipe » en Angleterre, qui voit évoluer « la chose » de près depuis deux saisons, du côté de White Hart Lane. C’était chez les City Colts, l’un de ses premiers clubs à Milton Keynes. Quelque part entre l’enfance et l’adolescence. Ses coéquipiers l’avaient vu débarquer à quelques minutes seulement du coup d’envoi. Il arrivait à vélo. Il venait de traverser toute la ville sur son deux-roues, depuis le stade du MK Bowl. Là-bas, il venait de terminer une course à pied !
Après une première saison sur le côté gauche, il déboule plein axe cette année. Comme si Mauricio Pochettino avait pris le temps de bien ciseler le joyau. Pour l’instant, ça brille. Dele matraque les défenseurs dans les duels en même temps qu’il avale les allers-retours, pion essentiel de l’équilibre général. Il distille tantôt des dribbles, tantôt des passes « high level ». Car c’est aussi et surtout là qu’il dénote au pays de la Premier League. Du haut de son mètre quatre-vingt-huit, c’est un artiste balle au pied. Un joueur à la technique et au toucher pas vraiment « english touch ». En cela, il est déjà très proche de Steven Gerrard, son idole (gamin, il changeait de chaussures dès que le capitaine des Reds présentait son nouveau modèle ; il achetait les mêmes). Mais à 20 ans, l’horizon semble plus loin, plus large encore pour lui. C’est déjà de la haute couture. Déjà plus qu’une nouvelle star. Et ça s’écrit en toutes lettres. Quatre, exactement.

Profil
Bamidele Jermaine Alli
Né le 11 avril 1996 à Milton Keynes (ANG)
1,88 m, 73 kg
Milieu
Roadbook : Milton Keynes (2012-2015), Tottenham (depuis 2015)
International A
15 sélections, 2 buts

Vu par Hugo Lloris
« C’est un gars assez bluffant parce qu’il peut tout faire sur le terrain. On a l’impression qu’il est au duel, à la récupération, et puis on le voit dribbler, faire des trucs techniques, des passes folles, marquer des buts. Et des buts importants, en plus, comme son doublé contre Chelsea. Ah oui, il y a son jeu de tête aussi. Il a 20 ans, c’est impressionnant. »

A Tottenham, on blinde sévère
Avec Mauricio Pochettino en garant du projet (le coach argentin a été le premier à rempiler, jusqu’en 2021), les Spurs con­tinuent de prolonger leurs cadres. Après Hugo Lloris et Dele Alli, Eric Dier, Harry Kane, Danny Rose, Christian Eriksen, Jan Vertonghen et Kyle Walker ont tous paraphé une prolongation. En tout, ils sont quatorze à avoir scellé leur avenir chez les Spurs au cours des douze derniers mois. Un sacré recru­tement interne, comme dirait l’autre. Et le plus jeune effectif des cinq premiers au classement depuis trois ans. Vous avez dit « Projet » ? « Les joueurs sont vraiment heureux ici, explique Pochettino. Je veux être inclus dans l’avenir du club. » C’est chose faite.

Populaires

Presse magazines

Société d’Édition de Sites Internet Musicaux et Sportifs

Vélo Tout Terrain Planète Cyclisme City Ride Ride it

© 2017-2018 Editions Blue Print / SESIMS

To Top