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Débat : Le déclin de Zlatan Ibrahimovic est-il irréversible ?

Zlatan par-ci, Zlatan par là… Zlatan Ibrahimovic est toujours au cœur des débats. Il accapare tout l’espace. Ce mois-ci, « Planète Foot » n’a pas échappé au phénomène. Avec cette question qui a taraudé la rédac’ : l’astre n’est-il pas en train de décliner ?

OUI

Attention, il n’est pas question ici de remettre certaines évidences en cause. Depuis son arrivée à Paris – dès le jour de sa présentation en grandes pompes, en fait – Zlatan Ibrahimovic est devenu l’incontestable star du championnat. Le numéro 1 de la Ligue 1, il était. Il le reste aujourd’hui encore. Mais il apparaît que depuis cette fameuse talalgie qui l’a éloigné des terrains pendant plusieurs semaines cet automne, il y a comme un ressort cassé.
Durant ses deux premières années parisiennes, non seulement « Ibra » était la tête de gondole du projet qatari mais il en était aussi le chef d’orchestre. L’ensemble du jeu du PSG s’organisait autour de lui. Tout passait par lui. Tout le monde jouait pour lui. Lui, lui et lui. Ce n’est plus vrai aujourd’hui. Même si le Suédois est capable de fulgurances, il ne s’impose plus vraiment comme l’incontournable maître de cérémonie des champions de France. Un exemple ? Le plus évident, le plus parlant : ce fameux huitième de finale retour de Ligue des champions à Londres, contre Chelsea, où le Paris de Laurent Blanc a réalisé le plus grand exploit de sa jeune histoire.
Ce soir-là, Zlatan – comme trop souvent tout au long de sa carrière, dans les matches à élimination directe de la Ligue des champions – a d’abord traversé les débats dans une certaine transparence. Avant, enfin, de se faire remarquer mais pas forcément pour les motifs que l’on aurait souhaité. Expulsé à la demi-heure de jeu ! Comme si le ciel vous tombait sur la tête. Sans leur phare et en infériorité numérique, on pouvait imaginer les Parisiens complètement perdus, presque résignés, attendant la sentence de leur bourreau. Or, c’est à partir de ce moment, à dix contre onze et sans « Ibra », donc, qu’ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes, héroïques pour arracher la plus improbable des qualifications. Quelqu’un a-t-il quelque chose à ajouter ?
Si vous cherchez la preuve des doutes qui l’ont gagné (par rapport à son niveau de jeu ?), de la fébrilité qui s’est emparée de lui, il y a ces signes d’énervement, de plus en plus fréquents. Avec, en point d’orgue, sa sortie de la mi-mars après une défaite en championnat à Bordeaux (3-2). Personne n’a oublié qu’au retour aux vestiaires et alors que les micros de Canal + étaient ouverts, il s’en était pris avec une virulence rare à l’arbitrage de Lionel Jaffredo et à « ce pays de merde » (la France) qui ne méritait pas le PSG.
Alors, bien sûr, en championnat, Zlatan fait encore du Zlatan. Il continue de marquer mais de plus en plus souvent sur penalty. Sur ses premiers 17 buts en L1 cette saison, on répertoriait 7 pénos. Et même sans tenir compte de ce facteur, sa moyenne s’érodait petit à petit : 0,88 but par match en 2012-13 ; 0,80 en 2013-14 ; 0,77 en 2014-15. En Champions League, le contraste était encore plus violent. La saison dernière, il avait inscrit 10 buts en 8 matches. Cette année, il a planté 2 petits pions en 6 rencontres.
Il faut se rendre à l’évidence : à 33 ans, les plus belles heures du géant suédois sont derrière lui. La tendance est irréversible pour un joueur qui s’appuie autant sur ses atouts physiques. L’astre est moins solaire, plus proche aujourd’hui du crépuscule mais on le répète, il reste la star numéro 1 de la Ligue 1.

Roger LEWIS / PLANETE FOOT

NON

Commençons par être précis puisqu’on parle de Zlatan, sans aucun doute le joueur au sujet duquel on dit tout et son contraire au royaume de la Ligue 1. De quoi parle-t-on exactement ? De déclin ? Essayons d’être le plus justes possible, donc. Petit tour chez Larousse et juste le Petit, cela suffira. Déclin : « Fait pour un astre de finir sa course (déclin du soleil). » Ou encore : « Etat de ce qui diminue de valeur, de grandeur, d’éclat, de puissance. »
Donc, nous sommes bien d’accord, la question porte sur la fin de vie de Zlatan Ibrahimovic, le footballeur ? « Ibra », le lépreux en phase terminale qui n’a plus rien à montrer sur un terrain de football ? Pardonnez-nous d’étouffer un hoquet de rire. Ce n’est pas de la colère, juste un réflexe nerveux. Sous prétexte que le PSG a calé face à Barcelone, il faudrait tout jeter à la poubelle et Zlatan en premier ? Restons sérieux !
Tout d’abord, vu le niveau de jeu affiché par les Catalans, aussi bien au Parc à l’aller (sans lui) qu’au retour au Camp Nou, on peut affirmer sans prendre trop de risques que n’importe quelle équipe au monde – a fortiori en Ligue des champions – aurait plié face à ce Barça-là. OK, Zlatan n’a pas marqué avec le PSG, ni en huitièmes de finale, ni en quarts de finale de la C1. Les mauvaises langues vont encore se délier pour nous répéter que « Ibra » ne marque jamais quand l’altitude s’élève vraiment, dans les rencontres à élimination directe, quand vient le printemps. Ce n’est pas faux.
Et alors ? Ce serait ça, le déclin ? MDR… Pardon, encore un rire nerveux qui remonte. Zlatan, en Ligue des champions, c’est 42 buts en 107 rencontres. Savez-vous, très chères langues râpeuses, quand le Suédois y a réussi sa meilleure saison ? C’était l’année dernière ! Dix buts en huit matches. A 32 ans. Et il n’avait pas fait exprès de se blesser dès le début du quart de finale aller contre Chelsea…
Mais restons précis et revenons à nos moutons. Si Edinson Cavani se prend en photo au milieu des chèvres au Jardin d’acclimatation (bravo Edi, tu ne pouvais pas faire mieux), il suffit de regarder les chiffres 2014-15 pour comprendre que le PSG est toujours dépendant de son « Ibra ». Malgré son absence prolongée à l’automne en raison de cette foutue talalgie, il a disputé 35 matches. Il a marqué 30 buts. Soit un but toutes les 105 minutes. Pas loin de son but par match, le malade en phase terminale…
Paul-Georges Ntep nous a avoué son admiration pour le Suédois. « Beaucoup de joueurs aimeraient avoir ses stats sur une saison en ayant été absents aussi longtemps que lui. » Pour aller chercher le triplé championnat-Coupe de France-Coupe de la Ligue, sur qui pouvait s’appuyer le PSG ? Qui a débloqué la situation en finale de la Coupe de la Ligue, en décalant Eduardo Lavezzi sur le penalty ? En transformant le penalty ? En doublant la mise d’un enchaînement somptueux poitrine demi-volée ? Mino Raiola, pas le plus objectif mais l’un des mieux au courant, disait dans L’Équipe (le 19 mars) : « Il est où, le nouveau Zlatan ? C’est impossible à trouver. Aujourd’hui, le PSG le sait. Zlatan est unique. Vous n’avez qu’un joueur au monde qui mesure 1,96 m, avec la technique de Lionel Messi, le caractère de Mohamed Ali et la force de Mike Tyson. » Pas vraiment le profil d’un astre qui finit sa course…

Mathieu DELATTRE / PLANETE FOOT

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