Équipe de France

Débat : le cru 1992-93 est-il la meilleure équipe de l’OM ?

L’hommage aux héros de Munich a fait cogiter la rédaction de « Planète Foot ». Constituent-ils le meilleur groupe de l’histoire du club ? Un débat d’OM à OM…

OUI

Que la question se pose est une bonne chose pour l’OM. Cela signifie que le club phocéen – même s’il a traversé quelques tempêtes et en traversera sûrement d’autres puisqu’il est écrit que la moindre brise se transforme en tempête, alerte orange, au pays du mistral – a aligné de sacrées équipes. Mais autant le dire tout net, la question en question s’arrête là. Pourquoi ? Aucune autre « Dream Team » olympienne n’a atteint le Graal européen. La réponse se suffit à elle-même. Le coup passa près au stade San Nicola de Bari, en 1991. La bande à Papin est entrée dans la catégorie des équipes qui laisseront, évidemment, une trace dans le ciel olympien. Comme d’autres. Mais pas comme celle de 1993.
La question s’arrête là mais pourrait être formulée autrement. C’est une forme d’interrogation qui restera, elle, ad vitam en suspens. Cet OM 1993, cet OM qui gagnait n’a pas survécu aux dommages collatéraux de l’affaire VA-OM qui explosa quelques jours après la finale de Munich. Prise dans la tourmente judiciaire, la machine de guerre fabriquée par Bernard Tapie dut passer sur la table du commissaire priseur lorsque la rétrogradation en Ligue 2 fut prononcée au printemps 1994. Un dépeçage en règle. Une saignée rare. Presque du jamais-vu.
La question n’est donc pas de comparer les époques, les équipes et les schémas de jeu mais bien de se demander ce que cette machine-là aurait pu donner en s’inscrivant dans le temps. Didier Deschamps, Fabien Barthez et Marcel Desailly (sans oublier Alain Boghossian, prêté à Istres lors de la saison 1992-93 mais pur produit du centre de formation) l’ont tous dit quelques années plus tard. « Cette victoire en Ligue des champions nous a servis dans la conquête de la Coupe du monde 1998. Nous avons appris à gagner, à aller au bout des choses à travers cet OM. » Aucune autre équipe française, aucune autre équipe de l’OM n’avait eu pareille influence sur la route tracée par le foot français. A l’heure des bilans et de l’hommage aux héros de 1993, il est bon de s’en souvenir. Cette bande de mecs était une bande de pionniers. Jamais, avant eux, une équipe française n’avait, à ce point, dicté sa loi à l’échelle européenne.
Faut-il rappeler qu’il s’agit de l’une des toutes dernières saisons du foot d’avant, celui précédant l’arrêt Bosman (officialisé le 15 décembre 1995 par la Cour européenne de Justice), et que le onze phocéen n’accueillait alors que trois joueurs étrangers (Alen Boksic, Rudi Völler, Abedi Pelé) ? Oui, il aurait été sacrément excitant de voir cette « Dream Team » renforcée par quelques étoiles de plus. Sur la pelouse de l’Olympiastadion, au coup de sifflet final, Bernard Tapie avait la tête dans les siennes mais aussi un brin de lucidité. « Cette victoire, c’est la preuve que l’état d’esprit des footballeurs français a changé. On participe désormais aux Coupes d’Europe pour les gagner. »
Rien que pour ça, la question ne se pose plus.

Mathieu DELATTRE / PLANETE FOOT

NON

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, après être devenue la première formation française à s’asseoir triomphalement sur le toit de l’Europe, après avoir remporté un nouveau titre de champion – qui lui fut retiré à la suite de l’affaire VA-OM -, cet Olympique-là nous paraît moins talentueux que celui de la saison 1990-91. Oui, celui de Bari et des larmes de Basile Boli. C’est très français, nous direz-vous, de n’aimer que les deuxièmes, les Raymond Poulidor, ceux qui s’inclinent à la fin. Pas d’accord !
Pour commencer, cette fameuse finale face à l’Etoile Rouge de Belgrade, Marseille n’aurait jamais dû la perdre. Raymond Goethals l’a si souvent répété, l’Etoile s’était contentée d’attendre pendant 120 minutes, de dresser un mur, apeurée, avec l’unique objectif de s’en remettre à la loterie des tirs au but, malgré la cohorte de stars qui composait alors son effectif. Les Miodrag Belodedici, Sinisa Mihajlovic, Robert Prosinecki, Vladimir Jugovic, Darko Pancev, Dejan Savicevic… C’est dire le respect et la crainte qu’inspiraient les boys de Bernard Tapie. Il faut dire qu’ils avaient marqué leur territoire en Coupe d’Europe. Un cinglant 6-1 au Vélodrome face au Lech Poznan, l’élimination du grand Milan AC en quarts de finale (écœurés au retour, les Italiens avaient refusé de revenir sur le terrain après une panne d’électricité survenue à la 88e minute), deux victoires en demi-finales contre le Spartak Moscou, la première devant plus de 100 000 spectateurs, en Russie…
Cette équipe alliait la force et la sérénité, la puissance et le talent. Derrière, le roc Carlos Mozer était le chef du gang, haute autorité de la défense, épaulé par un Basile Boli particulièrement en verve cette saison-là (8 buts en championnat) et un Bernard Casoni intraitable en charnière centrale. Les couloirs étaient dévolus à Manu Amoros à droite et Eric Di Meco de l’autre côté. A la récup’, ils étaient trois solides aboyeurs – Bruno Germain, Bernard Pardo, Laurent Fournier – pour deux places. Voilà pour la puissance.
Et devant, mes aïeux, quel talent… Avec Chris « Magic » Waddle, le dribbleur fou, Jean-Pierre « Bim Bam Boum But » Papin et Abedi, le roi Pelé, ça fusait dans tous les sens, ça jaillissait de partout, c’était capable des gestes les plus dingues. Il s’agissait d’un autre calibre que le trio Völler-Boksic (malgré sa belle saison)-Pelé. La classe au-dessus, en fait.
On n’a pas encore évoqué le banc. Il mérite le détour. Que du beau monde et du high-tech. L’élégant Philippe Vercruysse, 28 matches de championnat et 5 buts, plus 7 de Coupe d’Europe (5 buts) et 5 de Coupe de France (5 buts). L’immense Jean Tigana, peut-être en fin de carrière mais à l’expérience toujours utile dans les moments chauds. Pour ceux qui l’auraient oublié, ajoutons Eric Cantona, sérieusement touché au genou cette année-là, beaucoup utilisé par Franz Beckenbauer, moins par Goethals, son successeur, mais auteur de 8 buts pour 18 matches de D1, plus un autre en C1. Et nous ne parlerons pas du prestidigitateur serbe Dragan Stojkovic. Enquiquiné par des blessures récurrentes, il ne s’adapta jamais vraiment au club.
Oui, cet OM 1991 était plus impressionnant que celui qui allait être sacré deux ans plus tard. Plus impressionnant mais moins chanceux. Et ça change toute l’histoire…

Roger LEWIS / PLANETE FOOT

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