Équipe de France

Débat : Lacazette va-t-il piquer la place de Benzema en équipe de France ?

L’émergence d’Alexandre Lacazette, meilleur buteur de Ligue 1 malgré sa récente blessure, peut-elle remettre en cause le statut de titulaire indiscutable de karim Benzema en équipe de France ? C’est le débat qui a animé la rédac’ ce mois-ci.

OUI

Il suffit de regarder le classement des meilleurs buteurs européens. Il est éloquent. Début février, le podium réunissait Cristiano Ronaldo, Lionel Messi et Alexandre Lacazette. Il fallait descendre à la 13e position pour trouver le nom de Karim Benzema, sans qu’il faille y voir un quelconque coup de grisou des superstitieux en crampons. Quoique… On pourrait dire que Karim partageait la 12e position avec Diego Costa mais le bûcheron brésilien de Chelsea, qui joue pour l’Espagne, tournait à une moyenne supérieure (0,63 but par match contre 0,53 pour le Français). Donc, oui, Karim pointait au 13e rang. Dix rangs derrière Alexandre le Grand, que seuls les deux extraterrestres « CR7 » et « la Puce » parvenaient encore à surclasser.
Bien sûr, réduire la réponse à la froide réalité des chiffres est un raccourci dans lequel il est trop facile de tomber. Une équipe de foot est une alchimie et Karim met aussi son talent au service des autres au Real Madrid où Carlo Ancelotti, comme les autres, loue son travail, aussi décisif que précieux. Oui, Benzema réussit la meilleure saison de sa carrière. « On dit que les footballeurs atteignent la maturité entre 27 et 30 ans, a-t-il rappelé. J’espère que pour moi, le meilleur ne fait que commencer. »
Il a raison, il sort de sa saison la plus riche en équipe de France (9 buts en 13 matches). Mais on aurait tort de réduire le champ des possibles à sa seule trogne en ce qui concerne l’équipe de France. Faut-il rappeler que, malgré sa Coupe du monde plutôt réussie au Brésil, il n’est pas parvenu à faire la différence lors des matches à élimination directe ? Karim met son talent au service de Cristiano Ronaldo dans la Maison Blanche, où il n’est pas seulement un écarisseur de surfaces. Benzema, c’est autre chose. Un buteur qui a besoin de jouer pour les autres, avec les autres. Et c’est là, justement, que le petit père Alex entre en ligne de compte.
Avec Lacazette, qui fêtera ses 24 ans en mai, Didier Deschamps dispose d’un attaquant au profil encore différent. Pas un neuf des surfaces non plus. L’avant-centre de l’OL élargit l’éventail des possibilités autour de sa seule personne. Didier Deschamps le sait bien. Comme il est conscient qu’il n’est pas là pour verser dans le sentimentalisme. « DD », qui n’avait pas hésité à placer Karim sur le banc de touche quand ce dernier ne plantait plus un but (un autre temps, une autre époque), n’a besoin de personne pour le rappeler. Un tel remplacement ne froisserait pas Jean-Michel Aulas qui a eu le culot d’affirmer que « Lacazette (était) plus fort que Gareth Bale ».
Une nouvelle arme fatale se fait jour depuis quelques mois dans le paysage de l’équipe de France. Et sur la route de la victoire à l’Euro 2016, un objectif qui n’est pas encore chanté sur les toits mais qui est bien prégnant au cœur de la maison bleue, la donnée doit compter…

Mathieu DELATTRE / PLANETE FOOT

NON

Petite précision pour commencer : ce débat se place dans l’optique d’une équipe de France évoluant en 4-2-3-1 qui reste, jusqu’à preuve du contraire et après avoir testé plusieurs systèmes, l’option préférée de Didier Deschamps. Celle qui devrait avoir ses faveurs à l’Euro 2016, même si le sélectionneur tricolore ne s’interdit pas, d’ici là, de procéder à d’autres essais (les matches amicaux qui vont accompagner les Bleus les seize prochains mois sont faits pour cela).
En partant de ce précepte à une seule pointe, il n’y a pas de place pour les deux joueurs dans le onze de départ. Il faut faire des choix, trancher. Aujourd’hui, sous prétexte qu’Alex Lacazette marche sur l’eau depuis le début de la saison et qu’il empile les buts en Ligue 1, certains le verraient bien venir chatouiller le leadership de Karim Benzema chez les Bleus. Restons quand même un petit peu sérieux ! C’est bien français de s’enflammer au quart de tour. On est capables de brûler ce que l’on a adoré la veille.
OK, le Lyonnais, qui carbure au rythme d’un but par match en L1, fait davantage que confirmer les espoirs qu’il avait laissés entrevoir la saison passée. De là à le monter au pinacle à l’occasion de sa première grosse saison, il existe une marge. Laissons-le confirmer et emmagasiner de l’expérience. Prouver sa valeur au plus haut niveau. Pour l’instant, ses stats stratosphériques ne dépassent pas le cadre de notre championnat de France, qui ne constitue pas forcément une valeur étalon. Cette année, en quatre matches européeens (3e tour préliminaire et barrage de Ligue Europa, stade de la compétition que l’OL n’a pas dépassé !), face à des adversaires qui n’avaient rien d’affolant, il n’a inscrit qu’un petit but. Alex en est à six apparitions sous le maillot bleu. Avec un petit but.
Vous voulez comparer avec Benzema, titulaire indiscutable au sein d’une équipe galactique, vainqueur de la dernière Ligue des champions ? Karim, version 2014-15, c’est 7 buts en 10 rencontres de Ligue des champions et aussi 15 pions en 28 matches de Liga. Sans parler de ses passes décisives à gogo, en particulier pour son partenaire privilégié, nous avons nommé Cristiano Ronaldo, qu’il arrose de merveilles de sucreries avec une régularité assez phénoménale. Le dernier Ballon d’or, pas du genre à adresser des compliments pour le plaisir, sait tout ce qu’il doit à son pourvoyeur français. « Pour moi, expliquait-il récemment, il s’agit du meilleur attaquant de la Liga et de l’un des meilleurs du monde. » Même son de cloche chez le coach du Real, le Mister multi-titré, Carlo Ancelotti, lui aussi sous le charme. « J’aime le travail que Karim accomplit. Je ne l’ai peut-être jamais vu aussi bon. C’est un joueur vraiment très important pour nous. »
Un joueur très important pour le Real doit quand même se situer quelques tons au-dessus d’un joueur très important pour Lyon, non ? Alexandre grandit et constitue probablement une solution qui deviendra incontournable à moyen terme. Mais le boss des neuf en Bleu – et sans doute pour un moment encore -, pas de doute, c’est Benzema !

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