Équipe de France

Débat : La France va-t-elle remporter son Euro ?

A neuf mois de l’Euro organisé en France, la question a mis en ébullition la rédac’. Alors, ces Bleus vont-ils aller au bout de leur rêve ? Débat contradictoire.

OUI

Bon, il y a d’abord ce clin de l’histoire. Depuis cinquante ans, les Bleus ont remporté la mise et soulevé le trophée à chaque fois que la compétition était organisée dans notre douillet et rassurant cocon. Notre cher hexagone. Certes, il n’y a pas eu des dizaines de compétitions. Juste deux. Mais deux tellement marquantes…
La première, l’Euro 1984, avait permis à la formation drivée par Michel Hidalgo de dépuceler l’équipe nationale et les sports collectifs français, dans leur ensemble, en terminant enfin une compétition internationale dans la peau du winner. La pression était énorme sur les épaules de nos petits Bleus mais, emportés par la foule et sous les vivats d’un public tout acquis à leur cause, ils l’avaient transformée en un magnifique feu d’artifice, dans le sillage de l’archange Michel Platini, toutes ailes déployés, si haut dans les étoiles.
Pour la seconde, en 1998, qui était une Coupe du monde, on vous rappellera le scepticisme ambiant qui entourait la formation d’Aimé Jacquet, lui-même sous le feu des critiques avant même que ne débute la compétition. Et l’histoire s’était terminée en un raout géant de centaines de milliers de personnes sur les Champs-Elysées, dans la plus sympa des cohues. Le crâne déplumé de notre casque d’or d’un soir, un certain ZZ, avait anéanti le Brésil de Ronaldo en finale (3-0).
Clin d’œil de l’histoire pour un proverbe qui dirait vrai – Jamais deux sans trois – ? Evidemment, on va nous répondre que le contexte et les époques sont différents. Que l’équipe de France n’a plus forcément ce leader technique (Michel Platini en 1984, Zinédine Zidane en 1998) et ce meneur d’hommes (Platini en 84, Didier Deschamps en 1998) capables de porter tout un groupe jusqu’aux cimes. On pourra aussi pérorer à propos de ce printemps 2015 pourri, avec trois défaites consécutives face au Brésil, à la Belgique et surtout l’Albanie.
C’est tout de même oublier un peu vite tout ce qui avait été construit auparavant, depuis un fameux France-Ukraine fédérateur, prolongé par une Coupe du monde des plus encourageantes, à tout point de vue, où nos Tricolores se sont inclinés sur le fil du rasoir face au futur vainqueur (0-1 contre l’Allemagne en quarts de finale). Douce période qui s’est étirée jusqu’à la fin de l’année civile.
Ce fameux printemps 2015, la Desch’, passé du rôle de meneur en 1998 à celui de sélectionneur aujourd’hui, l’a évoqué juste après le récent succès au Portugal qui mettait fin à la spirale. Ecoutez bien : « A l’époque, je n’étais pas inquiet, j’étais insatisfait. » Vous saisissez la nuance ? Elle est d’importance. Pour ceux qui n’ont pas tout suivi, voici, comme explication de texte, la suite de son discours de Lisbonne. « Au-delà de notre succès, je retiens surtout l’état d’esprit qui a été et qui doit toujours être le nôtre. On a été très costauds défensivement. Retrouver une solidité au haut niveau, c’est quelque chose de très important. »
Etat d’esprit, solidité : voilà ce qui avait chiffonné le coach tricolore lors de ce printemps frisquet pour nos couleurs. Il est, aujourd’hui, rassuré. Blaise Matuidi ne dit pas franchement autre chose : « Il fallait revenir aux bases, explique le Parisien. Quand on ne se la raconte pas, qu’on joue les uns pour les autres, on est très difficiles à battre. »
Alors oui, avec cette grinta et cette envie qui coulent à nouveau dans leurs veines et avec ce public qu’ils ont su reconquérir, après les funestes épisodes que l’on sait, ils vont le faire. Avec ce sélectionneur qui a la victoire comme ADN, ces jeunes pleins de talent et ces cadres qui veulent enfin noircir leur palmarès en Bleu, ils vont le faire.

Roger LEWIS / PLANETE FOOT

NON

La perspective d’accueillir une phase finale crée toujours une promesse à double tiroir. Il y a l’envie de recevoir le monde, enfin l’Europe en ce qui nous concerne, en juin prochain et l’enthousiasme qui revient toujours, toujours plus contagieux, l’envie d’imaginer nos Bleus aller au bout. D’accord, l’histoire de l’équipe de France de foot montre qu’elle préfère jouer à domicile pour gagner. Le sacre de l’Euro 2000 s’immisce ici en exception qui confirme la règle. Unique exploit de nos Bleus hors de leur sol, faute de présenter le plus imposant palmarès des sports co’ français, qui appartient aux handballeurs.
Alors, champions d’Europe en 1984 et 2000, champions du monde en 1998 et donc champions d’Europe en 2016. Ça a de la gueule. La fameuse règle du « Jamais deux sans trois », roulez jeunesse et tous sur les Champs ! Et puis quoi encore ? A tous les adeptes du « early-booking », on rappelle qu’avant de programmer votre sortie festive et le champagne pour le 10 juillet, les Bleus de 1984 avaient « Platoche » et ceux de 1998 Zidane. 2016 ? Didier Deschamps a beau s’avancer vers l’Euro comme vers chaque compétition qu’il s’apprête à disputer, autrement dit pour gagner, il a secoué les couettes, soulevé tous les matelas dans le château de Clairefontaine et n’a pas trouvé la queue d’un leader de ce niveau.
Oui, l’équipe de France a réussi son opération « Reconquête des cœurs » en se hissant en quarts de finale de la Coupe du monde au Brésil, surtout en y affichant une cohésion et un état d’esprit bien plus sympathiques que le troupeau de moutons sourds et muets enfermés dans un bus en Afrique du Sud en 2016. Oui, les Bleus font légitimement partie du peloton des candidats déclarés, tant la compétition qui s’annonce est ouverte et incertaine. Mais non, aucun joueur de classe mondiale ne mène la danse dans cette équipe de France.
Karim Benzema est tellement dans l’ombre de Cristiano Ronaldo au Real Madrid qu’il ne supporte pas la lumière du numéro 1 qu’il doit endosser en Bleu. Paul Pogba n’est pas encore fixé sur le terrain, son expérience de faux meneur de jeu à Lisbonne l’atteste. Blaise Matuidi, toujours énorme et exemplaire, refuse de prendre le rôle, il le redit plus loin dans ces pages. Plusieurs cadres actuels de la maison tricolore vivent une situation difficile dans leur club. On pense, par exemple, à Mamadou Sakho, le symbole de France-Ukraine, la première page du nouveau livre, en souffrance à Liverpool, ou à Yohan Cabaye, à la relance à Crystal Palace parce que barré au Paris SG.
La charnière centrale, souvent la base de toute conquête, n’est même pas encore dessinée (qui avec Raphaël Varane ?) et il faudrait déjà aller soulever le trophée ? Et d’ailleurs, qui pour le soulever ? Ah oui, Hugo Lloris, le capitaine. Même en tapant les paillassons au seuil du château, Didier Deschamps a bien du mal à entendre l’écho de sa voix. Bien sûr, les Bleus ont le droit de remporter leur Euro, ce n’est pas interdit et ce serait même une sacrée bonne idée. Mais non, ce n’est vraiment pas gagné.

Mathieu DELATTRE / PLANETE FOOT

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