Équipe de France

Débat : Didier Deschamps devait-il sélectionner Nabil Fekir ?

Les tergiversations de l’attaquant lyonnais Nabil Fekir, qui a finalement choisi d’opter pour les Bleus de France au détriment des Fennecs d’Algérie, ont beaucoup fait causer au sein de la rédaction. Le sélectionneur tricolore devait-il l’appeler ? Le joueur a-t-il, aujourd’hui, le niveau international ? C’est le débat du mois !

OUI

Bon, d’accord, on ne prétendra pas que Nabil Fekir a parfaitement géré la communication de ce dossier qui a enflammé, de manière un peu surréaliste, le monde du foot des deux côtés de la Méditerranée. Le (brûlant) dossier en question concernait le paletot que le natif de Lyon, de parents algériens, souhaitait enfiler en équipe nationale. Celui des Bleus ou celui des Fennecs ? Entre hésitations et séances de rétropédalage, Fekir s’est sérieusement emmêlé les pinceaux. Mais mettez-vous à sa place…
Le môme n’a que 21 ans. Il y a un an encore, c’était un illustre inconnu et voilà que du jour au lendemain, il se retrouve au cœur d’un incroyable tourbillon médiatique, tiraillé entre ses aspirations personnelles – il a tenté de peser au mieux le pour et le contre dans son plan de carrière – et les conseils forcément avisés mais souvent contraires de sa famille, de son club, des sélections concernées et d’un peu tout le monde. De quoi vous embrouiller le cerveau, non ?
Tout cela dit, l’attaquant de l’OL a tranché et opté pour le maillot de son pays de naissance. Y aurait-il quelque chose de choquant à cela ? En février, Didier Deschamps, sans préciser s’il allait l’appeler, avait lâché à son sujet : « Nabil joue beaucoup en club, il est performant. Il évolue dans un registre différent. Oui, il s’agit d’un joueur intéressant. » Ce qui, dans le langage du sélectionneur tricolore, signifie quand même beaucoup. Il a d’ailleurs envoyé son plus fidèle lieutenant, Guy Stéphan, superviser de plus près le protégé de Jean-Michel Aulas, qui n’a pu que magnifier le tableau. Evidemment que Fekir, c’est du top niveau. Evidemment qu’il méritait d’être vu. Peut-être pas dans la peau d’un titulaire mais pour l’intégrer au groupe et le préparer dans l’optique de l’Euro 2016 et des échéances suivantes. C’est ainsi que « DD » procède depuis le début de son mandat.
Au rayon des critiques, on entend déjà les grincheux et les radoteurs en tout genre nous asséner qu’il s’agit de sa vraie première saison au plus haut niveau et qu’il devrait confirmer avant d’être lancé dans le grand bain des Bleus. On se contentera de leur répondre par la seule vérité qui compte, celle des chiffres : à la mi-mars, il en était à 11 buts, 7 passes décisives et 5 penalties provoqués en Ligue 1 avec Lyon. Autrement dit, il se trouvait directement impliqué sur 41% des buts de son club. On demandera aussi aux éternels râleurs combien de matches de Série A Paul Pogba – dont la présence est aujourd’hui une évidence et même un peu plus – avait dans les pattes quand il a débuté son bail en équipe de France. Révisez vos classiques, messieurs, dames, et sachez que la valeur n’attend pas le nombre des années !
Nabil a aussi l’avantage de présenter un profil différent dans le paysage du football français. Que d’atouts, décidément ! On pourrait encore évoquer sa polyvalence puisqu’il est capable d’évoluer sur l’aile gauche mais également en meneur de jeu ou en deuxième attaquant, comme c’était le cas, ces derniers temps, en club, où sa relation technique avec Alexandre Lacazette – un autre international – constitue un véritable régal.
On laissera le mot de la fin au président de la FFF, Noël Le Graët, qui vaut mieux que de longs discours. « Ce joueur fait partie des plans de Didier Deschamps. Le sélectionneur n’a jamais hésité à lancer un certain nombre de jeunes dans l’aventure, notamment durant la dernière Coupe du monde. Aujourd’hui, Fekir, avec ce qu’il montre sur le terrain, n’est plus à classer au rayon des espoirs mais des hommes confirmés pour renforcer la sélection. »
Tout est dit. On rajoutera quand même ceci : même s’il a été un peu tourneboulé, le bonhomme a prouvé qu’il avait quand même, outre son talent naturel, une sacrée force de caractère. Quelques heures après l’annonce de sa décision, il a réalisé un véritable récital sur la pelouse de Montpellier, principal artisan du flamboyant succès des Gones (1-5) avec deux buts à son compteur perso et un nouveau penalty. Obtenu grâce à sa pomme et transformé par son pote Lacazette. Autre chose ?

Roger LEWIS / PLANETE FOOT

NON

Avant toute chose, redéfinir le cadre. Nous parlons donc de Nabil Fekir, révélation de la saison à l’OL et dont la relation technique avec Alexandre Lacazette fait des ravages sur toutes les pelouses de France. Toutes ? Pas tout à fait. On se souvient que Nabil avait eu du mal à exister lors du premier « Olympico » de la saison. L’OL l’avait certes emporté face à l’OM grâce à un but splendide de Yoan Gourcuff mais Fekir, remplacé dès l’heure de jeu par Clinton Njie, n’avait pas gardé un souvenir impérissable de sa soirée. Rebelote au Vélodrome au retour. Comme une marche en plus qu’il n’arriverait pas à gravir. Et on veut parler ici du dernier étage, de la marche internationale. Les Lyonnais sont repartis avec un nul heureux de Marseille et Nabil avec les mêmes questions qu’à l’aller au-dessus de l’épaule. L’escorte en plus.
En se prononçant pour les Bleus de France au détriment des Fennecs d’Algérie tout juste avant un récital de rêve sur la pelouse de la Mosson (victoire 5-1 des Gones dans l’Hérault une semaine avant le choc du Vélodrome), le gaucher lyonnais a mis la Twitto, la sphère, bref, toute la « social connection » en ébullition. Jusqu’au sélectionneur national qui a très peu goûté, c’est peu de le dire, ses mots dans « L’Équipe » du surlendemain : « Je me suis entretenu avec Didier Deschamps, qui s’est montré très convaincant. Il m’a dit qu’il comptait sur moi, que j’étais un joueur intéressant. » On ne va pas dire que « DD » est tombé de l’armoire mais le café, ce matin-là, a bien failli lui brûler le gosier.
Redéfinissons le cadre, donc : Nabil Fekir, c’était 11 buts et 7 passes décisives après 25 rencontres de Ligue 1 cette saison. Des statistiques assez bluffantes pour un faux ailier, vrai neuf-et-demi qui a développé, avec Lacazette, l’une des relations techniques les plus fines du championnat. Il est la révélation de la saison 2014-15 et le nouveau joujou de Jean-Michel Aulas qui s’excite beaucoup plus sur son compte Twitter que ne le font les cours de l’action OL Groupe sur les marchés financiers. « C’est mon Lionel Messi à moi. » Si, si, « JMA » l’a écrit !
Puisqu’il y a un cadre à définir, restons sérieux. Rappelons donc que Nabil Fekir, c’était à peine une quarantaine de matches de Ligue 1 dans les jambes (11 la saison dernière, auxquels il faut ajouter ceux de cette année) et 10 buts en 51 rencontres de CFA2 avec la réserve lyonnaise. Le talent n’a pas d’âge ? Non, alors rappelons encore et en restant toujours dans le cadre, hein, qu’au même âge, Lionel Messi en était à 31 buts marqués en 78 matches de Liga. Il avait deux titres de champion d’Espagne dans la manche, une Ligue des champions dans la poche et une finale de Copa America, à 20 ans, dans les pieds…
Le Lyonnais devait faire le choix du maillot. Le choix du cœur avec un fennec dessus ou le choix du cœur avec un coq. Pas du tout cuit. C’est toujours difficile quand la passion s’entremêle avec la raison. Mais ce n’est pas parce qu’il choisit la France que Didier Deschamps doit le sélectionner. Et puis avec un an de matches amicaux, il peut jouer autant qu’il veut avec les Bleus, il reste toujours sélectionnable pour Christian Gourcuff et l’Algérie. Tout ça pour ça ?

Mathieu DELATTRE / PLANETE FOOT

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