Équipe de France

Débat : Arsène Wenger a-t-il eu raison de repousser les avances du PSG ?

Après le départ de Carlo Ancelotti, Arsène Wenger était la priorité du Paris SG de Nasser Al-Khelaïfi. L’Alsacien a finalement choisi de continuer à Arsenal. A tort ou à raison ? C’est le débat du jour.

OUI

Le mieux, pour comprendre la position d’Arsène Wenger, c’est de l’écouter développer ses arguments. « J’ai déjà répondu aux questions concernant le Paris Saint-Germain : je respecte mes contrats. » Or, le sien court jusqu’en 2014. Cela signifie-t-il qu’il pourrait débarquer dans un an, comme l’espère Nasser Al-Khelaïfi ? Tout doux. Ne pas aller plus vite que la musique. Wenger toujours : « Je veux rester après 2014 si je considère que je fais les choses bien et que le club le considère aussi. Nous sommes passés par une période très compliquée mais on est en train d’en sortir avec une forte position économique. Je crois qu’Arsenal se trouve en situation de force pour l’avenir. » Wenger est convaincu que l’instauration du fair-play financier, à partir de 2014, va changer la donne et permettre aux Gunners de retrouver les cimes. « C’est à ce moment que nous allons commencer la compétition », aime-t-il à répéter.
L’Alsacien en est persuadé : Arsenal, qui s’est qualifié, soit dit en passant, pour sa seizième Ligue des champions consécutive (pas mal pour un club passé par une période très compliquée), a mangé son pain noir et va être de nouveau compétitif pour un titre, récompense que le club attend, comme lui, depuis huit ans. Et, fait très important à ses yeux, même s’il a parfois été chahuté par les supporters ou les médias, Wenger a toujours gardé la confiance absolue et le soutien total de ses dirigeants, comme le confirme cette déclaration du directeur sportif Ivan Gazidis au quotidien « Evening Standard ». « Je pense que le coach est toujours très ambitieux. Il est conscient du potentiel du club pour le futur et très excité à cette idée. Nous avons une très bonne relation, donc tranquillement, au moment opportun, nous lui ferons une proposition de prolongation, loin des caméras, en privé. »
La confiance, ce n’est pas forcément une notion que cultivent avec assiduité les dirigeants parisiens, même quand les résultats suivent. Antoine Kombouaré a été viré en décembre 2011 sur un titre de champion d’automne. Moins d’un an plus tard, Carlo Ancelotti a senti passer le vent du boulet avant qu’une victoire contre Porto, lors du dernier match de poule de Ligue des champions, n’éloigne cette menace très sérieuse.
Enfin, Arsène a les pouvoirs absolus chez les Gunners. Il est décisionnaire sur tous les dossiers importants. Comment pourrait-il accepter de voir ses prérogatives réduites dans l’organigramme du PSG tel qu’il se présente aujourd’hui ? Il aurait été difficile, voire impossible, par exemple, de l’imaginer cohabiter avec l’omniprésent Leonardo qui avait fait notamment des dossiers transferts sa chasse gardée. Philosophiquement, Wenger se trouve très loin de Paris. Son credo, c’est de bâtir sur un projet, pas d’empiler les superstars à coups de millions de dollars.
A Arsenal, où il vient d’entamer sa 18e saison, devenant ainsi le manager le plus ancien en place en Angleterre depuis la retraite de Sir Alex Ferguson, il sait tout du club, il a les clés du domaine. Au PSG, il se doute qu’il y aurait, dans une vraie guerre d’influence, des gens bien intentionnés pour glisser des peaux de banane sous ses chaussures, à la moindre opportunité.
Toutes ces bonnes raisons font qu’Arsène Wenger, 63 ans, pourrait bien terminer sa carrière sur les bords de la Tamise. At home, quoi.

Roger LEWIS

NON

Et si Arsène faisait la saison de trop ? A force de toujours vouloir aller au bout de ses contrats et de toujours repousser l’instant fatidique de la séparation, l’emblématique manager d’Arsenal, qui a donc bouclé sa 17e saison au club au printemps dernier, n’a-t-il pas fini par mettre la tête dans le sable ? A le connaître, un peu, et à le voir évoluer, beaucoup, ce n’est vraiment pas le genre de la maison. Il connaît la musique par cœur et ce ne sont pas les saisons sans titre d’Arsenal qui changeront le diapason. Avec Wenger, ça file droit. Arsène marche droit et plutôt la tête haute que le regard plongé sur ses mocassins.
Mais le changement a du bon. Et dans la capitale, tout est réuni. Monter un projet d’envergure internationale à Paris, il y a longtemps qu’il en parle. « Quand je vois le nombre de clubs de Premier League à Londres et le bassin de population de la région Ile-de-France, il est inconcevable que Paris n’ait pas au moins deux clubs de dimension européenne. C’est la seule capitale européenne dans ce cas. Il y a un vivier de joueurs impressionnant que peu d’agglomérations au monde peuvent se targuer d’avoir. C’est une anomalie », a-t-il souvent répété.
Ça, c’était avant. Le projet d’envergure se monte, Paris a déjà retrouvé les sommets et se place comme LA menace n°1 pour la campagne de Ligue des champions en cours. Et Arsène tourne les mocassins ou plutôt les talons ? Incroyable ! La raison est simple : l’Alsacien ne veut pas travailler avec les Qatariens et ce ne sont pas les explications du départ de Carlo Ancelotti, après seulement dix-huit mois de bail, qui vont le faire changer d’avis. Les fonds illimités, les grands joueurs qui s’amoncellent, le champ des prérogatives réduit en posant ses fesses sur le banc de touche, Arsène n’en veut pas. Très peu pour lui, aussi, la cohabitation avec un manager général à la Leonardo ou tout autre huile essentielle.
Oui mais Nasser Al-Khelaïfi le veut lui et personne d’autre, de façon quasi-obsessionnelle. Neuf dans le milieu mais pas bizuth non plus, il connaît déjà les spécificités, les exigences et les conditions de celui que l’on peut considérer comme le plus grand manager-formateur français en poste. Et pour Wenger, une telle opportunité – Paris peut s’offrir qui il veut et possède un potentiel de développement énorme, à moyen et long termes, grâce au bassin de population – ne se représentera pas deux fois.
Sur la balance du pour et du contre, il y a des opportunités qui ne se refusent pas. Donc, non, on ne comprend pas comment l’affaire ne se ferait pas et même pourquoi elle ne s’est pas encore faite. A moins que tout ne soit déjà ficelé, caché et secret, au fond d’un dossier. Et que Wenger arrive l’an prochain, à l’expiration de son contrat avec les Gunners, avec les pleins pouvoirs, pour succéder à Laurent Blanc ? On en doute. La possibilité de le voir prolonger à Londres, où il est manager, architecte d’intérieur et connaît tout du foot anglais sur le bout des doigts ? L’hypothèse est plus crédible. C’est son droit. Mais on a aussi le droit de penser qu’il se trompe…

Mathieu DELATTRE

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