Étranger

David Alaba, ça vole haut

David Alaba est aussi métissé (mère philippine, père nigérian) que polyvalent. Comme Philipp Lahm, l’Autrichien du Bayern Munich saute de poste en poste avec la même facilité. Parmi les meilleurs arrières gauche du monde mais pas que…

Si vous êtes un accroc de la Ligue 1, un serial killer du samedi après-midi, du samedi soir, du dimanche après-midi et encore du dimanche soir, avachi sur le canapé avec la zapette dans une main et les coussins déformés dans le dos, peut-être vous accordez-vous un peu de repos les week-ends de relâche. Ceux qui laissent la place aux dates internationales. Il faut bien récupérer, c’est vrai. C’est long, une saison. Peut-être ne savez-vous pas que l’Autriche fait partie des premiers qualifiés pour l’Euro 2016. Invaincue, leader de son groupe avec… 8 points d’avance sur la Russie et 10 sur la Suède de Zlatan Ibrahimovic (avant les matches d’octobre), chez qui la Wünderteam de 2015 est allée valider son billet pour la compétition en France, avec la manière et même un peu plus que ça, le mois dernier (victoire 4-1 à la Friends Arena de Solna !) Il va falloir s’y faire, voire s’y habituer. Les Rouges de Vienne sont de retour, le Präter de Vienne fait toujours de l’effet et ce n’est plus David contre Goliath les concernant mais surtout… David.
David Alaba, le gaucher du Bayern Munich (code « Bundesliga « dans la case du samedi après-midi de votre week-end surbooké), que l’on avait découvert avant qu’il n’ait 20 ans en Bavière, a pris une nouvelle dimension, aussi bien avec sa sélection qu’avec son club, depuis deux saisons. Comme une nouvelle référence à son poste. Enfin, son poste… Arrière latéral à ses débuts, David est tellement bon partout que Pep Guardiola l’utilise aussi bien au milieu du terrain que dans l’axe de la défense. Mais c’est une autre histoire. Celle de sa polyvalence.

Record de précocité à 17 ans et 232 jours
Alaba, c’est surtout une ascension supersonique jusqu’au plus haut niveau et une histoire d’amour avec le Bayern qui, si elle est partie pour durer, n’a pas mis longtemps à prendre corps, pour celui qui avait débuté le foot au SV Aspern avant de rallier l’Austria Vienne à 10 ans. Repéré par les scouts du Bayern à 15 ans, David rejoint la Bavière à 16, à un âge où se décide souvent une carrière. L’âge du « cut », en gros. C’est là que Alaba va réussir quelques « trous en un ».
Après seulement six mois avec la réserve, il devient le plus jeune joueur à représenter le géant de Bavière en compétition officielle chez les seniors, à 17 ans et 232 jours. Puis, sans stress, en Ligue des champions, à 17 ans et 259 jours. Rapide, sûr dans ses prises de balle et sa première passe : on décèle chez le gamin le prototype du parfait arrière latéral d’avenir. Couvé, dans l’intimité de la SäbenerStrasse, par Franck Ribéry notamment – il n’a de cesse de rappeler l’importance du Français dans sa progression -, David se glisse au milieu des stars munichoises. Pas encore majeur, il est déjà installé dans l’un des trois plus grands clubs du monde. Alors forcément, l’histoire en accéléré du bonhomme franchit à l’aise les sommets du Tyrol pour arriver jusqu’à Vienne. Le 14 octobre 2009 (contre la France), il fête sa première sélection avec l’Autriche, à 17 ans, 3 mois et 20 jours. Et bien sûr, il devient le plus jeune joueur à porter la tunique autrichienne.
Mais c’est bien l’année 2010 qui va vraiment éclater la barre, le seuil qui lui résistait. Alors conduit par Louis Van Gaal, le Bayern dévore tout sur son passage en Ligue des champions avec une jeune garde pleine de fougue, les Holger Badstuber, Diego Contento, Thomas Müller et David Alaba. A peine 20 ans et des dents à rayer les pelouses. Van Gaal se justifie alors ainsi : « Si je vois quelqu’un qui a du talent, je le mets dans l’équipe. Peu importe son âge. » Une confiance presque aveugle que le joueur n’a toujours pas oubliée. « Van Gaal a joué un rôle très important dans ma carrière. Encore aujourd’hui. Il a toujours été là quand j’avais besoin de lui. Il reste une personne très importante pour moi. »

« J’ai progressé en tant que joueur mais aussi en tant qu’homme »
Dans la foulée de ce printemps européen qui verra les Bavarois chuter en finale (0-2), face à l’Inter de José Mourinho, à Santiago Bernabeu, Karl-Heinz Rummenigge déclare, prémonitoire : « On dit souvent que le Bayern se contente d’utiliser ses ressources financières pour acheter de grands joueurs. C’est un mythe. Cette saison le démontre. » Une saison pas tout à fait comme les autres, donc, pour Alaba qui se souvient : « On s’améliore sans cesse au contact des plus grands joueurs. Pour moi, passer en équipe première a constitué une étape très importante. A partir de ce moment, j’ai appris autant sur le terrain que dans la vie en général. J’ai progressé en tant que joueur, dans tous les compartiments de mon jeu, mais aussi en tant qu’homme. »
S’ensuivront, après six mois de prêt à Hoffenheim, de janvier à juin 2011, dans le cadre du transfert de Luiz Gustavo au Bayern, le Grand Chelem de Jupp Heynckes en 2013 et la révolution de velours Pep Guardiola derrière. Des saisons qui en valent dix quand on a 20 ans. De quoi afficher, à 23 piges, un palmarès de folie (voir par ailleurs), en plus d’une progression presque foudroyante. Vingt-trois ans, donc, et déjà une quarantaine de sélections avec l’Autriche (une dizaine de buts marqués). Un statut de pilier et, fait nouveau depuis que Guardiola a enfilé la jupette bavaroise et s’est mis à la bière, une polyvalence de malade.
David l’arrière latéral se mue en stoppeur gauche. Alaba l’arrière gauche devient une sentinelle devant la défense. Comme Philipp Lahm. Ou un relayeur, toujours à gauche, à l’image d’un Blaise Matuidi. Alaba joue partout, avec la même assurance et la même efficacité. C’est assez rare au plus haut niveau (on peut donc citer Lahm ou, à un degré moindre, Daniele De Rossi à la Roma, qui peut jongler entre le milieu et la défense centrale mais qui ne s’exile jamais sur un côté). Mais c’est du jamais vu à 23 ans ! « J’essaie juste de faire ce que l’entraîneur me demande. Je joue différemment sur les phases offensives, je suis plus impliqué, j’attaque beaucoup par le centre ou les ailes. C’est le coach qui m’a fait prendre conscience de cela et gagner en confiance, aussi. »

Citoyen du monde
Blessé au genou deux fois en cours de saison dernière (une fois à l’automne, une fois début avril, ce qui l’a privé de la fin de saison), David est réapparu propre comme un sou neuf au mois d’août avec une ambition aussi débordante que ses chevauchées balle au pied. « J’ai essayé de prendre mon temps, tout en cherchant à revenir le plus vite possible. C’était assez frustrant mais il ne faut pas rigoler avec le genou. Maintenant, je regarde devant. J’ai tenté, tout au long de ma convalescence, de rester concentré sur mon travail. Et de rester calme ! »
Etre éloigné des terrains le rend dingue. « Je vois le Borussia Dortmund et le VfL Wolfsburg comme nos deux principaux rivaux cette saison. Ils vont vouloir montrer qu’ils sont toujours au plus haut niveau. Mais nous allons faire notre maximum pour nous maintenir sur la plus haute marche. » Ce n’est pas la correction infligée au VfL, un soir de panne de logiciel moteur, quand Robert Lewandowski a planté cinq buts en neuf minutes, qui va le faire changer d’avis.
Sous contrat jusqu’en 2018 en Bavière, Alaba peut voir venir. Mais Karl-Heinz Rummenigge prévient déjà : « A son âge, on peut dire qu’il est sous contrat jusqu’à au moins 2020. David est l’un des plus grands et plus talentueux arrières latéraux du monde. » Traduction : si tout a un prix, Alaba, c’est très, très cher…
Un père nigérian, une mère philippine (ses parents sont à l’Allianz Arena chaque fois qu’il y joue), une naissance à Vienne : David ne pouvait décidément pas faire comme tout le monde ! Alaba, c’est l’exception. Elu chaque année ou presque Sportif de l’année en Autriche, il est devenu un peu plus qu’un footballeur. « C’est tellement magique ! Je vis un rêve éveillé. C’est pour cela que je profite de chaque occasion pour remercier tous ceux qui ont cru et qui continuent de croire en moi. » Et la Ligue des champions, alors ? David, élu dans le onze type de l’UEFA de l’année 2014 (en compagnie de Manuel Neuer, Arjen Robben et Philipp Lahm), ne l’occulte pas, évidemment. « Vous savez, au Bayern, il faut remporter toutes les compétitions auxquelles on participe. »
C’est marrant, on l’avait deviné. Après, il sera temps pour lui de se consacrer pleinement à ses devoirs de vacances. En juin prochain, il sera la star de l’Autriche à l’Euro. Et il ne faudrait peut-être pas trop se féliciter de la prendre au tirage…

Vu… par Pep Guardiola
« David est toujours là. C’est un joueur incroyable ! Il n’a pas peur, il est discipliné, il pense toujours à l’équipe, il n’est jamais focalisé sur lui-même. Avec lui, le Bayern possède une star pour les années à venir. C’est un joueur et un être exceptionnels. »

Profil
■ Né le 1992 à Vienne (Autriche)
■ Arrière latéral
■ 1,80 m, 75 kg
■ International A (Autriche), 39 sélections, 10 buts
■ Roadbook : Austria Vienne (AUT, 2007-08), Bayern Munich (ALL, 2008-janvier 2011), Hoffenheim (ALL, p. janvier-juin 2011), Bayern Munich (ALL, depuis 2011)
Palmarès :
Mondial des clubs en 2013 avec le Bayern Munich
Supercoupe d’Europe en 2013 avec le Bayern Munich
Ligue des champions en 2013 avec le Bayern Munich
Champion d’Allemagne en 2010, 2013, 2014 et 2015 avec le Bayern Munich
Coupe d’Allemagne en 2013 avec le Bayern Munich

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