Étranger

Dans les pas de Javier Pastore

Nouveau prince du Parc des Princes, l’Argentin a transformé le PSG et illumine Paris comme il joue. Simplement et tourné vers l’avant. Déjà parti, après quelques mois seulement, pour laisser son empreinte. Forcément, on s’est lancé sur ses traces.

Il est arrivé, il a tout changé. Il est arrivé et Paris s’est remis à chanter. C’est tout qui a changé dans la capitale. Il n’aura pas fallu attendre des mois. A peine un, en fait, pour voir la transformation du PSG. L’arrivée de QSI (Qatar Sports Investments) et de ses crédits illimités créait mille promesses. Leonardo, Père Noël en été, a effectué un recrutement terriblement onéreux (85 millions d’euros) mais ô combien ciblé. Son plus beau cadeau ? Sa pépite, son joueur « fuoriclasse », comme on dit en Italie. Enfin, comme on disait. Car le joueur de classe mondiale, le génie, évolue désormais chez nous et il se nomme Javier Pastore.
« J’aurais bien aimé le prendre au Milan AC mais je n’avais pas les moyens de m’aligner sur les tarifs du Paris SG », confessa Massimiliano Allegri, le coach des Rossoneri. Ce qui veut tout dire. Au lendemain de son but décisif face à Lyon (2 octobre 2011, PSG-OL 2-0), « La Gazzetta dello Sport » titra : « PastoRE de Francia » (Pastore, roi de France) en le comparant à la Joconde. Rien que ça ! A 42 patates, Paris ne jouait déjà plus dans la même cour. « El Flaco » (« le Maigre », son surnom, en raison de son gabarit atypique : 1,87 m pour 75 kg), le joueur le plus cher de l’histoire du championnat de France, évolue sur sa planète. La pression de son transfert ? L’adaptation à Paris et à la Ligue 1, réputée fermée et tactique, ce championnat où toutes les équipes jouent pour ne pas perdre et où, par conséquent, les espaces se réduisent, se referment ? Une aimable plaisanterie. Pas la peine de chercher trace de joueur d’un tel calibre dans l’Hexagone.

Paris entre dans une nouvelle dimension
C’est un joueur différent, à part. C’est un peu tout ce que vous voulez mais c’est surtout un joueur comme le championnat de France n’en a pas accueilli depuis (trop) longtemps. Pastore marche sur les traces de Safet Susic, l’un des meneurs de jeu étrangers de référence dans l’histoire du club, comme Raï et Ronaldinho. Pastore a mis tout Paris à sa botte en un mois à peine. Quelques heures, même. Et forcément, ça déteint. « Si on continue comme ça, en restant bien disciplinés, concentrés et déterminés, oui, on peut viser le titre », disait Zoumana Camara après la victoire à Montpellier.
Montpellier ? Deux buts de Pastore dont un chef-d’œuvre, une merveille de reprise de volée sur un centre de plus de 40 m, une transversale de Siaka Tiéné. En pleine course, s’il vous plaît. Après avoir commenté son premier match du Paris SG cette saison, Elie Baup s’enthousiasma : « Il cherche toujours les espaces, quitte à se poster à l’opposé de l’action. Au moment où il pose le pied sur le ballon, Pastore n’est même plus en recherche d’informations. Il a déjà trouvé la solution. Forcément, pour nous Français, c’est un genre de joueur qui rappelle Zinédine Zidane ou Michel Platini. » Contre Lyon, pour son premier choc, il a encore fait la différence. Il a gagné la partie à lui tout seul. Anthony Réveillère témoignait à son tour, le lendemain du match : « Il est très intelligent tactiquement parce qu’il se place toujours par rapport à l’équipe adverse. Quand on était en phase d’attaque côté gauche, il venait dans ce secteur pour se retrouver libre. Même chose à droite. Il est vraiment pas mal. On l’a vu, non ? » Tout le monde l’a vu.

La pression ? Quelle pression ?
Déjà, en révélant son transfert via Twitter, il avait mis Paris en émoi. L’homme qui valait 42 millions aurait pu mettre du temps à digérer son transfert. A fortiori à Paris, avec cette pression capitale. Là où bon nombre d’étrangers se sont brûlé les ailes. Pas lui. Présentation officielle. On n’avait pas vu pareille affluence médiatique depuis l’arrivée de Ronaldinho. Sa première apparition sur la pelouse du Parc ? Avant PSG-Lorient, elle rend dingue le stade de la Porte d’Auteuil, debout et rêveur, pendant près de deux minutes !
Lucho Gonzalez, son compatriote, précisait quand il jouait encore à l’OM : « Je le connaissais déjà en Argentine (ndlr : Pastore a évolué à Huracan, dans le même club que l’ex-Marseillais). Il a beaucoup progressé à Palerme. Je suis certain qu’il réussira en France parce qu’il a tous les atouts requis et parce qu’il est placé dans les meilleures conditions pour y parvenir. Bien sûr, tout le monde a parlé du montant de son transfert. C’est une habitude dans ce pays de parler du prix des joueurs mais c’est un gars tranquille et intelligent. Je pense sincèrement qu’il va réussir. » Javier, en mode rock star, mit le public de la capitale dans sa poche par les mots avant de faire par les pieds : « Je suis très content de l’accueil que m’ont réservé les supporters à mon entrée sur le terrain. J’ai entendu mon nom chanté par tout le stade, cela fait très plaisir. Les supporters du PSG méritent des victoires et des titres. On va travailler pour ça… »

La vie de Javier
« El Flaco » naquit à Cordoba, en plein cœur de l’Argentine, le 20 juin 1989. Depuis 2004, la fratrie s’est établie à San Roque, à quelques dizaines de kilomètres de l’agglomération. Petit village tranquille. A l’image de la famille, à l’image du bonhomme. Mais à une grosse différence près. Juan Carlos, son père, est patron de son entreprise. Et pour Javier, passer le « cut » dans le monde du football pro, aller chercher fortune en Europe n’était pas une absolue priorité économique. Le foot, c’était le plaisir, la passion. Pas l’option ultime pour pouvoir manger.
La passion, donc. Toujours un ballon qui traîne. Toujours une balle de tennis pour travailler contre le mur, sans qu’elle touche le sol. C’était la volonté de Patricia, sa maman, clouée dans un fauteuil roulant et avec laquelle il a noué (et conservé) des liens très forts. « Je l’ai emmené tous les jours à l’entraînement pendant dix ans », explique-t-elle. Mais pour elle, Javier « tient surtout de son père. C’est un garçon simple, intelligent et plein d’humilité. Il est très sensible aussi. » A Paris, Pastore porte le n°27. Comme à Palerme. Le nombre préféré de sa maman. Question mental, le garçon est blindé. Il devient professionnel à 15 ans. Quelques matches en Seconde division puis le voilà à Huracan, là où a évolué Lucho Gonzalez, avant de rejoindre River Plate. Là, déjà, son talent différent fait parler. Beaucoup et dans toutes les langues.
Les scouts de Palerme le découvrent sur DVD et ne traînent pas. Ils jettent leur dévolu sur lui et ne vont pas le regretter. Maurizio Zamparini, sorte de Loulou Nicollin de la tchatche en Sicile, met d’entrée les choses au clair. « J’ai dit à Walter Zenga (ndlr : l’entraîneur d’alors) : « Soit tu fais jouer Pastore, soit tu es viré ! » Je n’avais jamais vu un tel joueur à ma disposition. Ce n’est pas un champion, c’est un fuoriclasse ! » « El Flaco » enchaîne une première saison dans le Calcio à 34 matches (4 buts) puis une seconde à 35 (11 buts). Diego Maradona, alors patron de l’équipe d’Argentine, le sélectionne pour la première fois en décembre 2009, pour un match amical contre la sélection de Catalogne. Puis l’intègre à la liste des 23 pour la Coupe du monde 2010. Sans trop de succès.
Même topo pour la Copa America l’été dernier. Mais ses débuts parisiens en font le complément idéal de Lionel Messi en sélection. Cela tombe bien, le meilleur joueur du monde fait partie de ses meilleurs amis dans le monde du foot. Pastore-Messi, vu de Paris, c’est sûr que ça fait peur. Le duo champion du monde en 2014 ?

Recalé par les Verts !
Repéré par Saint-Etienne à l’occasion d’un tournoi en Bourgogne au printemps, Pastore effectue un essai chez les Verts en novembre 2006. Il a 17 ans et n’est pas retenu par Saint-Etienne. « Ils m’ont dit qu’ils cherchaient des joueurs comme Franck Ribéry, explique son coach de l’époque, Piero Foglia. Je leur ai répondu que nous n’avions pas ce genre de joueurs en Argentine. » Et Javier rentra chez lui…

Pluie d’éloges
Les perfs de Pastore ne laissent personne insensible. Cela jase beaucoup, même en dehors de la Ligue 1. Revue de presse.
– Bixente Lizarazu : « Techniquement, il est fort. Mentalement, il tient bien la pression. Il a été acheté pour 42 millions d’euros, il a 22 ans, il ne bronche pas. Mais il n’a pas les qualités de son physique. Il a la motricité d’un petit gabarit, il fait des petits pas, il manque de puissance. S’il prend du muscle, il peut devenir énorme. »
– Maurizio Zamparini (président de Palerme, le lendemain de Paris SG-Lyon) : « J’ai appelé Leonardo ce matin pour le complimenter sur ce qu’a réalisé Pastore contre Lyon. Lyon a été meilleur collectivement, il a fallu le génie de Pastore pour débloquer la situation. Il gagnera le Ballon d’Or. J’avais dit à Leonardo, au moment de son transfert, que je prendrais beaucoup l’avion pour venir voir jouer Paris avec Pastore. Je ne vais pas tarder. »
– Raï : « Il fait la différence, il peut devenir l’un des meilleurs joueurs au monde. »
– Michel Platini : « Pastore est vraiment intéressant. Il me rappelle beaucoup Zidane par cette façon de partir du milieu de terrain, de porter la balle et d’aller droit vers la surface. »
– Zinédine Zidane : « Il est en train de faire du bon travail, c’est sûr, mais il faut le laisser tranquille. A Paris, je pense qu’ils sont contents d’avoir un Pastore au milieu. Dans la position qui est la sienne sur le terrain, c’est vrai que l’on a des similitudes mais je pense qu’il ne faut pas aller plus loin. »

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