Étranger

Dans la fournaise des derbys les plus chauds de la planète (2/2)

Il y a des joies, des larmes et des pleurs. Des légendes, des drames et des cœurs. De Londres à Buenos Aires, il y a toujours un derby pour faire monter la fièvre. Tour du monde en ballon.

Celtic Glasgow-Glasgow Rangers (Ecosse)
The Old Firm

– L’histoire
Au début du siècle dernier, les Rangers prêtent un gardien de but au Celtic, à moins que ce ne soit l’inverse, pour jouer un match de Coupe face à Hibernian, le club d’Edimbourg. Choqué par la chose, un journaliste de Glasgow dénonce une « vieille combine » (« old firm »). Le nom restera pour définir le derby le plus politique, social, terrible de la vieille Europe. Celui entre le Celtic, le club des catholiques gaéliques, le club qui soutient l’indépendance de l’Irlande, et les Rangers, les protestants attachés à l’empire britannique, qui refusent la demande d’indépendance des Irlandais. Ça sent la tourbe.
– L’anecdote
Le 2 janvier 1939, 118 567 spectateurs se tassent dans Ibrox Park, stade des Rangers, pour le derby. Record absolu pour un match de championnat de football en Grande-Bretagne. Mais pas pour le « Old Firm » ! La finale de la Coupe d’Ecosse a rassemblé 132 870 spectateurs à Hampden Park en 1969.
– La phrase
« Quand vous jouez au billard dans une famille qui supporte le Celtic, le billard est vert et il n’y a pas de boule bleue. Dans une famille qui supporte les Rangers, le billard est bleu et il n’y a pas de boule verte. »
Paul Gascoigne

Sporting Portugal-Benfica Lisbonne (Portugal)
Le Classico de Segunda Circular

– L’histoire
Aussi appelé le « derby eterno » (le derby éternel) dans la capitale portugaise, ce match porte le nom du périph’ de Lisbonne, grande artère qui relie les principales portes d’entrée de la capitale. Pourquoi ? Parce que seuls trois petits kilomètres séparent le Stadio Jose Alvalade, jardin du Sporting noir, et l’Estadio da Luz, l’antre du Benfica. On ne peut pas les louper. D’abord le géant noir, jaune et vert, puis le vaisseau rouge. Ou l’inverse selon le sens du parcours. Une proximité presque intime pour deux géants qui ont nourri leur rivalité quand Eusebio, premier star internationale du foot portugais, exacerbait les passions. Né au Mozambique et formé par le Sporting de Lourenço Marques, Eusebio doit normalement atterrir chez les Leoes, les Verts et Blancs, la maison mère. Mais quand il pose le pied sur le sol portugais, la pépite choisit le Benfica, dont il deviendra le symbole éternel. Comme la rivalité entre les deux clubs.
– L’anecdote
Lors de la saison 1986-87, le Benfica s’adjuge un nouveau titre de champion mais les supporters du Sporting n’oublieront jamais la déculottée infligée aux Rouges par les Leoes. Une giboulée de buts sous une forte pluie. Score final : 7-1. La plus grosse défaite de toute l’histoire du Benfica !
– La phrase
« A Lisbonne, tout le monde aime le foot. Mais il y a le peuple rouge et le peuple vert. Et les deux couleurs ne se mélangent pas. »
Luis Figo

Fenerbahce-Galatasaray (Turquie)
Les frères ennemis d’Istanbul

– L’histoire
Chaque fois qu’un club français fait le déplacement, les coaches, les entraîneurs et les suiveurs préviennent à nouveau. Une fournaise attend l’équipe visiteuse à Istanbul. Pourtant, ce n’est rien comparé à la fièvre qui s’empare des rives du Bosphore les jours de derby à Istanbul ! Seule ville au monde à cheval sur deux continents, Istanbul a cette particularité unique de faire naître les rivalités et les exacerber. Donc, voilà, bienvenue sur une rive du Bosphore, côté Europe (Galatasaray), et bienvenue sur l’autre, côté Asie (Fenerbahce). Unique au monde !
– L’anecdote
Lors de la phase finale de la Coupe de Turquie 1996, les Lions du Galata remportent la manche aller 1-0. Au retour, on se dirige vers la prolongation. Mais Dean Saunders, le Gallois, offre l’égalisation aux « Sang et Or » à quelques minutes de la fin. Fou de joie, Graeme Souness, ancien joueur et entraîneur de Liverpool et des Glasgow Rangers, qui pensait en connaître un rayon en matière de derbys, s’en va planter un drapeau de Galatasaray dans le rond central. Sur la pelouse du Fener… Il faudra plusieurs heures et des centaines de policiers pour qu’il puisse quitter le stade ! Depuis ce jour, Souness est l’une des personnes les plus adulées à Galatasaray. Inutile de préciser qu’il ne faut surtout pas prononcer son nom du côté de Fenerbahce…
– La phrase
« Quand tu viens à Galatasaray, on te dit « Bienvenue en enfer ». Lors des derbys, tu as des frissons du début à la fin. Il faut être sportif pour vivre des moments pareils. J’ai coaché et joué dans plusieurs pays mais là, c’est un autre monde. »
Eric Gerets, ancien entraîneur de Galatasaray

Inter Milan-Milan AC (Italie)
Le derby della Madonnina

– L’histoire
Deux équipes pour un stade qui change de nom suivant que l’une ou l’autre y joue : le ton est donné. Giuseppe Meazza ou San Siro. Nerazzurro ou Rossonero. Quand le derby approche, Milan ne s’arrête pas de vivre, Milan vit au rythme du derby. Le « C’e solo l’Inter » résonne dans la Curva Nord, le « Milan son con te » monte de la Curva Sud. C’est rouge ou bleu mais pas les deux. Le tifo n’est pas le même suivant que l’Inter ou le Milan reçoit mais il fout à chaque fois le frisson. Les bombes agricoles sont interdites, les feux de bengale également. Qu’importe, ils pullulent, ça fume, c’est parfois irrespirable mais c’est éternel.
– L’anecdote
Après plusieurs saisons au top de sa forme à l’Inter et un acte manqué au Barça, Zlatan Ibrahimovic grossit la légion des joueurs ayant porté les deux maillots. Le Suédois fait mieux. Pour son retour au royaume des derbys, il ouvre le score dès la 3e minute sur penalty et salue la Curva de l’Inter, grand sourire et bras en V, comme il sait si bien le faire. Ma che !
– La phrase
« Je veux croire que le gag lui a plu et qu’il ne s’est pas senti offensé car je ne voulais me moquer de personne. C’est pour cela que je suis seulement allé vers la Curva de nos tifosi, en évitant de croiser joueurs et tifosi milanais. »
Marco Materazzi après avoir fêté la victoire (2-0) de l’Inter en janvier 2010 en enfilant un masque de Silvio Berlusconi

AS Roma-Lazio Rome (Italie)
Rome, ville éternelle

– L’histoire
Les clubs naissent dans les années 20. Pour contrer l’hégémonie du Nord, on décide de fusionner plusieurs clubs romains. Mais la Societa Sportiva Lazio décline l’offre et poursuit son chemin en solo. La rivalité est née. Elle dépasse aujourd’hui le cadre du football. Il y a l’AS Roma et ses supporters généralement classés à gauche sur l’échiquier politique. Il y a les Laziale, à droite de la droite sur le même échiquier. Les saluts fascistes fleurissent régulièrement au cœur de la Curva Nord (celle de la Lazio). Paolo Di Canio, toujours très chic, avait fêté l’un de ses buts (pour la Lazio) le bras levé vers les tifosi de la Roma. C’est traditionnellement l’un des derbys les plus violents du monde. Les Laziale répètent que leur club a été fondé avant la Roma. Les fans de l’AS Roma les appellent « les étrangers » car ils représentent plus la région du Latium que la ville de Rome.
– L’anecdote
L’attaquant suédois Arne Bengt Selmosson, laziale de 1955 à 58 et romain de 1958 à 61, est l’unique joueur à avoir marqué des buts dans le derby pour les deux équipes.
– La phrase
« J’ai joué un grand nombre de derbys, à Milan, Madrid ou Londres. Mais c’est à Rome que la passion est la plus forte. »
Christian Panucci

Flamengo-Fluminense
Le carnaval « Fla »-« Flu » (Brésil)

– L’histoire
C’est le derby le plus festif du monde ! Les kops chantent du début à la fin avec la même ambition : faire « sambalancer » à tout-va ! Ici, on choisit ses couleurs en même temps que son camp. Rouge et noir pour le Clube de Regatas do Flamengo, rouge et vert pour le Fluminense Football Club. Les deux mastodontes de Rio sont aussi les deux clubs les plus titrés. Idéal pour développer une rivalité légendaire. Les bons sentiments laissent souvent la place aux injures fleuries. Cette rivalité naquit en 1911 quand neuf titulaires de Fluminense, alors champion de Rio de Janeiro, rejoignirent Flamengo qui n’avait pas, alors, de section football. Et comme à chaque fois, l’étiquette sociale vient se coller aux maillots. A Fluminense, les beaux costards et l’argent, à Flamengo le pouvoir du peuple et des petites gens. Le premier « Fla »-« Flu » de l’histoire se joua l’année suivante devant… 800 personnes. Très loin du record d’affluence toutes catégories pour un match de foot entre deux clubs. Il appartient à un autre « Fla »-« Flu » avec 177 656 spectateurs payants (d’autres sources évoquent le chiffre de 194 000 personnes dans l’enceinte), entassés dans le Maracana en 1963. Vertigineux !
– L’anecdote
L’appellation « Fla-Flu » vient du journaliste brésilien Mario Filho (le vrai nom du stade Maracana). En 1925, une sélection de l’Etat de Rio est constituée pour affronter Sao Paulo. Notant l’affluence de joueurs de Flamengo et Fluminense dans l’équipe, il la surnomme la « Fla-Flu ». Aux origines, il s’agissait donc d’une union.
– La phrase
« J’ai disputé le Clasico avec le Barça, le derby de Catalogne contre l’Espanyol. Je dois dire que jouer un « Fla »-« Flu » est encore différent. Il y a plus de bruit, plus de couleurs, plus de tout. »
Deco

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