Étranger

Dans la fournaise des derbys les plus chauds de la planète (1/2)

Il y a des joies, des larmes et des pleurs. Des légendes, des drames et des cœurs. De Londres à Buenos Aires, il y a toujours un derby pour faire monter la fièvre. Tour du monde en ballon.

Boca Juniors-River Plate (Argentine)
Le Superclasico

– L’histoire
En Argentine, les deux plus grands clubs sont aussi les deux frères ennemis. La rivalité entre Boca et River est centenaire. En mai 1901, River Plate naît à la Boca, un quartier proche de la capitale fédérale. Quatre ans plus tard, Boca Juniors est créé par un groupe d’immigrants italiens. Riche et puissant, River devient le club des « Millionarios ». Il s’installe rapidement dans le très huppé quartier de Nunez. A Boca, on reste ancré dans le quartier originel, populaire. Les dirigeants gênois veulent s’inspirer du modèle italien mais n’ont pas beaucoup de moyens. Le club se construit très vite à l’opposé de River. La naissance d’une rivalité autant sociale que sportive. D’un côté, le peuple de Boca, de l’autre les riches du CA River. Duel ancestral au sens propre du terme.
– L’anecdote
Le 20 septembre 1931, pour les débuts du championnat professionnel argentin, le match entre les deux formations tourne au pugilat. Il est arrêté à la 65e minute après que trois joueurs de River ont été expulsés par l’arbitre. L’affaire dégénère aussi dans les tribunes. Les fans sont dispersés par les gaz lacrymogènes. Et un scandale, un, pour débuter l’histoire.
– La phrase
« J’ai disputé un Barcelone-Real Madrid, qui est un match très important car il implique deux villes énormes. Mais Boca-River, c’est autre chose. C’est comme coucher avec Julia Roberts. »
Diego Maradona, qui a mis un terme à sa carrière un jour de « Superclasico », en 1997

Real Madrid-Atletico Madrid (Espagne)
Le choc de Castille

– L’histoire
Deux monuments madrilènes, un derby de Castille. Les deux clubs phares de la capitale espagnole sont diamétralement opposées. Au Nord, l’équipe de Santiago Bernabeu. Des stars, des trophées, des paillettes, le club du pouvoir. Au Sud, les Colchoneros (les Matelassiers, en référence aux rayures rouges et blanches de leur maillot), le club des ouvriers, des prolétaires et de la souffrance.
– L’anecdote
Capitaine du Real au sein duquel il est resté seize ans, Raul était le plus grand espoir de l’Atletico. Les supporters rojiblancos ne lui tiennent pas rigueur d’être passé à l’ennemi. La raison ? A la suite de la disparition des équipes de jeunes de l’Atletico, Raul a été obligé d’aller voir ailleurs. Au Real, il inscrit son premier but en Liga à 17 ans contre l’Atletico !
– La phrase
« C’est le haut du classement qui nous intéresse. Mais c’est beaucoup plus important aux yeux de nos supporters de finir devant le Real Madrid. »
Radamel Falcao

Schalke 04-BVB Dortmund (Allemagne)
Le derby de la Ruhr

– L’histoire
Régulièrement dominé par le voisin de Gelsenkirchen, le BVB doit patienter près de 20 ans pour fêter sa toute première victoire sur Schalke 04 (1-0). Une première comme un tournant dans l’histoire des Jaunes et Noirs. Qui deviennent enfin un sérieux concurrent pour le voisin de la Ruhr.
– L’anecdote
Le printemps 1997 reste LE cru d’exception de la région : en une semaine, Schalke remporte la Coupe de l’UEFA face à l’Inter Milan et le Borussia Dortmund d’Ottmar Hitzfield domine la Juventus en finale de la Ligue des champions. Imaginez un doublé de Saint-Etienne et Lyon sacrés champions d’Europe à huit jours d’intervalle…
– La phrase
« Il n’est jamais facile de se faire pardonner une défaite contre Dortmund. C’est le genre de choses que nos fans n’oublient pas facilement, voire pas du tout. »
Andreas Möller

Lyon-Saint-Etienne (France)
Entre Rhône et Loire

– L’histoire
Le seul derby opposant deux villes qui ne sont pas situées dans le même département. Et pourtant, nous sommes face au « derby du Rhône », c’est dire. Entre le club phare des Seventies et l’ogre des années 2000, on touche la matrice du derby. C’est l’antagonisme local et historique qui transpire. A gauche, la cité ouvrière, Saint-Etienne. A droite, la grande bourgeoise, Lyon. Et tous les clichés qui vont avec. Cinquante petits kilomètres et un grand monde les séparent.
– L’anecdote
En 1967, après une victoire plus qu’étriquée de l’OL en Coupe de France, Jean Snella, alors entraîneur des Verts, se lâche. Il est furieux d’avoir vu les Lyonnais camper devant leur but après l’ouverture du score : « Les Lyonnais ont joué la carotte. » Pour les retrouvailles en championat, les supporters des Gones prennent le coach stéphanois au mot et jettent des carottes sur le terrain. Georges Bereta, attaquant de « Sainté », en prend une sur la tête, la ramasse et la mange ! Les amuse-gueules ouvrent l’appétit des Verts qui croquent l’OL 2-1.
– La phrase
« C’est bien de retrouver les Verts, ça nous fait 6 points et une bonne recette. »
Bernard Lacombe fête à sa manière le retour de « Sainté » en Ligue 1, en 2004.

Manchester United-Manchester City (Angleterre)
So far away

– L’histoire
D’un côté, ces satanés Diables rouges, de l’autre les « résidents ». Un peu caricatural mais pas loin de la réalité de Manchester. United est, de loin, le club le plus aimé du royaume quand City reste le plus aimé de la ville. Les palmarès parlent, City a longtemps eu du mal à rivaliser et pour les vrais fans de United, « the real derby » se joue contre Liverpool, les autres Reds distants de quelques dizaines de miles seulement. Mais depuis quelques saisons, le retour au sommet des Citizens redonne à la confrontation son lustre, sa passion, sa chaleur toute mancunienne. Surtout depuis le 23 octobre 2011, quand City était allé gifler 6-1 les Diables à Old Trafford ! Le plus gros score de l’histoire du derby.
– L’anecdote
La plus grosse affluence de l’histoire du derby fut réalisée en septembre 1947 avec plus de 80 000 spectateurs. Presque sur terrain neutre puisqu’à cette époque, les deux équipes jouaient à Maine Road (l’antre habituelle des Citizens, qui a laissé sa place au City of Manchester Stadium). Old Trafford avait été en partie détruit par les ravages de la Seconde Guerre mondiale.
– La phrase
« Manchester City sera l’équipe la plus riche du monde mais United reste la meilleure équipe du monde. »
Sir Alex Ferguson

Arsenal-Tottenham (Angleterre)
The North London derby

– L’histoire
D’un côté, les Spurs de Tottenham, identité North London depuis toujours. De l’autre, les Gunners, pièces rapportées des rives de la Tamise. Ils furent fondés par les ouvriers de la Royal Arsenal du côté de Woolwich. Quand les Rouges sont arrivés avec leur canon sur le torse à Highbury, en 1913 et à quelques pas seulement de White Hart Lane, les Spurs se sont demandés ce que cet intrus venait faire là.
– L’anecdote
Le 25 avril 2004, Arsenal mène 2-0 sur la pelouse de White Hart Lane grâce à Patrick Vieira et Robert Pires. Jamie Redknapp et Robbie Keane, sur un penalty contestable et contesté à la dernière minute, ramènent les Spurs à hauteur. Qu’importe, l’essentiel est là pour les Gunners : avec le point du nul, ils sont sacrés champions à trois journées de la fin du championnat sur le terrain de l’ennemi juré ! Ils termineront la saison invaincus.
– La phrase
« Un jour, à l’hôtel, je monte dans l’ascenseur. Là, un mec me dévisage presque méchamment. Pas un mot, le silence total… Vraiment bizarre. L’ascenseur s’arrête, les portes s’ouvrent, il sort et me dit : « I’m a Spur » (Je suis un Spur). »
Thierry Henry

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