Étranger

Daniel Alves, l’autre tube du Barça

D’une enfance pas simple dans le Nordeste aride du Brésil jusqu’aux sunlights étoilés du Barça, récit du parcours atypique d’un défenseur qui n’arrête pas de monter. Toujours plus haut.

Quinze passes décisives la saison passée en championnat. C’est bien, dans le cadre de la Liga, où il se classait au 3e rang de la catégorie, juste derrière son partenaire Lionel Messi et le Madrilène Mesut Özil. C’était très bien au niveau des cinq grands championnats européens (Allemagne, Angleterre, Espagne, France, Italie, par ordre alphabétique). Cela lui valait de partager la 6e place au général du Top international en compagnie de Didier Drogba. Sauf que lui est un défenseur latéral. Et à ce niveau, Daniel Alves se retrouve seul au monde, au-dessus, bien au-dessus des autres.
D’accord, il évolue au Barça qui a plus tendance à monter au front qu’à enclencher le frein à main. OK, c’est une sorte de Zébulon sur ressorts, qui balaie son couloir de l’arrière vers l’avant et inversement, mais souvent dans le sens de la marche. Il n’empêche que sa performance le situe sur une autre planète. Pep Guardiola et le Barça ne s’y sont pas trompés en prolongeant, au printemps dernier, son contrat de 3 ans (soit jusqu’en 2015) après d’âpres discussions. Parce que le bonhomme, sur comme en dehors du terrain, ne lâche jamais rien.
« Mon souhait premier était de rempiler dans ce club qui m’a tellement apporté. A la seule condition que l’on reconnaisse ma contribution. Et il ne s’agissait pas seulement d’une question d’argent. Dans ce groupe pétri de talents, je ne suis qu’une pièce du puzzle mais une pièce importante, je pense. »

Levé à 5h pour travailler dans les plantations
Il a obtenu gain de cause. Forcément. Car c’est aujourd’hui une évidence, derrière le génie Messi et les enfants de la Masia, Xavi et Andres Iniesta, qui incarnent si bien les valeurs catalanes, le Brésilien est devenu un élément essentiel. Gamin, Daniel Alves rêvait plutôt de bolides et de Formule 1. Dans la ville de Juazeiro où il est né et où il a grandi, dans cette région du Nordeste si aride, le ballon n’était évidemment jamais très loin. Mais Dani avait une autre idole. Motorisée et sur quatre roues.
« Ayrton Senna. Je m’arrangeais toujours pour voir ses courses à la télé. Quand il est décédé (ndlr : le 1er mai 1994), cela a constitué un choc effroyable pour moi. Je n’avais qu’une obsession : prendre sa succession. »
La famille, de pauvres agriculteurs qui vendaient leurs produits sur les marchés, n’a pas les moyens d’assouvir ses ambitions. Il va donc abandonner la combinaison pour un maillot et lâcher les gommes pour des crampons. Mais en fonçant, toujours, parce qu’il s’agit de sa marque de fabrique. Côté droit, évidemment. Au milieu, devant, derrière, partout déjà. Et c’est ainsi qu’en moins de 15 ans, le gamin se fait remarquer par l’Esporte Clube Bahia. Il y finit ses classes et est lancé dans le grand bain à 18 ans.
Premier match en pro face au Parana Clube et victoire 3-0 avec deux passes décisives du débutant, entré dans la danse avec le culot d’un vieux briscard, sans la moindre appréhension. Même pas peur !
« La pression, je la ressentais lorsque, tout môme, je devais me lever à 5 heures du matin pour aller travailler dans les plantations à la cueillette des fruits et légumes ou passer des pesticides et qu’ensuite, j’avais dix bornes à parcourir à pied pour me rendre à l’école. Mais pas quand je joue au foot. Il faut se rendre compte de la chance qu’on a de pratiquer ce métier. »
Alves l’a tellement bien compris qu’il ne va pas laisser passer l’occase. A peine débarqué au club, il est déjà indispensable. Il intègre dans la foulée la sélection des moins de 20 ans qui sera sacrée au championnat du monde, aux Emirats Arabes Unis. Il y a de plus en plus de monde qui se lève pour Dani. Le FC Séville, le plus prompt, l’engage juste après son titre avec les jeunes de la Seleçao. Celui que l’on présente comme le successeur de Cafu traverse l’Atlantique des rêves plein la tête. Il s’imagine conquistador. Raté, le voilà relégué en équipe réserve à son arrivée en Espagne. Complètement laissé pour compte par l’entraîneur de l’époque, Joaquin Caparros. Grosse dépression.

Il tourne un porno pour arrondir ses fins de mois
Alves confiera des années plus tard au journal « O Globo » qu’il a accepté de tourner dans un film porno pour arrondir ses fins de mois et aider la famille restée au pays ! Faut-il y voir un rapport de cause à effet avec cette étrange thérapie ? En tout cas, le Sévillan retrouve la confiance et celle de son entraîneur lors des derniers matches de la saison. Cette fois, sa carrière européenne est vraiment lancée et plus rien ne viendra l’arrêter. Il s’impose, comme au Brésil, dans le rôle de l’increvable du couloir droit qui ne s’use même pas quand on s’en sert. Son explication ?
« Je dispute chaque match comme si c’était le dernier de ma vie. J’apprécie chaque moment passé sur le terrain. C’est comme ça. Quand je suis né, Dieu m’a touché avec une baguette magique et m’a transformé en gagneur. Oui, je suis un guerrier. »
Mais pas seulement, comme le souligne avec justesse son partenaire de l’attaque à l’époque andalouse, Frédéric Kanouté.
« C’est plus qu’un défenseur ou tout ce que vous voulez. Il a le rendement et la technique d’un vrai 10. »
Après un premier sacre en Coupe de l’UEFA (2006), le bolide sud-américain commence à attiser les convoitises. Liverpool se positionne mais refuse de payer les 10 millions d’euros réclamés pour le lâcher. L’année suivante, après un deuxième succès en UEFA, Chelsea sort l’artillerie lourde et propose 35 millions d’euros. Le président Del Nido met son veto. S’ensuit une période de grosse tension entre le boss et son joueur. Il faudra du temps pour aplanir le différend.
A l’été 2008, il obtient enfin son bon de sortie. Direction le Barça pour 32,5 millions plus quelques millions de bonus, transfert record pour un défenseur. Daniel Alves, la larme à l’œil, y va de son hommage :
« J’étais un enfant lorsque je suis arrivé à Séville, je le quitte en étant un homme ».
A Barcelone, le joueur qui met la lumière dans son couloir débarque sur une autre planète. Mais comme d’hab’, sans la moindre appréhension.
« A l’époque, l’équipe avait côtoyé les sommets mais ne parvenait pas à s’y maintenir. Elle traversait une période de mutation avec la nécessité d’effectuer des changements. J’étais extrêmement motivé à l’idée de participer à ce processus. Je sentais que dans ce contexte, j’aurais la possibilité d’entrer dans l’histoire du club. Pep Guardiola a joué un rôle essentiel dans mon adaptation. J’avais conscience de devoir améliorer certains points dans mon jeu mais lui m’a dit : « Ne te prends pas la tête, joue comme tu l’as toujours fait. C’est pour ça qu’on t’a engagé. » Pep a l’art de te mettre en confiance et de rendre simples les choses qui peuvent paraître compliquées. »
Il a également l’art d’obtenir des résultats. Avec, pour sa première année sur le banc des pros et la première saison d’Alves en blaugrana, cet incroyable sextuplé qui couronne une saison magique. Il y a eut tous les autres titres qui, depuis, ont encore enrichi la vitrine du club catalan. En attendant les prochains…
Aujourd’hui, le Brésilien pourrait tout juste regretter de ne pas avoir connu les mêmes bonheurs et les même honneurs avec la Seleçao. Sous l’ère Dunga, le sélectionneur lui a souvent préféré l’Intériste Maicon, moins offensif. Ce n’est plus vrai depuis que Mano Menezes a repris les commandes du paquebot. Dani a retrouvé une place d’indiscutable titulaire. De quoi lui donner des idées, forcément.
« J’ai du mal à imaginer à quoi ressemblera la Coupe 2014 devant notre peuple. Bien sûr, j’espère en être. D’un côté, il y aura une pression énorme mais de l’autre, une possibilité de bonheur infini… »

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