Basket

Dan Majerle, un éclair en Arizona

Le nom de Dan Majerle est inévitablement associé aux plus belles heures de Phoenix, au milieu des années 90. Shooteur à 3 points et défenseur redoutable, « Thunder Dan » sut gagner le respect de ses pairs et le cœur du grand public grâce à une abnégation permanente et une éthique de travail pointue.

Vous parlez d’une vie ! Des vis dans chaque cheville. Deux opérations du dos. La première pour réparer un disque endommagé, la seconde pour enlever un kyste si près de la moëlle épinière qu’on parlait d’une possible fin de carrière. Ajoutez à cela une mononucléose et pour finir une opération du genou gauche en raison d’un problème de cartilage… Majerle rime avec « hôpital » ! « Je suis heureux de pouvoir continuer à jouer », s’exclame Dan Majerle (prononcez « Marli ») au milieu des années 90.
Au lendemain d’une Finale NBA – Chicago-Phoenix – que beaucoup tiennent pour la meilleure de toute l’histoire, notre bonhomme a 28 ans. Un vrai dur. Ça tombe bien, c’est exactement l’impression que donne le n°9 des Suns. Un bloc de béton : 1,98 m pour 105 kg, son poids de forme. Des muscles en veux-tu, en voilà et un style de jeu en accord avec le reste. Vaillant, combatif, rugueux, « Thunder Dan » (Dan l’Eclair, son surnom) compte parmi les meilleurs sixièmes hommes de la Ligue. Il a transformé son jeu : le dunkeur tellurique des premières heures est devenu un véritable perforateur de défenses, redoutable shooteur dans le périmètre et vraie sangsue en défense. L’arrière-ailier natif de Traverse City, dans le Michigan, s’invitera trois fois au All-Star Game. Il sera retenu dans la All-Defensive Second team en 1991 et 1993. Charles Barkley se félicite à l’époque d’avoir un tel coéquipier, toujours doté d’un bon état d’esprit. « Je savais que c’était un bon joueur mais il est encore mieux que ça. C’est un guerrier, un vrai. J’aime ça. »
Depuis l’arrivée de Majerle, 14e choix de la draft 1988, Phoenix s’invite régulièrement en playoffs. L’impact de « Dan the Tan » est tout aussi déterminant que l’effet Barkley. « Avec tout le respect que j’ai pour Charles, je préfère voir Dan Majerle assis sur le banc plutôt que Barkley », déclare Larry Brown qui entraîne alors les Clippers.

Mannequin à ses heures perdues
Et pour cause : Majerle est synonyme de casse-tête pour les coaches adverses. En plus des qualités précitées, il ajoute une adresse remarquable à 3 points. Le Palace d’Auburn Hills avait l’habitude de faire sonner « Big Ben » quand Ben Wallace réussissait un contre. A Phoenix, c’est un coup de tonnerre qui déchire la salle à chaque tir primé. Le 13 juin 1993, dans le Game 3 des Finales qui va en triple prolongation (victoire des Suns 129-121 à Chicago), Majerle égale le record de shoots à 3 points réussis sur un match de Finales, co-détenu par Michael Jordan depuis un an (6 contre Portland le 3 juin 1992). Seuls Michael Cooper, en 1987 face à Boston, et Bill Laimbeer, en 1990 contre Portland, avaient réussi pareille performance avant eux. Kenny Smith (en 1995 contre Orlando) et Scottie Pippen (en 1997 contre Utah) porteront ce record à 7 tirs primés réussis. « Si vous doublez en défense sur Charles Barkley, Dan Majerle ou Danny Ainge vous massacreront à distance », se désole Rick Adelman qui officie à Portland.
Pourtant, « Dan the Man » se défend de devenir un spécialiste du tir primé et de la défense serrée. « Je préfère pénétrer et aller au contact mais comme on me laisse démarqué, loin du cercle, ce sont des shoots que je dois prendre. »
Tout va bien pour le miraculé et pas seulement sur les parquets. Le succès appelle le succès. Majerle n’est pas seulement un super basketteur, tout ce qu’il touche se transforme en or. Après avoir joué les mannequins pour quelques couturiers, il lance sa propre griffe, baptisée « Thundernine ». T-shirts, blousons, caleçons – les vrais durs ne portent pas de slips – se vendent comme des petits pains. Il ouvre aussi un bar-restaurant, le Majerle’s Sports Grill, à 200 m de l’America West Arena, qui devient aussitôt le lieu branché de la région. Il n’était d’ailleurs pas rare de le voir servir des bières et des cocktails derrière le comptoir, pour le plus grand plaisir de la clientèle… féminine. A l’époque, Dan est l’un des célibataires les plus convoités des Etats-Unis. Grand, beau, costaud (ça compte), riche et pas idiot (ça compte aussi). Pas étonnant que la gent féminine se bouscule au portillon. « J’ai parfois l’impression de vivre un rêve. Tout est allé très vite mais je n’oublie pas d’où je viens », affirme Dan le Bienheureux.
Né et élevé à Traverse City, une petite ville du Michigan, Dan est le second d’une famille de trois fils. Papa est barbier, maman est bibliothécaire municipale. Le travail et le respect sont quelques-unes des valeurs familiales. Les trois frères y ajoutent la compétition. « On pratiquait tous les sports et on se tirait des bourres incroyables », se souvient Dan.

« La Dream Team de 1992, c’est un peu grâce à nous ! »
A 15 ans, « l’Eclair » privilégie le basket à la Traverse City Highschool. Pour sa dernière année de lycée, ses stats sont impressionnantes : 37.5 points et 16 rebonds. Mais comme le championnat scolaire dans lequel évolue son équipe est plutôt confidentiel, les recruteurs universitaires l’oublient. Il se retrouve à la Central Michigan University. Ses exploits mèneront les Chippewas (tribu indienne) au tournoi final NCAA. En seniors, ses stats (23.7 pts et 10.5 rbds) lui valent l’attention des sélectionneurs olympiques. Drafté par Phoenix en 1988 (14e, donc), Majerle participe dans la foulée aux Jeux Olympiques de Séoul avec les stars universitaires que sont David Robinson, Danny Manning, Sean Elliott et Hersey Hawkins. Médaille de bronze, autant dire un simili-échec pour une sélection américaine. « Ce n’est pas un très bon souvenir mais c’est un peu grâce à nous que les décideurs du basket américain ont décidé d’envoyer la Dream Team à Barcelone », plaisante Dan qui remportera le championnat du monde 1994 au Canada avec la Dream Team II.
En novembre 1988, l’aventure NBA commence. Phoenix avait obtenu les droits sur le 14e pick et Kevin Johnson dans un échange avec Cleveland (pour Larry Nance). Lors de la draft, le nom de Majerle fut copieusement hué par les fans des Suns. Le coach, Cotton Fitzsimmons (disparu en 2004), annonça que les fans de Phoenix allaient vite le regretter. « Je savais ce que je faisais. Dan est un monstre de travail. Je suis allé dire à ces gens : « Un jour, vous regrettez d’avoir hué Majerle »… »

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Première année tranquille. Vingt-cinq minutes par match et 8 points de moyenne. Petit à petit, Dan gagne le respect de ses pairs par son attitude irréprochable et ses qualités défensives. Il progresse de façon linéaire pour atteindre la consécration : le All-Star Game 1992 à Orlando. Preuve de sa popularité, Majerle est élu starter par le public alors qu’il n’est même pas titulaire dans sa propre équipe ! Seul Kobe Bryant présentera la même singularité lors de la saison 1997-98. « J’avais du mal à y croire. Etre parmi les meilleurs joueurs du monde est quelque chose que je n’avais jamais vraiment ambitionné. »
Pas plus qu’un titre NBA. L’arrivée de Charles Barkley chez les Suns en 1992 allait tout changer. « J’ai toujours pensé que Phoenix avait une bonne équipe mais incomplète pour aller jusqu’au bout, explique-t-il à l’époque. Charles change les données. Il est plus fort que je ne le pensais, il est plus sympa que ne le laisse penser l’image qu’il renvoie et en plus, il veut gagner, autant que moi. Le seul problème, c’est… ses talents de golfeur. Il est beaucoup moins bon qu’il ne le croit ! »
Tous les jours de repos, les deux compères vont sur les greens en compagnie de Danny Ainge. Comme d’habitude, Dan et Danny écrasent Charly. Puis Dan va s’occuper de ses deux labradors noirs avant de s’astreindre à son heure de musculation quotidienne. Ensuite, Majerle s’offre un petit ciné – sa passion – et passe faire un tour au resto pour vérifier que tout va bien. Off court, la vie fut belle.
Sur les parquets, ça rigola beaucoup moins. Phoenix ne profita pas du premier arrêt de Michael Jordan. En 1994, Houston remporte sa demi-finale de Conférence en 7 matches. Exit Cedric Ceballos, Oliver Miller et Frank Johnson. Danny Manning et Wesley Person complètent un squad toujours articulé autour de Charles Barkley, Dan Majerle, A.C. Green et Kevin Johnson. Même punition en demi-finales de Conférence : 7 matches contre les Rockets et une élimination en bout de course.
Majerle transite par Cleveland une année avant de mettre le cap sur Miami où il jouera cinq ans. En playoffs, le Heat se fait sortir à trois reprises par New York… Meilleur résultat : une finale de Conférence contre Chicago en 1997 (4-1). Gâchis certain pour une franchise qui pouvait s’enorgueillir à une époque d’aligner Tim Hardaway, Jamal Mashburn, Alonzo Mourning et autres Voshon Lenard. En 2001, Majerle est de retour à Phoenix. Une tournée d’adieux d’un an dans une franchise qui coule à pic suite à l’échange Jason Kidd-Stephon Marbury. Il se retire le 17 avril 2002. Sept ans après, « Dan the Man » réside toujours dans l’Arizona : c’est le deuxième assistant d’Alvin Gentry.

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