Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (9)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames. Un siècle passionnant et passionné.

1945-1958, LA DROLE D’EPOQUE DE L’APRES-GUERRE

Un champion bien français : Louison Bobet
« Mon fils a su pédaler avant de savoir courir », avait coutume de dire Louis Bobet, qui lui offrit son premier vélo sans stabilisateur à 27 mois. Dans une Bretagne de pardons où chaque clocher organise sa course, le gamin avait l’embarras du choix pour se frotter à la concurrence. Il attendra 17 ans pour glaner son premier bouquet à Montauban-de-Bretagne. A 18, il est sur le Premier Pas Dunlop à Montluçon, remporté par Raphaël Géminiani (6e). Il dira avoir vu pour la première fois des « vaches blanches » dans ce Massif Central et un « grand phénomène » qui, quelques années plus tard, sera l’un de ses plus fidèles équipiers du Tour.
Chez les Bobet, on travaille dur. Les parents tiennent une boulangerie et Louison (photo de Une) est prié de mettre la main à la pâte avant de partir en livraison sur un vélo avec porte-bagages. En pleine guerre, il aide son père dans la résistance. A 20 ans, le choix d’un métier doit se discuter. Louison rencontre Raymond Le Bert, masseur briochin qui le conseille et sera son mentor durant sa vie de coureur. Il signe chez Stella et en 1947, c’est le grand saut : il est sélectionné en équipe de France pour le Tour. René Vietto est le chef de file mais ce Tour sera celui de Jean Robic, un autre Breton. Pas de réussite pour Louison qui abandonne vers Digne sur chute.
Sa carrière est lancée et la guerre avec Robic fait rage dans le cœur des Bretons. « Il n’y a pas de place pour deux Bretons en équipe de France », dira le lilliputien (Robic mesurait 1,55 m). Habile en communication avec les journalistes et parfaitement conseillé par son frère Jean (de 5 ans son cadet), « l’homme au masque de frère », comme l’écrira Antoine Blondin, va devenir la star incontestable du peloton français. Il se battra contre Fausto Coppi, Gino Bartali et une pluie d’étoiles internationales en plein âge d’or du cyclisme. Avec deux titres de champion de France en 1950 et 51, Bobet s’est construit, dans la douleur mais toujours avec panache, un palmarès sublime. On y trouve trois Tours de France (1953, 54, 55), le titre de champion du monde 1954, le Dauphiné Libéré 1955 et Paris-Roubaix 1956. Ennuyé par des problèmes de santé permanents, il fut le premier Français à remporter le Tour des Flandres (1955) devant Hugo Koblet et Rik Van Steenbergen. Meilleur grimpeur du Giro 1951, il sera battu en Italie en 1957 par Gastone Nencini par la faute de Charly Gaul, qui le détestait. « C’est bien fait pour ta gueule. J’ai perdu le Giro, toi aussi… »
Bobet était un champion populaire, connecté avec les supporters. Il savait raconter ses misères et sa souffrance sur un vélo comme personne. Le public était en adhésion totale avec ce champion peu ordinaire, d’une intelligence rare. Son après-carrière fut un modèle. Dans le business, il sera le premier à créer des centres de thalasso (Quiberon et Biarritz). Le businessman suivait la courbe de la carrière sportive. Monumentale avant que la maladie ne la brise en 1982.

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Les indissociables : Bartali-Coppi
L’un était Toscan, l’autre Piémontais. L’un était croyant et mystique, l’autre agnostique. Mais Bartali et Coppi, deux fils de paysans, étaient de la même veine, champions hors du commun. Bien au-delà de l’Italie, le combat de ces deux coureurs a passionné des peuples entiers qui vénéraient Gino le Pieux ou adorait le Campionissimo, de 5 ans son cadet.
Gino a 17 ans lorsqu’il gagne sa première course chez lui, près de Florence. Coppi 10 lorsqu’il doit écrire cent fois « Je dois aller à l’école et ne pas courir à bicyclette ». Il attendra 19 ans avant de rapporter son premier bouquet à la maison. Le mano a mano peut commencer chez les grands. Bartali a gagné avant-guerre, il recommencera avec le même talent après, sur le Tour de France comme le Giro. Son combat : d’abord battre Coppi, rien d’autre qu’un extraterrestre. Curzio Malaparte, l’un des écrivains en vogue de l’époque, écrira : « Dans le corps de Bartali coule du sang, dans celui de Coppi de l’essence. » De l’or noir qui lui permettra de remporter 5 Giro, 2 Tours, 3 Milan-San Remo, Paris-Roubaix et le Mondial sur route à Lugano, parmi 149 victoires pros.
Bartali-Coppi, c’est l’histoire des frères ennemis dans une Italie divisée entre conservateurs et progressistes. Gino incarne les premiers avec la frange catholique. Fausto, plus jeune, plus fou avec la légitimité et la maîtresse, inspire une Italie plus moderne. Bartali se méfiait de son adversaire. A juste raison. Cela ne l’empêchera pas de donner sa roue à Fausto et ce dernier son bidon à Gino sur le Tour 1949, alors qu’il vient de le rejoindre dans l’Aubisque. Pour mieux le lâcher quelques mètres plus loin. « Tu peux boire, il en reste. »
Bartali terminera 2e derrière l’intouchable Coppi comme sur le Tour 1952, démonstration du coureur Bianchi qui laissera Bartali à plus d’une heure, hors du podium. Sur le Giro 1952, Bartali porte le maillot de champion d’Italie. Les ovations qui lui sont réservées sont insupportables à l’oreille de Coppi qui demande à son équipier Donato Piazza, champion sur piste, de porter le maillot vert-blanc-rouge et de se mettre à l’avant de la course, au début des étapes, pour recevoir les applaudissements à la place de Bartali. Cette anecdote illustre le degré de jalousie entre les deux.
Lorsque Bartali (40 ans) quitte la scène en 1955, Coppi, plus faustien que jamais, continue de rouler avant de tutoyer le tragique. Le titre mondial 1953 lui coûtera cher avec la Dame Blanche à ses côtés. Il ne finira pas de hanter ses nuits et ses jours, jusqu’à sa mort le 2 janvier 1960. Il est abattu par la malaria contractée plus tôt en Haute-Volta. Bartali disparaîtra en 2000, à 96 ans. Le livre d’or du cyclisme se referma sur 20 ans de Commedia dell’Arte. Le cinéma comme le cyclisme italien allaient petit à petit décliner.

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Chère disparue : Paris-Brest-Paris
Ne la cherchez plus dans vos tablettes, la P-B-P n’existe plus depuis 1951 (victoire de Maurice Diot). On recense 7 podiums pour cette course décennale lancée en 1891 par Pierre Giffard, directeur du « Petit Journal ». Elle devait mettre à l’épreuve hommes et machines sur 1 200 km dans le Nord de la Bretagne. En 1911, l’affiche annonçant la manifestation était sans équivoque : « A dix ans d’intervalle, LA VICTOIRE reste folle à la Française Diamant ! » Le sponsoring était en arrière-plan. Dès la première édition, l’industrie du pneu devait y trouver son compte puisque André et Édouard Michelin avaient embauché Charles Terront, le vainqueur, pour promouvoir le pneu démontable, par rapport à celui collé de Dunlop. En 1948 et 51, les pros boudent la P-B-P, plus dans l’air du temps. Une question de distance. Et puis il y a la concurrence des classiques qui montent.

A retenir…
– Francis Pélissier fête ses 50 ans au Parc des Princes comme une rock star en 1945. Les spectateurs assistent à la reconstruction de l’arrivée de Bordeaux-Paris 1922, quand Francis avait battu de plus de 8’ le Belge Louis Mottiat.
– Louis Caput est champion de France en 1946 à l’issue d’un classement par points effectué sur plusieurs épreuves.
– Bordeaux-Paris 1947 est caniculaire. Seuls trois coureurs seront classés à l’arrivée. Le Belge Joseph Sommers s’impose devant son compatriote Albert Dubuisson et le Tourangeau Roger Lévèque.
– C’est la guerre sportive en Italie en 1948. Fausto Coppi exclu du Tour pour son abandon au Giro, Gino Bartali sera le leader de l’équipe.
– La Polymultipliée 1949 est remportée par le Cannois Apo Lazaridès grâce à un démarrage terrible dans la côte de Chanteloup.

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