Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (28)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames.

1990-99, Faits divers

Un champion : Miguel Indurain
Celui qu’on surnommait « le Roi Miguel » a rejoint Jacques Anquetil, Eddy Merckx et Bernard Hinault dans la légende du Tour de France avec 5 victoires. Particularité : celles-ci furent acquises de manière consécutive, entre 1991 et 95. L’Espagnol dut attendre la septième tentative pour enlever sa première Grande Boucle. Il avait remporté le Tour de l’Avenir et le Tour de Murcie dès 1986 avant de gagner Paris-Nice en 1989 et 90. Cette dernière année, il était le second de Pedro Delgado à la Banesto et ne put réellement jouer sa chance, terminant 10e à Paris.
Indurain (en Une avec Laurent Jalabert et Richard Virenque) était une tombe pour les journalistes, ce qui ne favorisait pas les relations. Un journaliste espagnol écrivit ceci à propos du champion : « Même la femme qui partage sa vie ne sait pas avec qui elle passe ses nuits et elle ne le saura toujours pas dans 20 ans ! » Indurain adorait le Giro qui lui servait de rampe de lancement pour le Tour. En 1992 et 93, il réussit le doublé parfait.
Cet Espagnol était tout sauf un attaquant. Il doit ses 5 victoires dans le Tour de France à une stratégie très « simple » : remporter les chronos et gérer le reste du temps ! Ses victoires d’étape se comptent sur les doigts. Il alla à la castagne à Cauterets et Luz-Ardiden et laissa l’image d’un champion un peu terne. Dominant mais peu spectaculaire et encore moins causant. On lui arrachait difficilement un sourire et il avait autant de charisme que Pete Sampras (dur, dur, la décennie 90 pour le sport)…
Indurain n’a jamais remporté la Vuelta, son grand tour ! En 1991, il fut battu par Melchior Mauri et c’est en traînant les pieds qu’il s’aligna au départ en 1996. José Miguel Echevarri, son directeur sportif, l’exigeait. Il abandonna sans un mot d’excuses pour ses aficionados. A l’exception de la Clasica San Sebastian 1990, on ne trouve pas une seule classique à son palmarès, pas plus qu’un championnat du monde sur route. Il a détenu le record de l’heure (53,040 km/h) durant 49 jours seulement puisque Tony Rominger le lui a soufflé par deux fois, en octobre et novembre 1994, sur le vélodrome de Bordeaux.

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Un héros : Durand, un Français chez les Flamands
Si les Italiens sont acceptés comme dignes vainqueurs des Flandres – ils suivent la voie ouverte par Fiorenzo Magni en 1949 (il tripla en 1950 et 51) -, les autres étrangers n’ont pas franchement la cote. Même Walter Godefroot avait plus de supporters sur le Ronde que Merckx. C’est dire… Lorsque Jacky Durand, un Castorama, l’emporte en 1992, il impose aux Flamands, totalement dépités, de rentrer plus tôt chez eux ou d’aller noyer leur chagrin dans la bière du côté de Meerbeke. Cela faisait 35 ans qu’un Français n’avait pas gagné le Tour des Flandres ! Jean Forestier avait succédé à Louison Bobet en 1956. Jacky Durand remportera Paris-Tours plus tard, en 1998.

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Une phrase : « Je vous demande de vous arrêter ! »
Le jeune coureur de la FDJ Christophe Bassons vient de gagner la dernière étape du Dauphiné Libéré. Alors, Marc Madiot l’a convoqué pour le Tour. Chouette idée pour un journal parisien qui en fait son chroniqueur du Tour. Bassons vient de l’équipe Festina qui a défrayé la chronique en 1998 avec un dopage généralisé. Il ne faisait pas partie des clients d’après le Suisse Armin Meier qui a déposé devant des policiers à l’époque. Bassons, qui milite pour des contrôles plus sévères, se fait vite des ennemis dans le peloton, notamment Lance Armstrong. L’Américain a tenté de le faire taire en l’intimidant. « Je vous demande de vous arrêter ! » On se croirait aux Guignols…
Dans sa propre équipe, Bassons sent une animosité avec des déclarations comme « Nous en payons le prix sur la route. Ce n’est plus supportable. » Ses chroniques font des dégâts collatéraux. L’auteur se sentira exclu du milieu et abandonnera. Douze ans plus tard, il est oublié, pas le dopage. Alberto Contador et Lance Armstrong sont épinglés. Le juge de l’affaire Balco, qui a envoyé Marion Jones à l’ombre, va se charger du septuple vainqueur du Tour. Il fera tout pour l’envoyer derrière les barreaux. Les joyeux drilles de la FDJ de 1999 sont dans la nature. Pas certain que Bassons souhaite leur serrer la pogne aujourd’hui…

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Un duel : Zabel-Cipollini, les bolides
Le duel germano-italien était épique, voire drôle. Il le sera moins après les aveux de dopage d’Erik Zabel en mai 2007. Il a donc remporté six maillots verts consécutifs sur le Tour, entre 1996 et 2001, chargé comme une mule. Mario Cipollini, lui, n’a jamais rien avoué après ses 12 victoires d’étape sur le Tour (comme Zabel d’ailleurs). Sa razzia sur le Tour d’Italie, avec 42 victoires, laisse pour le moins perplexe… Zabel était un pur produit de l’ex-RDA, la République Démocratique Allemande, avec tout ce que cela implique au niveau de la culture du dopage. Erik a remporté l’Amstel Gold Race (2000). C’est sur Paris-Tours qu’il s’était révélé en 1994. Il a donné le prénom Rik à son fils aîné en hommage à Rik Van Looy.

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Celui que l’on surnommait affectueusement « Le Roi Lion » ou « Super Mario » s’est taillé un palmarès uniquement sur le sprint. L’Italien ne passait pas les bosses, contrairement à Zabel qui a ainsi pu finir les Grands Tours. « Il Magnifico » a collectionné 191 victoires avec des succès un peu partout. Mais rien de significatif sur les classiques. Il dut attendre sa 14e tentative sur Milan-San Remo pour l’emporter, en 2002. Et encore, Zabel (4 fois vainqueur de l’épreuve) était tombé avant la Cipressa. « Super Mario » triompha à 35 ans dans la Primavera, course culte pour tout Italien. « Cipo » en avait toujours fait la priorité de sa saison. Il alla même jusqu’à l’abstinence sexuelle – lui, le plus macho du peloton – pour mieux préparer cette course… Mario fit le bonheur des médias avec des déclarations tapageuses et des tenues pour le moins insolites. Ainsi, au départ du Tour d’Italie 2001, on le vit dans une combinaison ornée d’un corps humain, ce qui lui valut une nouvelle amende. L’année suivante à Zolder, Cipollini fut champion du monde sur route devant Robbie McEwen et Zabel. Un circuit tracé pour une Formule 1, une F1 du sprint qui a toujours marché au super.

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Un bad loser : Jan Ullrich, le Tour de trop
Le premier vainqueur allemand du Tour, en 1997, était un vrai talent lorsqu’il fut découvert sur la Grande Boucle 1996 avec le maillot blanc. Jan Ullrich était au service de Bjarne Riis (Telekom). Il lui permit de remporter la course en battant Miguel Indurain. Ullrich assura sa place de dauphin sur le podium avec une victoire retentissante sur le chrono de Saint-Emilion. La suite de sa carrière ne fut que désillusions, jusqu’à sa pitoyable exclusion du Tour 2006, la veille du départ à Strasbourg. Jan aura collectionné les podiums derrière Lance Armstrong (4). C’était presque son unique objectif de l’année. Une génération de voyous programmée pour un test d’envergure de trois semaines. L’un et l’autre auront berné des millions de gens à travers l’Hexagone (pas si dupes que ça). Avec un corps pareil, Jan n’avait pas besoin du dopage pour réussir. En 2000, il avait été sacré champion olympique sur route à Sydney avant d’exploser régulièrement les chronos des Mondiaux. Ces victoires n’ont évidemment plus de valeur. Né dans l’ex-RDA, comme Erik Zabel, Ullrich se terre comme une bête mal famée en Allemagne. Le revers de la médaille…

A retenir
– En 1990, le Français Gilles Delion remporte le Tour de Lombardie. Il terminera meilleur jeune du Tour la même année.
– Claudio Chiappucci gagne un magnifique Milan-San Remo en 1991 après une échappée de 150 km où il a fini par lâcher tous ses adversaires.
– En 1992, Axel Merckx, le fils d’Eddy, remporte une étape du Tour de l’Avenir.
– Maurizio Fondriest cumule, en 1993, Tirreno-Adriatico, Milan-San Remo, Flèche Wallonne, Midi Libre et classement général de la Coupe du monde !
– Armand De Las Cuevas remporte la Clasica San Sebastian 1994. Année faste pour le Français, vainqueur d’un contre-la-montre sur le Giro et porteur du maillot rose.
– Abraham Olano est le premier Espagnol à devenir champion du monde en 1995, en Colombie. Le favori, Miguel Indurain, termine 2e devant Marco Pantani.
– Le Russe Pavel Tonkov remporte le Giro en 1996. L’Italien Nicola Minali gagne Paris-Tours.
– En 1997, l’Italien Michele Bartoli s’impose dans Liège-Bastogne-Liège devant Laurent Jalabert.
– En 1998, Oscar Camenzind est le 6e coureur de l’histoire à remporter le Tour de Lombardie avec le maillot de champion du monde (après Alfredo Binda, Tom Simpson, Eddy Merckx, Felice Gimondi, Giuseppe Saronni et Paolo Bettini).
– A 36 ans, Andreï Tchmil remporte Milan-San Remo le 20 mars 99. Il est le coureur le plus âgé à triompher dans la Primavera.

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