Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (22)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames.

1976-89, LE BLAIREAU VOUS SALUE BIEN

Le cyclo-cross mène à tout à condition d’en sortir. Cyrille Guimard l’a compris, lui qui, sur une ultime pirouette, remporte le championnat national ce 11 janvier 1976. Guimard, qui obligera presque tous ses (futurs) coureurs à le fréquenter pendant l’hiver, échouera au pied du podium du Mondial 15 jours plus tard mais la suite lui apportera d’autres satisfactions. A peine retiré sous le maillot Gitane avec lequel il signa sa sortie, il enfile, en février, la casquette de directeur sportif du même team.
« L’homme aux 7 Tours » se retrouve à la tête d’une équipe de baroudeurs, pas trop faite pour les grands Tours, même si y figure un certain Bernard Hinault, qu’il laisse grandir tranquillement. Trente-quatre victoires au total pour le crew. Bernard Hinault (10), Willy Teirlinck (7), Jacques Bossis, André Chalmel et autres Cédric Vasseur mettent le feu au peloton. Ils ont fait le printemps. Le petit grimpeur belge Lucien Van Impe chantera pendant l’été. Au départ du Tour, le Flamand a déjà trois maillots à pois dans la musette. Dans les esprits, il n’ira guère au-delà de sa 3e place de 1975.
Seulement voilà, dans la voiture, Cyrille Guimard ne plaisante pas. Le Nantais a analysé la situation. Eddy Merckx est forfait. Raymond Poulidor a 40 ans. Joop Zoetemelk 2e, seuls Bernard Thévenet et Luis Ocaña peuvent inquiéter son poulain. Mais les Peugeot vont donner du fil à retordre à la bande à Guimard. Thévenet hors du coup, Raymond Delisle y croit dur comme fer.
Vainqueur de la 12e étape, maillot jaune, il aurait pu réaliser l’exploit si Guimard n’avait pas été là. Ce 10 juillet, exaspéré par la passivité de son leader (2e du général à 2’41’’) qui se refuse à attaquer dans une 14e étape taillée pour lui, Guimard pousse une gueulante. Plus effrayé que convaincu, le Belge n’a pas d’autre moyen d’échapper à cette colère que de déposer ses adversaires un à un pour endosser le maillot jaune à Saint-Lary-Soulan (avec plus de 3’ d’avance sur le 2e et 3’18’’ sur Zoetemelk au général, en reléguant Delisle à 9’18’’). Il ne sera plus inquiété jusqu’à Paris. Freddy Maertens empoche sa 7e étape sur les Champs. Une légende est née : celle de Cyrille Guimard, surnommé « le Sorcier ».

Soudain, Bernard Hinault craque
Un virage un peu serré, un coureur à vive allure qui plonge dans un ravin, une chute qui réveille les souvenirs de Roger Rivière ou Luis Ocaña : c’est l’image que le milieu retient de 1977. Trente secondes interminables pendant lesquelles la caméra scrute, en vain, les broussailles. Soudain, une main se tend, attrape celle de Cyrille Guimard. Bernard Hinault, LE grand espoir du cyclisme mondial, est sain et sauf. Dans sa chair, pas dans sa tête.
Reparti sur un vélo de fortune, le leader du Dauphiné doit vaincre la terrible côte de La Bastille. Soudain, il craque, pleure et met pied à terre. « J’abandonne », lit-on sur ses lèvres. Son mécano le remet sur le vélo, court à ses côtés, l’exhorte. Lucien Van Impe et Bernard Thévenet se rapprochent. Hinault repart et l’emporte de justesse, conservant son leadership. La légende est née. Il confirme ses récents succès à Paris-Camembert, la Flèche, Liège.
Merckx, sur la pente descendante, est au départ du Tour pour une revanche contre Thévenet. Raphaël Geminiani, a.k.a. « Gem », à la baguette de l’équipe Fiat, y croit encore. Jusqu’au 19 juillet, jour de calvaire jusqu’à l’Alpe-d’Huez avec plus de 16’ de retard sur Thévenet. Une génération fout le camp. Même « Poupou », presque 42 ans, met son vélo au clou le 15 décembre après avoir côtoyé les plus grands, de Fausto Coppi à Merckx en passant par Louison Bobet et tant d’autres, en 18 ans de carrière.
Francesco Moser et Roger de Vlaeminck trustent les victoires à Roubaix jusqu’en 1981. Le Breton leur rappellera qui est le patron. Il n’en finit pas de gagner. Classiques, petits et grands Tours : tout est bon pour ce nouveau « Cannibale ». Les adversaires ne manquent pourtant pas : Freddy Maertens, Giuseppe Saronni, de Vlaeminck, Gerben Karstens, Moser, Jan Raas, Laurent Fignon, Stephen Roche, Dietrich Thurau, Giovanni Battaglin, Sean Kelly, Zoetemelk, Hennie Kuiper, Gerrie Knetemann… Une incroyable génération taillée pour gagner. Bernard Tapie glissera même Greg LeMond dans son équipe histoire de corser un peu plus l’affaire.
Le « Blaireau » mettra un terme à sa carrière le 25 novembre 1986 lors d’une fête près d’Yffiniac (Côtes d’Armor). L’auteur de ses lignes, honoré de faire partie des invités, se rappelle l’émotion d’Hinault quand il mit pied à terre. Un an plus tard, Jacques Anquetil partait pour de bon. Prémices de la domination espagnole, Pedro Delgado remportait en 1988 un Tour au goût amer. Le cyclisme avait changé. Il parlera espagnol, danois, allemand et américain. Depuis 1985, la France, elle, attend un successeur à Bernard sur le Tour !

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