Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (21)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames.

CES CHERS INCONNUS

Les palmarès du cyclisme regorgent de noms surprises sur les classiques comme lors des championnats du monde sur route. C’est moins vrai sur les épreuves par étapes comme les grands Tours où force est à la loi. Et la loi du plus fort est souvent celle qui prime…

Certains triomphes lors des courses d’un jour ont été de véritables hold-up. Longtemps, les championnats du monde ont été une loterie, ce qui permettait de dire aux leaders de certaines équipes nationales qu’ils avaient peu de chances de s’imposer dans une course où le hasard faisait partie du jeu. Le Mondial 1963 à Renaix, comme celui de 1969 à Zolder, a confirmé la règle avec des seconds couteaux comme Benoni Beheyt et Harm Ottenbros couverts du maillot arc-en-ciel à l’issue d’une journée où le piège s’était refermé sur les favoris.
En 1990 à Utsunomiya, au Japon, l’obscur Rudy Dhaenens sortit vainqueur devant des coureur autrement mieux calibrés, Dirk De Wolf et Gianni Bugno. Cela renforça la tradition d’un mondial souvent étonnant au niveau du palmarès. Les alliances, les coups fourrés, les vengeances, les mesquineries en tous genres ont toujours alimenté la chronique du cyclisme. Les Mondiaux étaient souvent l’occasion de solder les comptes entre coureurs internationaux qui roulaient pour une marque similaire ou des marques concurrentes tout au long de l’année.
Les classiques comme Milan-San Remo et le Tour des Flandres ont accouché elles aussi d’énormes surprises avec les victoires des Français Marc Gomez (devant Alain Bondue en 1982) et Jacky Durand (en 1992, photo de Une). Les reporters flandriens, dévastés par la défaite de l’un des leurs dans ce Ronde, n’hésitèrent pas à titrer « Durand, un inconnu », ce qui était un peu inexact car le jeune Français âgé de 25 ans avait remporté la 4e étape du Circuit Franco-Belge en 1988 et le GP d’Isbergues en 1991. Frustrés, alors qu’un Français n’avait inscrit son nom au palmarès depuis Jean Forestier en 1956, soit 36 ans plus tôt, les Belges avaient tout simplement oublié le curriculum vitae de Durand.
La victoire aux Flandres du Hollandais Evert Dolman en 1971 était, elle, une plus grande surprise car son nom n’alla plus jamais aussi haut dans les colonnes d’une classique majeure. Gerrit Solleveld, bien que vainqueur du Tour Med 1987, créa la sensation sur la semi-classique Gand-Wevelgem en 1989 car il appartenait à la petite formation Kwantum Hallen-Yoko et son palmarès était bien maigre. Mais pour appartenir à la catégorie des martiens d’un jour, il faut d’abord gagner sur une très grande épreuve. Et Gand-Wevelgem, comme l’Amstel Gold Race, n’a pas le prestige des classiques historiques ou celui d’un Mondial.

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Beheyt bat Van Looy
La carrière professionnelle du Belge Benoni Beheyt sera écourtée. Il n’avait que 26 ans en 1966 lorsqu’il mit le vélo au clou, borduré qu’il était après avoir battu Rik Van Looy à Renaix lors du championnat du monde 1963. Celui que l’on surnommait « l’Empereur d’Herentals » avait juré, à l’issue du Mondial, qu’il ferait tout pour anéantir Beheyt et ce fut une exécution de premier ordre avec quasiment plus de contrat pour le jeune champion qui avait pourtant connu un début de carrière professionnel intéressant dès 1962 (places d’honneur au Tour du Nord, sur le Circuit de Flandre Orientale ainsi que sur Paris-Tours). En 1963, il confirma avec des victoires à Gand-Wevelgem, au Tour de Wallonie et au GP de Fourmies. On le vit même remporter une étape du Tour de France en 1964, dix mois après son titre de champion du monde. Mais Van Looy finit par ruiner sa carrière en interdisant aux organisateurs d’engager le renégat. Sans le sou et privé de contrats, Benoni Beheyt arrêta tout en 1966.

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Drôles de tours
Les Grands Tours sont moins propices aux surprises. Il y en eut avec les victoires de Roger Walkowiak et Lucien Aimar (en photo) sur les Tours de France 1956 et 66. Ouvres d’outsiders et résultats de circonstances de courses. Celle d’Eric Caritoux sur la Vuelta 1984, avec 6’’ d’avance sur l’Espagnol Alberto Fernandez, relève du même miracle : le jeune Français n’était évidemment pas favori d’un Tour d’Espagne remporté par Bernard Hinault un an plus tôt. Caritoux, porteur du maillot amarillo pendant 9 jours, alla jusqu’au bout du rêve en résistant à l’Espagnol sur l’ultime contre-la-montre de 33 km, à Torrejon de Ardoz, sur un bitume complètement détrempé. La victoire du Suisse Carlo Clerici en 1954 sur le Giro constitua elle aussi une grosse surprise. Il n’avait pas grand-chose à proposer jusqu’alors dans les courses à étapes (6e au Tour de Romandie 1953). Clerici sortit vainqueur de l’un des Giro les plus longs de l’histoire avec 4 337 km au programme !

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Ottenbros champion du monde
Ce sera la plus grande surprise de l’histoire des championnats du monde : la victoire du Hollandais Harm Ottenbros. Ce coureur n’avait remporté que deux étapes du Tour de Suisse lorsqu’il se présenta en équipier modèle au départ à Zolder, en 1969. Dans une course bridée par l’enjeu, Ottenbros s’échappe avec le Belge Julien Stevens à une trentaine de kilomètres de l’arrivée pour finalement s’imposer d’extrême justesse au sprint. L’Italien Michele Dancelli complète le podium. Le Néerlandais ne gagnera aucune course majeure par la suite.

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