Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (20)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames.

1967-75, L’ERE DU « CANNIBALE »

Une course : Quatuor royal au Mondial
Le championnat du monde 1973 se présente comme un sacré challenge sur le circuit de Barcelone. Dur et exigeant avec la fameuse montée de Montjuic qui fait si mal aux jambes, surtout quand on se la cogne à répétition. Seuls les meilleurs peuvent tenir et encore… Dans le dernier tour, ils ne sont plus que 4 à l’avant de la course, qui ont lâché le peloton Joop Zoetemelk (le Néerlandais terminera 5e). Un quatuor royal fonce donc vers l’arrivée.
On y retrouve trois vainqueurs des grands tours (France, Italie, Espagne) et le plus prometteur des espoirs belges. Eddy Merckx accompagne Luis Ocaña, Felice Gimondi, le gratin du cyclisme mondial en somme, et le jeune impétueux Freddy Maertens, passé pro un an auparavant et qui a déjà montré son gros potentiel en s’imposant dans les 4 Jours de Dunkerque. Ils vont aller ensemble jusqu’au bout. C’est certain, le scénario est déjà écrit. Maertens aura la charge de lancer le sprint pour « le Cannibale » qui va, comme d’habitude, manger tout le monde pour un nouveau triomphe.
Les coureurs arrivent. Maertens lance le sprint et attend la fusée Merckx… qui ne décolle pas. Le champion des champions a tellement donné qu’il se retrouve en panne d’essence. Gimondi, parfaitement placé dans la roue de l’éclaireur, saute sur cette occasion pour se parer d’arc-en-ciel. Freddy libéra après coup sa colère. Il déclara : « Si Merckx m’avait averti de son coup de pompe, j’aurais couru pour moi et gagné sans problème. »
Felice, proche de la félicité, savoura. « Ce titre, j’en rêve depuis mes débuts professionnels voilà neuf ans, confiait le maestro italien. Dire que je suis heureux, c’est une évidence. » Un Gimondi vainqueur des trois grands tours, à San Remo, à Roubaix et au Tour de Lombardie. Ost en droit de se demander ce qu’aurait été la carrière et le palmarès de cet esthète, tellement beau à voir sur sa machine, si sa route n’avait pas croisé celle d’un certain… Merckx. Comme beaucoup.

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Une échappée : Vers Jambes, Pingeon avait le bon pied
Le Tour 1967 marque, pour un court laps de temps, le retour aux équipes nationales. Côté français, Raymond Poulidor est désigné chef de délégation. Devant, il y a « Poupou ». Juste derrière, « Pinpin », Pingeon, 2e atout dans la manche des Tricolores. Roger Pingeon, tout le monde le sait, a une classe indéniable malgré son physique d’échassier et ses jambes de coucou. Il est capable des raids les plus fous, que la route soit ou non accidentée. Le seul problème de ce super pro, c’est qu’il est aussi un anxieux. Son moral, souvent en pelote, est rarement à hauteur de son talent.
En 1967, le bonhomme est en forme et il aurait dû remporter le Midi Libre s’il n’avait pas été victime d’une cabale. Ceci n’est pas fait pour lui rendre cette confiance qui lui fait défaut. Il faut le titiller pour le faire réagir. « En ce moment, tu chatouilles les pédales, lui lance, malin, le directeur technique des Français, Marcel Bidot, à l’orée du Tour. Il faut que tu ailles de l’avant et que tu tentes quelque chose. Tu en as les moyens. »
La révélation, pour le Français de l’Ain, a lieu au matin de la 5e étape qui propose 172 km très nerveux de Roubaix jusqu’à Jambes (ça ne s’invente pas), en Belgique. Son équipier, Raymond Riotte, a lancé les hostilités loin de l’arrivée avec onze compagnons de virée, parmi lesquels Rik Van Looy, Désiré Letort, Giancarlo Polidori et Jean-Claude Theillière. Pingeon, sur ces routes du Hainaut aux petites côtes abruptes qui font si mal aux guiboles, revient d’abord seul comme un grand sur le groupe de tête. Puis, avec une désinvolture et une facilité proches de l’insolence, il laisse tout le monde sur place pour littéralement s’envoler dans l’ascension tant redoutée du mur de Thuin, au bout d’un superbe effort. L’une de ces échappées que l’on qualifie, simplement parce qu’elles le méritent, d’anthologie.
Dès lors, paré de jaune, Roger est transformé. Bon rouleur et bon grimpeur, il va parfaitement négocier la suite de l’épreuve. Durant son seul moment de faiblesse dans le Galibier, il trouvera en « Poupou » un formidable équipier pour aller au bout de son rêve. Cette année-là, « Pinpin » avait la tête et les jambes.

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Un héros : Thévenet, le routier sympa
Au début des années 70, alors que Jacques Anquetil vient de raccrocher et que Raymond Poulidor et Roger Pingeon approchent de la fin, un jeune Bourguignon va incarner avec brio la relève française : Bernard Thévenet. Il a tous les atouts pour devenir le nouveau héros tricolore du peloton. Talentueux, valeureux, jamais avare d’efforts, il associe une disponibilité, une simplicité et une gentillesse qui lui valent d’être rapidement apprécié des foules et des médias. Si « Nanard » se distingue sur plusieurs terrains et notamment dans les courses à étapes comme le « Dauphiné Libéré » (6 podiums avec 2 victoires, 3 fois 2e et 1 fois 3e), c’est indiscutablement le Tour de France qui va lui permettre de s’élever au niveau des plus grands. Une histoire commencée un peu par hasard puisque sa première participation, en 1970, alors qu’il vient de passer pro, se décide quelques jours avant le départ.
Dans le groupe Peugeot, Gerben Karstens et Ferdinand Bracke, annoncés malades et hors de forme, déclarent forfait. Du coup, le directeur sportif Gaston Plaud décide en dernier recours d’appeler ce petit jeune au talent prometteur, un peu timide mais qui a bien la tête sur les épaules. Thévenet est un enfant de la terre, né dans le Charolais où l’on a vite fait de vous apprendre valeurs et travail. Pour ce coup d’essai dans l’épreuve reine, le Français montre rapidement de belles dispositions. Il termine 5e au Ventoux avant l’étape Saint-Gaudens-La Mongie. Là, il s’émancipe. Dans le Tourmalet, le gamin figure au sein du groupe de tête en compagnie d’Eddy Merckx.
Si l’on en croit l’histoire, Victor Cosson, 3e du Tour 1938 reconverti motard de presse, lui aurait soufflé : « T’es le plus frais, n’aie pas peur, attaque ! » La certitude, c’est que « Nanard » est parti. Et plus personne ne l’a revu. Il signe, majestueux, son premier succès sur le Tour dans un décor de brouillard. L’année suivante, le coureur a pris de l’assurance et termine au pied du podium avec une nouvelle victoire à Grenoble. En 1972, il tombe avec Luis Ocaña dans le Soulor mais s’impose au Ballon d’Alsace. Il approche clairement de la maturité.
Sa cote monte dans les foules, où l’on apprécie son panache, et dans le milieu où l’on ne doute plus qu’il y a chez lui de la graine de champion. La récompense arrive en 1973 lorsque que le gaillard s’offre la place de dauphin derrière Luis Ocaña, en l’absence de Merckx. L’apothéose est pour bientôt. Elle survient le 13 juillet 1975 lors de l’homérique étape Nice-Pra-Loup. Au bout de multiples rebondissements dans un final inouï, le Bourguignon fait tomber de son piedestal la légende Eddy Merckx. Il devient quelques jours plus tard le premier coureur vainqueur de l’insatiable « Cannibale » sur le Tour et peut entrer dans la légende. Il rapportera le maillot jaune à Paris en 1977, s’imposera deux fois sur le Dauphiné, vaincra en Romandie et au Critérium International et laissera le souvenir d’un champion valeureux et plein de panache. Un mec bien, tout simplement.

Un chiffre : 8
Raymond Poulidor n’a jamais remporté le Tour de France ni porté le maillot jaune. Il n’empêche qu’avec 8 podiums à l’arrivée à Paris (2e en 1964, 65 et 74, 3e en 1962, 66, 69, 72 et 76), il est, à égalité avec Lance Armstrong (7 victoires et une 3e place), celui qui a trusté le plus de podiums dans l’histoire de la Grande Boucle.

A retenir
– 27 mai 1973, l’étonnant Enzo Mattioda, français d’origine italienne, remporte Bordeaux-Paris en laissant les favoris Cyrille Guimard, Walter Godefroot et Lucien Aimar sur le bord de la route.
– C’est le 25 août 1974 à Montréal que les Français Raymond Poulidor et Mariano Martinez obtiennent les médailles d’argent et de bronze aux championnats du monde sur route derrière l’inévitable Monsieur Eddy.
– Septembre 1975 : Eric de Vlaeminck, le frère de Roger, multiple champion du monde de cyclo-cross, est arrêté par la police belge en état de démence et interné au service psychiatrique de la prison de Gand. Il reprendra par la suite sa carrière.

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