Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (19)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames.

1967-75, L’ERE DU « CANNIBALE »

Une image : Van Springel s’accroche à la 1ère place
En 1974, on ne l’appelle pas encore « Monsieur Bordeaux-Paris ». Herman Van Springel (photo de Une) a bien remporté le Derby de la route en 1970 mais il n’est pas encore devenu le spécialiste d’une épreuve qu’il va remporter à sept reprises jusqu’en 1981, date de sa retraite cycliste. En 1974, son deuxième succès, à moins d’une énorme défaillance, toujours possible dans une épreuve particulièrement éprouvante pour les organismes, se précise. Le Flamand a creusé un large écart, bien supérieur aux 10’, avec les premiers poursuivants et sa pédalée est toujours aussi régulière. Il fonce vers la capitale cueillir les lauriers que sa souffrance a bien mérités.
Il fonce vers la capitale ? Pas tout à fait. Dans les derniers kilomètres du parcours, mal orienté, il emprunte un mauvais itinéraire, suivi par la voiture de l’organisateur de la course, Jacques Goddet, sans que personne s’aperçoive de rien. Quelques kilomètres plus loin, ce dernier s’aperçoit de l’erreur. Il autorise le leader de l’épreuve à s’accrocher à la voiture de son directeur sportif le temps de revenir dans la bonne direction. Si dans cette mésaventure, son avance a fondu comme neige au soleil, Herman Van Springel, vraiment plus fort, franchit la ligne d’arrivée avec une avance confortable.
Il est temps de savourer. Non, ce n’est même pas possible : les commissaires, inflexibles, décident de le déclasser pour les « irrégularités » commises. Le 2e, Régis Delépine, est désigné vainqueur. Provisoirement. Quelques jours plus tard, après que Jacques Goddet est intervenu pour défendre sa cause, la Fédération Française de Cyclisme décide de modifier le classement et déclare Van Springel et Delépine premiers ex aequo.

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Un drame : Le Ventoux cimetière de Tom Simpson
13 juillet, 13e étape du Tour 1967. Les superstitieux dans le peloton n’aiment pas trop. Tous savent que le programme du jour s’annonce ardu entre Marseille et Carpentras avec, en point d’orgue, les 21 kilomètres d’ascension du Ventoux sur une pente brûlante, sans abri, en dernière partie de montée. Ils s’apprêtent à vivre l’enfer sous une température annoncée caniculaire. Il en faut quand même davantage pour ôter sa bonne humeur légendaire au Britannique Tom Simpson.
Tom plaisante juste avant le départ. Un personnage, ce gars à l’humour so british que tout le monde dans le peloton adore. Drôle, sympa, courageux, il se dépouille sur un vélo et ne lâche jamais. En 1962, il est devenu le premier sujet de Sa Gracieuse Majesté à porter le maillot jaune ! Il a aussi remporté San Remo, Bordeaux-Paris, le Tour des Flandres et le Mondial. Pas qu’un rigolo.
Quand les coureurs abordent le géant de Provence sur le Tour, la température dépasse les 40°. On s’attend à des défaillances. Forcément, il va y avoir une opération d’envergure. Julio Jimenez a lancé les hostilités, suivi par Raymond Poulidor. Derrière, début de la débandade. Simpson est plutôt pas trop mal. Après avoir décroché du premier groupe de chasse, celui du maillot jaune Roger Pingeon, il se retrouve dans un 2e peloton avec Lucien Aimar et Désiré Letort. Il tente, à plusieurs reprises, la casquette en bataille comme d’hab’, de lâcher ses compagnons. Sans réussite. Tom appartient à ce petit groupe à l’endroit où le Ventoux devient étendue sauvage, désertique, décor de pierraille. La pente incandescente vous brûle de la tête aux jambes.
Et puis tout d’un coup, à 3 kilomètres du sommet, il disparaît. Simpson a décroché, le regard fixe perdu dans le néant. Bringuebalant sur sa machine, il part en zigzag, comme ivre. Il vacille et finit par tomber. Des spectateurs tentent de le remettre en selle, en le poussant et en l’encourageant. Il va encore faire 400-500 m avant de chuter tout doucement sur la caillasse. Il ne repartira jamais. Ses yeux sont ouverts, il est inconscient. Le docteur du Tour, Pierre Dumas, arrive en trombe et lui prodigue les premiers secours pour tenter de le réanimer. En vain. L’hélicoptère de la gendarmerie ramène un corps sans vie vers l’hôpital d’Avignon, où son décès sera officialisé.
Le 14 juillet, un Tour en deuil offre l’étape, en cadeau d’adieu au champion, à son compatriote Barry Hoban. Quelques années plus tard, celui-ci épousera… la veuve de Tom. Au moment de sa mort, Simpson avait des cachets d’amphétamine dans les poches et des traces dans l’organisme. Il est parti ainsi, à 29 ans.

Une phrase
« Merckx ? Il dresse la guillotine partout et nous met la tête sur le billot. »
De Raymond Poulidor à propos de son rival belge et de sa domination incessante en course

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Un duel : Ocaña fait vaciller le roi
Ocaña, c’est pour tous l’Espagnol de Mont-de-Marsan, où il a élu domicile. Un Montois qui monte rudement bien. Un caractère qui porte en lui tout l’orgueil de cette Castille dont il est originaire. Œil charbonneux et déterminé, cheveux de jais avec cette mèche qui lui colle inexorablement au front en plein effort, pédalée lourde et franche : Luis appartient à la race des seigneurs. Il a du talent et du tempérament. Il va surtout être le premier à contester l’hégémonie du roi Eddy Merckx sur le Tour de France.
En 1971, sur les 134 km de l’étape Grenoble Orcières-Merlette, Ocaña s’offre un one man show. Il se sent pousser des ailes et avale le parcours comme un… cannibale ! A l’arrivée, Merckx compte près de 9’ de retard. Pour la première fois sur cette Grande Boucle toujours bouclée en héros incontestable, Eddy semble proche d’abdiquer. La suite, c’est bien entendu la (trop célèbre) chute de l’Espagnol dans la descente du col de Mente. Elle laissera toujours planer le doute sur son aptitude à détrôner le roi.
Cette revanche sur le sort, Ocaña ne l’obtiendra jamais. Lorsqu’il triomphe sur le Tour 1973, la seule fois de sa carrière – ce qui peut paraître injuste tant il a donné à l’épreuve -, Merckx s’est abstenu de participer. En cette année 1973, l’Espagnol attaque sur tous les terrains, dans la montagne et sur les pavés du Nord. A Paris, son dauphin, Bernard Thévenet, compte près de 16’ de retard. Un succès total et une victoire flamboyante, malgré l’absence du maître qu’il rêvait tant de mater. Une chance qui ne se représentera plus. Qu’importe au fond : il aura laissé le souvenir d’un champion majestueux et tourmenté, tellement grand sur sa machine qu’il parut totalement désarçonné quand il en descendit définitivement.

A retenir
– 11 mai 1969 : coup d’essai et coup de maître pour Roger Pingeon qui s’impose sur la Vuelta lors de sa première participation. D’autant plus méritoire qu’il termine ce Tour avec un seul équipier, le Belge Willy Monty, dernier du général !
– Dix-sept ans après Loretto Petrucci, Michele Dancelli est le premier Italien, ce 19 mars 1970, à remporter une seconde fois Milan-San Remo.
– Nous sommes le 15 mars 1971. Le jeune Belge Jean-Pierre Monséré, récent champion du monde, annoncé comme le rival d’Eddy Merckx, meurt à l’occasion du GP de Retié, victime d’une voiture folle. Il n’avait que 22 ans.
– Ce 16 mars 1972, le vieux « Poupou » rafle Paris-Nice en devançant de 6’’ Eddy Merckx.
– Le 16 avril 1972, « le Gitan » Roger de Vlaeminck remporte son premier Paris-Roubaix.
– C’est à Mexico, le 25 octobre 1972, qu’Eddy Merckx ajoute un nouveau record à son palmarès. Il bat le record de l’heure d’Ole Ritter en atteignant les 49,431 km, soient 778 m de mieux.

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