Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (18)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames.

1967-75, L’ERE DU « CANNIBALE »

Un champion : Le carnaval du « Cannibale »
Le plus grand. L’astre soleil. Le roi. Le « Cannibale », comme le surnomma le coureur français de chez Peugeot Christian Raymond sur un Tour de France qu’il éclaboussait, pardon, écrabouillait de tout son talent, avec cette soif jamais assouvie. Toujours gagner, tout gagner. Le plus grand, quoi ! Point. On a beau savoir qu’il est impossible de comparer les époques, avec un matériel, un suivi, des conditions différentes, qui faussent forcément la donne au moment de désigner le champion des champions, « LA » légende de tout un sport (voir le fameux débat opposant les footeux Michel Platini, Johan Cruyff, Diego Maradona et Pelé), on placerait bien, juste au-dessus du trio (par ordre alphabétique) Jacques Anquetil-Fausto Coppi-Bernard Hinault, c’est-à-dire tout en haut, sur le trône, au firmament, Eddy Merckx. Avec, sur sa tête, une couronne pour l’éternité. Le plus grand, vraiment.

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Merckx, c’est un palmarès tellement gigantesque qu’il faudrait des pages et des pages pour raconter toutes ses victoires, certaines plus monumentales que d’autres. Et juste une toute petite ligne pour signaler la seule course d’importance où il n’a pas inscrit son nom au palmarès : Paris-Tours (avec Bordeaux-Paris, jamais disputé). Sinon, il a toujours été le meilleur. Le Belge n’a pas dominé son époque, il se l’est carrément approprié. C’était son bien, sa chose. Un règne sans partage que l’on a appelé, comme pour situer encore mieux sa mainmise, le « Merckxisme ». Il roulait aussi bien qu’Anquetil et se montrait aussi à l’aise dans les contre-la-montre que Maître Jacques. Il grimpait – du moins, dans la première partie de sa carrière – aussi fort que Fausto Coppi et était animé du même courage et de la même volonté que Bernard Hinault. Plus complet, tu meurs !

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En plus, Eddy de Bruxelles a toujours su s’entourer des meilleurs à leur poste. Qu’il s’agisse de la direction et de l’assistance technique, évidemment haut de gamme, ou de ses équipiers, triés sur le volet et forcément de première classe. Ils savaient qu’en récompense de leur dévotion sans limites, ils toucheraient salaires et primes à la hauteur de leur investissement en sueur et en pédalées. Et puis en plus de son talent naturel, Merckx, était un super pro, méticuleux, toujours prêt à travailler le moindre détail qu’il jugeait utile et nécessaire pour améliorer rendement et perfs. Tout au long de sa carrière, le « Cannibale », aux dents particulièrement aiguisées, s’est complètement immergé dans son job. Un pan de vie totalement consacrée au vélo. Au bout du compte, on a l’impression de brosser le portrait d’un monstre, sacré, consacré, vaguement surhumain. Le plus grand, une évidence.

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Un come-back : Van Looy a toujours bon œil
Quand, ce 8 octobre 1967, s’élance la 61e édition de Paris-Tours, beaucoup estiment que Rik Van Looy arrive en fin de parcours, sa carrière définitivement derrière lui. A bientôt 34 ans, le double champion du monde, roi des classiques qu’il a toutes remportées (sauf Bordeaux-Paris), n’a plus obtenu de succès probant depuis plus de deux ans et sa victoire sur le Paris-Roubaix 1965. Il faut remonter plus loin dans le temps pour se rappeler de ses heures les plus glorieuses. Quand l’Empereur de Herentals (du nom de sa ville de résidence dans la province d’Anvers, proche de la frontière néerlandaise) et sa fameuse garde rouge assommaient tous leurs adversaires.
Vraiment fini, Rik II ? Bon pour la retraite ? Non : le Belge va profiter de ce Paris-Tours pour montrer qu’il a encore de beaux restes. D’abord en ayant assez de flair pour se faufiler dans une échappée de 18 coureurs qui va aller au bout. Ensuite en prouvant, malgré le poids des ans, qu’il reste un formidable rouleur, puissant, à la pointe de vitesse redoutable. Dans le final, c’est avec ces armes, comme à sa grande époque, qu’il s’impose devant le Britannique Barry Hoban et le Nordiste José Samyn. A l’arrivée, cet Empereur vainqueur de tellement de batailles était aussi heureux que s’il s’agissait de son premier succès.
L’année suivante, Van Looy, bonnes jambes, bon œil, goûta une dernière fois à l’ivresse des sommets en s’imposant dans la Flèche Wallonne.

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Une date : 27 décembre 1969
Et Maître Jacques tira sa révérence ! C’est sur la piste du vélodrome d’Anvers que Jacques Anquetil met un terme définitif à son extraordinaire carrière pro, entamée en 1953 et riche de 184 victoires. Quelques semaines plus tôt, le 16 novembre 1969, il avait remporté sa dernière course sur route dans sa Normandie chérie à l’occasion du critérium de Londinières, devant 3 000 fans venus saluer leur champion à l’occasion d’adieux particulièrement émouvants.

A retenir
– Le Tour d’Italie, qui arrive à Milan, consacre le 11 juin 1967 le très racé Felice Gimondi, successeur espéré de Fausto Coppi. Il devance Jacques Anquetil de plus de 3’30’’.
– Le jeune Eddy Merckx devient le 3 septembre 1967 à 22 ans champion du monde pro sur route à Herleen, aux Pays-Bas, en devançant le coureur local, Jos Van der Vleuten.
– En ce 30 octobre 1967, le Belge Ferdinand Bracke crée la sensation en battant le record de l’heure sur la piste olympique de Rome. Il avale 48,093 km dans les 60 minutes imparties.
– Le 16 juillet 1968, Jean Stablinski devient le premier coureur exclu du Tour de France pour cause de dopage.
– Grâce à Daniel Morelon (vitesse), Pierre Trentin (km), aux deux associés en tandem et à Daniel Rebillard (poursuite), les pistards français rapportent quatre médailles d’or des J.O. de Mexico qui se tiennent en octobre 1968.

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